Plombée par une période difficile et le poids d’un premier album trop réussi, Kelly Lee Owens revient avec « Inner Song », deuxième disque de pop électronique souvent plus lumineux, mais parfois aussi plus inégal.

« Dois-je évoluer ? » se demandait dernièrement Jarvis Cocker, cette grande obsession de l’esprit torturé des artistes. Si les bûcherons d’AC/DC ne se sont pas posé la question pour leur plus grand succès, d’autres ont tout tenté allant jusqu’à se perdre à la Radiohead ou en évoluant en permanence au fil des modes comme l’ami Bowie.

La Galloise Kelly Lee Owens se retrouve devant ce rude dilemme, elle qui avait débarqué en 2017 avec toute sa fraîcheur et un premier album éponyme – comme on disait dans les années 90 pour se la raconter – parmi les meilleurs d’une année assez pauvre. Elle sort le 28 août son deuxième LP « Inner Song », prévu initialement pour le printemps mais logiquement reporté pour cause de confinement mondial.

Justement aide-soignante en maison de retraite puis employée chez les disquaires londoniens Pure Groove et Sister Ray, la jeune fille de la campagne qui a longtemps baigné dans le rock indé y a rencontré la crème de l’électronique locale, allant du regretté Andrew Weatherall à Ghost Culture ou Daniel Avery qui l’a pris sous son aile et pour qui elle prêtera sa douce voix sur le brûlot Drone Logic en 2013.

Aidée par le sérail du coin, elle publiait un fantastique premier disque sombre et hypnotisant où la pop la plus froide venait se mêler à des beats club qui tapent fort sous le haut patronage d’Arthur Russell à qui elle dédiait même un morceau (Arthur). Assez pour lui offrir un certain succès et des tournées à travers le monde jusqu’à se retrouver totalement rincée. « Les trois années les plus dures de ma vie » dira-t-elle au point d’amocher sévèrement sa créativité, toujours selon ses mots, malgré pas mal de collaborations entretemps (Jon Hopkins, Jenny Hval, Björk, St Vincent) et une série de maxis dont une reprise d’Aaliyah.

C’est là que se pose la question de l’évolution de l’œuvre de la jeune trentenaire. Elle s’est finalement contentée d’une forme d’entre-deux sur son deuxième album. Et pour symboliser ce désarroi créatif initial c’est d’une manière assez étonnante qu’elle débute le disque avec une reprise de… Radiohead (Arpeggi) qu’elle transforme en comptine électronique à la Boards of Canada. L’IDM chère à Warp en retour de hype actuellement est d’ailleurs souvent présente renvoyant à l’inévitable Aphex Twin dans son registre le plus techno (Jeanette) ou le plus breaké (Flow). Dans un album bien planant (à l’image du beau final Wake Up), là où son premier était plus noir et liquide, elle se montre donc surtout intéressante quand elle tente des choses : du R’n’B aux faux airs de Lana Del Rey (Re-Wild), des airs japanisants du moment (L.I.N.E) ou carrément un slam à son illustre compatriote John Cale qui réveille le spectre new-yorkais du Alan Vega de la fin des années 70 (Corner Of My Sky).

C’est quand elle ne réussit pas totalement à s’extirper d’un premier album un peu trop envahissant qu’Owens déçoit légèrement. Si le schéma pop qui se finit dans les clubs fonctionne encore sur le radieux On, ça vire à la redite un peu mécanique sur Night ou à « la techno au kilomètre sur fond écolo avec sample des glaciers qui s’effondrent » sur Melt!. C’est ce qui donne un côté un peu disparate et indécis à ce disque moins fort que son prédécesseur, mais brillant par endroits et marqué par l’une des plus belles voix de la scène électronique actuelle.

Kelly Lee Owens // Inner Song // Sortie le 28 aout chez Smalltown Supersound
https://kellyleeowens.bandcamp.com/

5 commentaires

  1. pa foulée la galloise ? & ce soir enemy du psg forcés pas les portes du park de sein clou, c pas les bonnes portes, ignares!

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