Nouveau recueil d’enregistrements perdus d’Arthur Russell et nouvel enchantement avec “Iowa Dream”, un disque qui balaie encore une fois les multiples aspects du talent hors-norme d’un compositeur devenu incontournable plus de 25 ans après sa mort.

Parmi les artistes oubliés ressortis du passé par de précieux archéologues, Arthur Russell tient incontestablement le haut du pavé. Mort du SIDA en 1992 à seulement 40 ans, le violoncelliste et multi-instrumentiste américain a brassé un nombre inimaginable de genres musicaux à partir du début des années 70. Perdu dans son Iowa natal puis hippie bouddhiste en Californie avant de devenir un membre actif du New York underground à la charnière 70/80, il est allé de la country au folk, d’instrumentaux improvisés ou électroniques à la new wave avant de développer une proto-house pionnière sous le nom de Dinosaur L (et d’autres comme Loose Joints). Son unique véritable album sous son nom à l’état-civil, l’aquatique et incroyable « World Of Echo » (1986) restera comme son œuvre la plus personnelle dont l’originalité le rend incomparable avec quoi que ce soit d’autre. Au final, ce fût une frénésie créatrice de près de 20 ans sans jamais véritablement connaitre le succès. Si ce n’est d’estime.

Résultat de recherche d'images pour "world of echo arthur russell"Depuis la première compilation ressuscitant son œuvre « The World Of Arthur Russell » publiée en 2004 par Soul Jazz Records, beaucoup d’autres ont suivies dévoilant beaucoup des facettes du talent de celui qui collabora avec Allen Ginsberg, Philip Glass, Steve Reich ou David Byrne. De la période dance, voire hip-hop (« Calling Out Of Context »), instrumentale et minimaliste (« First Thought Best Thought ») ou folk (« Love Is overtaking Me »), beaucoup ont été ainsi largement réhabilitées. Et pas mal de pièces dans le lot sont indispensables (That’s Us / Wild Combination, Soon-To-Be-Innocent Fun / Let’s See, Being It, A Little Lost, Let’s Go Swimming…).

Ces recueils influenceront grandement tout le cheptel de bardes hipsters américains (Sufjan Stevens, James Murphy, Woods) et européens pour le volet électronique (Erlend Oye, James Blake ou plus récemment Kelly Lee Owens), Kanye West l’ayant même samplé sur son album « Pablo » (un disque-hommage de reprises est d’ailleurs sorti en 2014 avec Stevens, Hot Chip, Devendra Banhart ou Blood Orange)

La légende voulant que Russell avait laissé derrière lui des heures d’enregistrements était visiblement vraie puisqu’une nouvelle salve de 19 morceaux (près d’une heure de musique) a été publiée par Audika cet automne. Sous le titre « Iowa Dream », cette compilation composée de nombreuses démos à la qualité sonore impeccable dévoile son travail sous différents jours. Et démontre, si c’était encore la peine, tout le génie du personnage.
Le folk de barbus est très présent (Come To Life,Words Of Love, I Felt) mais l’éventail est encore très large. Le single You Did It Yourself rappelle son projet power pop avec le groupe The Necessaries (à découvrir absolument) et le surprenant spoken word de Barefoot In New-York renvoie à Lou Reed et au Velvet là où ses contemporains et collègues des Modern Lovers sont aussi dans l’air (I Still Love You, Iowa Dream).

Si tout n’est évidemment pas parfait dans ce déballage de démos, la voix si particulière de Russell garde toute sa magie (Wonder Boy, In Love With You For The Last Time) et le très funky I Kissed The Girl From Outer Space ramène au meilleur de ses potes des Talking Heads. La source n’est donc visiblement pas tarie et on n’est pas encore arrivé jusqu’à racler les fonds de poubelles d’Arthur Russell.

Arthur Russell // Iowa Dream // Audika Records

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