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24 mars 2025

Avec son premier album, Gogojuice ne fait pas pschit !

© Charlotte Romer

Après deux EPs tâtonnants comme un adolescent en proie à la puberté, Gogojuice a enrichi sa formule brevetée sur son premier album « Rewind the Afterparty ».

Gogojuice pourrait être comparé à une boisson plutôt plaisante, assez dure à dénicher tant qu’elle n’a pas rencontré le succès escompté auprès de la clientèle. Élaborée en 2017, elle a subi diverses transformations avant que son cahier des charges ne lui permette d’atterrir dans cet immense rayon de supermarché. Noyée dans l’immensité de références qui vont de gammes plus hautes aux produits grossiers, elle reste toutefois difficilement visible. Son packaging devrait pourtant attirer le regard mais le consommateur se rabat constamment sur son choix habituel Certes, elle s’améliorerait encore si elle gagnait en originalité mais elle demeure tout de même une très bonne alternative aux actuels produits commercialisés.

Quand l’enfance te fait un clin d’œil, c’est Gogojuice !

Hormis les Strokes, les Libertines, Sonic Youth, les Kinks ou My Bloody Valentine, l’approche de Gogojuice est élaborée avec les mêmes ingrédients que ses congénères rouennais avec un tropisme particulièrement marqué vers MNNQNS. Rien d’étonnant puisque Adrian d’Epinay, acteur phare de la scène rock locale, a travaillé au mixage de « Rewind the Afterparty ». Au-delà de ses inspirations, Gogojuice exhale une sorte de malice typique des groupes britanniques. Cette bonhomie drolatique qui a souvent rendu les artistes d’outre-Manche plus sympathiques que leurs homologues trop sérieux d’outre-Atlantique. Peut-être est-ce dû à leur chanteur Nelson Vard qui a indubitablement un petit air de famille avec Rod Stewart période Faces ? 

Il est temps de goûter au Gogojuice. La première gorgée, Knock Knock Knock, débute sur une accroche tapageuse construite autour d’un jeu basse-batterie hypnotique sur lequel se répand un étourdissant cafouillis sonore. L’entrée en matière évoque presque les Viagra Boys mais, une fois en bouche, le refrain un peu trop pop altère cette frénésie avec amertume. Sur le plan textuel, Nelson Vard s’emploie à aborder la guerre culturelle induite par le fossé générationnel. Ce sentiment d’incompréhension se voit traduit avec habileté. Suite au sample d’ouverture, l’auditeur se confond entre échantillonnage et propos scandés par le chanteur jusqu’à cette fin « found footage » magnéto.

 

La deuxième lampée se délecte de saveurs plaisantes avec Frantic, habitée par la paranoïa d’un esprit happé par ses angoisses tant obsessionnelles qu’irrationnelles. Mais cette fois encore, l’approche pop-rock qui tend vers le punk-rock de Dye Crap vient hybrider le jeu et déstabiliser le consommateur. Il s’agit du leitmotiv de Gogojuice qui justifie une synthèse décennale de la musique populaire anglo-saxonne dans une démarche proche de l’upcycling.

Attention, la troisième gorgée peut barbouiller ! Marlene penche vers les Libertines. Était-ce seulement une impression fade ? La suivante, Sasha’s Song, certainement intitulée ainsi parce que composée par le guitariste Sasha Lefaivre Kerignard, verse carrément dans la candeur de groupes de poseurs puériles comme les Kooks.

Attention aux reflux gastriques ?

Mieux vaut marquer une petite pause dans la dégustation, reprendre ses esprits pour éviter de se rendre malade. On s’y remet, la canette est encore à moitié pleine. Turnaround Toy, qui penche sérieusement vers MNNQNS, dévoile un parfum de nostalgie adulescente. L’expérience en bouche développe des effluves shoegaze tout comme la gorgée suivante au tempo langoureux, engourdi par sa dimension mélancolique. Sur l’étiquette il est explicitement indiqué que la composition du Gogojuice relève de l’« indie-shoegaze ». Kids Are Not Stupid, débutait pourtant avec une intro qui fleure bon l’esprit de l’album « Bee Gees’ 1st ».

 

Alors que la boisson s’est déjà vidée des deux tiers de son contenu, les aspérités précédentes s’évanouissent. Sentiment éphémère puisque Bullshit City, qui prend pour sujet l’entre-soi rouennais, débute comme les Libertines avant de filer vers le punk-rock californien des mêmes années.

La boisson se vide comme I Do Get, la lampée suivante qui est plus délicate sans être désagréable pour autant. Davantage intimiste, il s’agit de leur unique romance. Un peu folk avec sa gratte électro-acoustique, elle se termine sur une nappe ambient angoissante qui donne l’impression de se trouver face à un malade hospitalisé du Covid sous respiration artificielle. La dernière goulée, Gargantua, suggère des intonations vocales un peu à la Bowie  sur une instru shoegaze nébuleuse aux larsens omniprésents. Pour l’outro, la piste vocale avec delay a certainement été inversée.

Le rembobinage, évoqué dans le titre de l’album acquiert sa légitimité. Non seulement par cet artifice mais aussi avec la synthèse d’influences qui vont de l’âge d’or d’un pop-rock insipide à celui des glorieuses 60’s. Assez classique me diriez-vous, néanmoins Gogojuice ne tombe pas dans la vulgaire piquette indigeste qui noie toujours plus le rock indé actuel. « The water you drink doesn’t taste as it used to », chante Nelson Vard sur le premier couplet de l’ultime morceau. Métaphore qui définit avec justesse ce premier album de Gogojuice qui s’écoute cul sec.

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