17 avril 2026

« Orient Express » : le grand bazar de Corine

Corine, c’est deux albums de disco-pop légère, taillée pour les dancefloors glamours, les après-midis ensoleillés et les apéros rosé. Mais pour « Orient Express », son nouvel EP avec HabibiSly, l’approche évolue et les paysages musicaux défilent à la manière d’une rêverie, accoudé à la vitre du train.

Quelque part entre Sexy Sushi, Yelle et Mylène Farmer, Corine chante généralement la frivolité des beaux jours, le désir sensuel et la fête libérée sur des structures disco, funk, 80’s et électroniques aux incursions jazz. Mais cette fois, à la manière de la cuisine fusion, la préparation change d’ustensiles, la recette s’épice et l’accompagnement s’étoffe. « Orient Express » s’illustre par son caractère endimanché qui lui va à ravir.

 Collaborations inopinées

Au départ, c’est Aurélien Fadagrada (Angoisse Magazine) et le Franco-Syrien Sylvain Rabbath (HabibiSly), producteur et fondateur du studio Museum à Paris, qui s’attelaient à la conception de maquettes aux sonorités « orientales ». Étonnamment, pour le chant, ils pensent à Corine. En même temps, depuis une décennie, le virtuose du clavier funk HabibiSly – qui vient de lancer un nouveau projet musical signé sur Heavenly Sweetness – accompagne l’artiste sur scène et en studio. « Pendant la tournée de “R”, mon deuxième album, il était en train de travailler avec le label French Parade sur un EP instrumental de disco orientale, relate Corine. Avec Marc Collin [cofondateur du label French Parade et directeur de Kwaidan Records, NdlR], ils m’ont proposé de venir chanter, poser mes mélodies et croiser nos univers. Quand j’ai entendu l’instru, j’ai tout de suite été séduite. »

Avec ce « hors-série », Corine saisit l’occasion « de raconter un peu autre chose, une histoire ». Elle qualifie elle-même cet EP d’« objet un peu ovni » au milieu de sa discographie. Surtout, expérimenter sur un nouveau terrain lui ouvre la voie à des fantasmes difficilement envisageables autrement. « Ça faisait très longtemps que je voulais travailler avec l’artiste syrien Hareth Mhedi que j’ai rencontré lors d’un concert pour l’association BAAM. Mais aucune occasion avant cet EP ne faisait sens. » C’est à l’écoute de la mélodie de ce que deviendra la chanson Orient Express que Corine a enfin trouvé la circonstance idoine pour inviter le chanteur et oudiste syrien. Habituellement pratiquant de musique traditionnelle, c’est non sans émotion qu’il lui confie que « depuis qu’il est arrivé en France, c’est la première fois qu’une artiste française non issue de cultures orientales lui propose une collaboration vocale ».

 

Le récit groove comme les cahots du train dans cette chanson qui « évoque l’intensité des rencontres pendant les voyages. Ces personnes qu’on n’oublie jamais et qu’on ne reverra certainement jamais non plus. » Corine explique d’ailleurs s’être inspirée des Passantes de Georges Brassens mais le morceau a presque un côté « gainsbourien ».

 

Pacifiquement militante, Echoes of Tomorrow esquisse le besoin de faire société différemment et notamment « arrêter de se faire polluer par les réseaux sociaux et ce que les médias et les politiques nous imposent ». Les voix sont complémentaires, Lyn Adib a écrit son texte comme une réponse à celui de Corine. « C’est vraiment un hymne joyeux qui exprime que si on se met toutes et tous ensemble et qu’on réfléchit de concert, on peut peut-être créer une société différente. De nombreuses chaînes humaines, lignes marginales, construisent le monde. »

Cuisine fusion

Même si ces collaborations ajoutent une couleur, voire une profondeur à l’EP, Corine n’en fait pas tout un souk. Aucun crime n’est à déplorer dans cet Orient Express, il ne s’agit pas d’une tentative opportuniste d’appropriation culturelle pour s’inscrire dans la tendance des musiques dansantes « orientalisantes » menée par Altın Gün ou en France Acid Arab et Ko Shin Moon aujourd’hui. Corine préfère évoquer l’influence de Khruangbin ou Nu Genea qui chantent dans plusieurs langues et sans barrières.

En disco et en musique niche, j’ai l’impression que la disco orientale a toujours été là, comme l’italo-disco, et importante pour les amateurs du genre (Corine).

Outre les arpégiateurs et instruments courants dans l’esthétique disco-pop de Corine, oud, violons syriens et saz habillent les structures de notes orientales, mais on retrouve aussi la talkbox – sorte de pédale d’effets qu’affectionne particulièrement Sylvain Rabbath. « On y tenait beaucoup, précise la chanteuse, notamment sur L’Amour. » Dans cette ballade harmonieuse et contemplative, la sonorité de la talkbox sur la voix de HabibiSly figure presque une romance avec un robot conversationnel. « Ça faisait longtemps que je rêvais de faire une ballade très “dalidesque”, et vraiment assumée comme chanson d’amour. Les violons m’ont énormément porté et permis d’écrire cette mélodie, notamment sur le refrain. »

 

Hormis l’arabe et le français, Corine chante aussi en anglais sur la disco-pop feutrée et sensuelle de Good Bye et quelques passages en italien sur Liberta.  Cette ode féministe dont l’approche rappelle quelque peu certains tubes des années 90-2000 sortira d’ailleurs également dans une version intégralement chantée en italien, comme précédemment Pourquoi pourquoi sur son premier album.

Expérience transformatrice ?

Les textes de l’EP sont globalement plus poétiques et chantés que ce que propose habituellement Corine qui, pour l’occasion, évite de camper la jeune ingénue. Elle estime cependant que son personnage entamait déjà une métamorphose avec des titres comme Mamouchka, Les Cigales ou Paris, dans lesquels elle revenait à ses  « amours premières de chansons plus intérieures avec des textes intimes ».

N’allez cependant pas vous imaginer que Corine est en déroute, elle écrit actuellement son troisième album sur lequel « ça restera assez dancefloor et très club sans forcément de notes orientales ». Cette incursion éphémère dans une approche musicale alternative pose aussi la question de la réception d’un auditoire fidèle lorsque leur artiste fétiche décide d’expérimenter. « Je viens du jazz et il y a énormément de ponts culturels. Je trouve que c’est toujours très enrichissant de mélanger les approches. J’ai envie de dire que, s’il y a des cyniques, essayez de prendre le train avec nous quand même, ça fait du bien ». Bon voyage aux auditeurs.

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