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©Julia Ménard-Rossini
22 novembre 2025

L’enfer, c’est Secret Girls

Dans l’ombre de MNNQNS, Kebabozor et 39th & Norton évolue un sombre bâtard musical. Cet enfant terrible baptisé Secret Girls revient avec son nouvel EP, « Over », publié le jour d’Halloween.

Imaginez-vous dans un sommeil agité, assommé par une fièvre à renverser un buffle. Vous faites un terrible cauchemar mais, malgré un éclair de lucidité rationnelle, cette étrange sensation durant laquelle on se rend compte qu’on est bien en train de rêver, impossible d’ouvrir l’œil. À la manière du film Les Griffes de la Nuit, vous êtes contraints de subir l’horreur et l’épouvante jusqu’à ce que votre carcasse suante, fiévreuse et endolorie ne daigne reprendre conscience. 

Maintenant, tentez de vous souvenir de cette fois où vous vous êtes couché à 4h du matin, saoul comme jamais, alors que votre réveil était programmé à 6h pour vous rendre au travail. La journée est harassante, interminable, la gueule de bois carabinée vous contorsionne de crampes phénoménales. Une envie de gerber perpétuelle, un mal de crâne insurmontable et une sensation permanente de malaise vous habite. Le corps desséché et l’estomac retourné, vous n’avez qu’une envie, un besoin impérieux de vous recoucher pour ne pas vous effondrer mais le calvaire n’en finit jamais.

Pour terminer, projetez-vous dans une situation similaire à celle d’Alex Delarge, personnage principal du Orange Mécanique de Stanley Kubrick, lorsqu’il se fait laver le cerveau. Vous êtes forcés de contempler la crasse, la misère, l’injustice et l’ultra violence de ce monde des heures durant sans pouvoir cligner des yeux. C’est bon ? Si ça ne suffit pas, pensez par exemple à des portées de chatons régulièrement noyées devant leur mère impuissante à quelques pas de chez vous. Avez-vous assez le cafard désormais ? Peut-être ressentez-vous un état de prostration aigu ? Si vous n’avez pas quitté l’article, vous devriez être fin prêt à hanter « Over », le nouvel EP de Secret Girls.

Angoisse rouennaise

Secret Girls ne fait malheureusement pas référence au jeu de plateau des années 90 qui a pour slogan : « Le jeu des révélations et des confidences pour jouer entre bonnes copines ». On ne sait si Adrian d’Epinay (chanteur de MNNQNS), Alix Cauchois (à la basse de Kebabozor) et Guillaume Maurice (chanteur-guitariste pour 39th & Norton), ont pris l’initiative d’une formation musicale commune par ce moyen. Il se dit que c’est en hommage à la chanson Secret Girl de Sonic Youth.

En fait, l’histoire est bien plus prosaïque. Un détour sur leur Bandcamp permet de constater avec étonnement que Secret Girls fête ses 10 ans mais aussi que leur musique s’est radicalement assombrie en l’espace d’une décennie. Un peu comme ce vieux pote du collège qui ne s’est jamais remis de sa rupture amoureuse et qui, année après année, sombre toujours davantage dans une dépression mortifère. En somme, les quatre pistes d’« Over » broient du noir.

Le groupe, qui comptait d’autres membres, s’est recentré autour de ces trois figures de la scène rock rouennaise actuelle après des soirs de débauche dans le bar à concerts Le 3 Pièces de Rouen.

©Hugo Zangl

 

Bande-son du purgatoire

Stager, Witch Level 1, Processions et Balancing Act tirent sur l’indus, avec un chant langoureux ou vociférant, et une instrumentation pesante, presque anxiogène. Larsens à gogo, voix angoissante violemment saturée comme la basse, et rythmiques répétitives structurent le 4-titres. Adrian d’Epinay, qui se retrouve derrière une batterie arrangée de fûts et morceaux de tôle en guise de cymbale, emploie toute sorte de matériaux de construction pour enrichir sa palette bruitiste. Il semblerait qu’à la manière d’un obsédé, il fréquente désormais passionnément les magasins de bricolage, à la recherche de matières aux sonorités insolites. Au gré de ses expérimentations sonores assez délirantes dans son travail de production (Gogo Juice, Delilah’s Dance …), il se transforme peu à peu en Martin Hannett rouennais.

 

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Quant aux textes, ils n’égayent en rien les chansons.

Stager maugrée :

« Tu veux tout déchirer, tout mettre en pièces / Tu veux vivre, suivre ton cœur / Tu ne veux pas voir que tout s’effondre / Tu devrais parler, pourtant tu continues à jouer ton rôle. »

Ensuite, Witch Level 1 vocifère :

« Tu respires, tu mens / Tu es une sorcière de niveau un / Il n’y a rien de juste, rien de bon / Nos mots, nos danses d’accouplement / Nos pires visages d’animaux / Il n’y a rien de juste, c’est foutu de toutes les façons. »

Puis, Processions peste :

« J’ai tout planifié… et alors ? / J’ai tout planifié… mais pourquoi ? / J’ai tout planifié — c’est toujours trop tard. / Aucune différence. / Dis-moi comment tu veux que ce soit mieux / Dis-moi comment tu veux ton mensonge / Laisse-moi rendre ma superficialité plus profonde / Dis-moi comment tu veux ton mensonge. »

Enfin, Balancing Act se morfond :

« Je suis trop fatigué et je n’arrive pas à surmonter ton instabilité / J’ai trop peur / Je ne sais pas / comment / gérer ton instabilité / Je me sens tendu, boiteux et faible à cause de ton instabilité. »

Dans le fond, les influences revendiquées invoquent Sonic Youth, Jesus Lizard et Steve Albini. Dans la forme, avec son atmosphère lugubre de slasher, « Over » conviendrait parfaitement comme bande-son d’un film d’épouvante et il ambiancera à merveille vos inavouables terreurs nocturnes.

1 Comment Laisser un commentaire

  1. &! forever hum hum Pavot! ton nouvel album me plait mais c fachement copié sur le 70’s uza sparks bad c°, tod rundgren d petits novos aussi brothers twilight ? çà doit pas etre exactement çà…

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