Deux mois sont passés depuis la fin du festival sous marin du beaujolais. Un festival confidentiel, ayant réuni 300 personnes au maximum, dont quasiment un tiers était musiciens.

Deux mois sont passés depuis la fin du festival sous marin du beaujolais. Un festival confidentiel, ayant réuni 300 personnes au maximum, dont quasiment un tiers était musiciens. Anecdotique face aux grosses machines nous ayant assaillit tout l’été. A croire que les grandes vacances sont le moment où la vie musicale s’accélère : les saisonniers de la musique font leur plein de concerts, les Gallagher nous libèrent de près de 16 ans d’esbroufe rock et les vendeurs de merguez font leurs chiffre pour l’année en une seule nuit. Mais un festival n’est il qu’un EuroDisney pour les gens ne sachant où consommer de la drogue? Existe-t-il encore des enjeux artistiques pour de tels rassemblements?

Je me souviens n’avoir vu qu’une seule fois des képis au Willstock 2009. Enfoncés dans l’obscurité, cachés à l’ombre d’un mur, deux de mes amis à deux doigts de se mettre sur la tête avec un type dont ils avaient arrosé la copine. Poussés par une hargne toute particulière à la prise ratée d’acides, ils avaient embrayé sur une prise thérapeutique de vin les ayant retrancher dans une folie débilatoire et destructrice qui ne peut se manifester que chez un certain type de délinquants perdus au milieu d’une communauté pacifiste.

Ici, même les gendarmes passaient pour boire des coups à la buvette. L’argent avait été remplacé par de petites cartes psychédéliques dont j’avais bloqué l’économie en subtilisant les poinçonneuses prévues pour la validité de ce commerce. Nous avions passé la journée a nous la coller sévère, en bon professionnels, en construisant des arcs dans l’optique de chasser les moutons du près voisin. Ces proies nous ayant bien entendu permis de monter un commerce parallèle pour toute personne en ayant assez de manger du jambons au Kinoa; plat unique du festival.

Pourtant, cette presque bagarre restera le seul incident à souligner sur presque 4 jours d’autorégulation dans une communauté où l’alcool et l’herbe était plus que bon marché, où je retrouvais des pochons de cocaïne vides en jetant mes paquets de cigarette de la vieille. Je tiens à signaler qu’aucun groupe d’aucune sorte n’a eu le besoin de faire un discours du type « Frères et sœurs, pourquoi vous battre ». L’ambiance hippie poussée jusqu’à la caricature (tableaux d’expression, massage gratuit, panneau DIY et toilette a la sciure de bois) rendait enclin chaque visiteur à accepter sa part de passivité, adoptant immédiatement un mode de vie ou l’on dormait à même la terre, piétinant le sol de poussière en regardant la musique avec beaucoup d’admiration. Le genre de circonstances où se retrouver nu au milieu des vignes, sous une douche de pluie froide, alors que le ciel orageux gagne des reflets métalliques, prend des airs d’expérience mystique définitive.

Dimanche 5 juillet, Bill Bocket (ou « n’à qu’une boule » comme l’ont surnommé mes compères bouffeurs d’acides) est épuisée. Quatre jours à voir les nuits défiler, avec pour seul répit une courte sieste sous un soleil lui léchant le visage. Ses yeux sont vide et sa voix ressemble a celle d’un Tom Waits asthmatique. Autour de ma dernière bouteille de rosée du festival (la 34 éme?) nous discutons des deux jours de décibels furieux qui viennent de faire trembler les murs de son hameau. S’il a pratiquement tout aimé de sa confession, on se rend vite compte que ce festival a surtout était monté pour quelque chose qui n’est pas réservé au grand public : les coulisses. Le Willstock, c’est 5 jours de jams incessantes, de rencontres avec des musiciens incroyables. Souvent meilleurs derrière que devant la scène. Des gens qui en ont assez sous le coude pour faire tanguer les foules et qui, sous le pression du nombre, préfèrent se faire plus tièdes. Couvrir ce type d’évènement tient de la course de fond : être de toutes les tables, trinquer et ne pas s’endormir quand le vrai concert se passe en cuisine.

Bien loin du cirque de L’INDUSTRIE musicale, ces tranches de vie nous font comprendre que, les musiciens ont su rester des artistes fantastiques. Si le souvenir du concert de Graham Neill reste souffreteux (du blues Chicago de papy), écouter et voir ce type roder fut un spectacle a part entière. Qu’il se mette a crier sur toutes les jeunes personnes pour obtenir un joint, qu’il joue de la guitare slide avec tout ce qui lui passe sous la main. Sa distance, sa hargne et son humour cabotin m’auront été expliqués à travers ses pensées sur Keith Richard. Car Graham a fait la première partie des Stones pour leurs concert de Hyde Park 69 en hommage a Brian Jones : « Keith était très gentil mais franchement impressionnant pour un gars de mon âge. Tu vois, c’est cela la vie en tournée : on est toujours au contact de gens qui veulent un tas de trucs de vous. C’est pour cela qu’il faut s’avoir se préserver, être désagréable pour se garder un peu d’espace vital ».

« L’enfer c’est les autres » comme disait l’autre le Roi des tartes. Et les issues de la liberté sont un peu plus complexes que les limites de la morale. « To be honest, you must… » Enfin, nous connaissons la suite. Mais cet aphorisme que l’on pourrait imposer comme épitaphe à, dans le désordre, Peckinpah, Dostoïevski, Thompson… est lourde de conséquences. Elle est la loi humaine qui permet de préserver la culture électrique plus loin que les affronts du temps. Taper un instrument de bois de toutes ses forces, uriner sur une foule ou chanter « J’ai tué un homme pour le voir mourir (à Reno et où tu veux, poupée) » ne devra jamais être accepté par la majorité.

C’est pour cette raison qu’un groupe faisant l’unanimité est bien plus que suspect.

Et qu’un festival pouvant réunir 30 000 personnes dans une ambiance de fête à neuneu, le tout sponsorisé par une collectivité territoriale, sonne comme un mauvais Requiem a tout ce que nous avons aimé. Lester Bangs l’a déjà dit, « Ils sont en train de tuer tout se que nous aimions dans le Rock & Roll ». Je vous dirai ceci : nous sommes la dernière génération de Rockeurs.

Comment voulez-vous qu’une population bientôt plus obsédée par sa survie que par sa liberté puisse encore tolérer une bande de troublions de notre calibre capable de casser des murs et de crever des pneu pour un idéal de vie post urbain ?

Sachez le, nous n’allons pas disparaitre aussi simplement : mourir certes, mais pas sans emporter vos scalps dans la tombe. Avant de clôturer cette été de manière définitive, laissez moi vous laissez cette petite carte postale parlant une dernière fois de musique. J’espère qu’elle vous donnera assez de foi pour tous les longs hivers qu’il nous reste à traverser à la lueur de nos superbes manteaux :

La poussière s’élevait dans l’air dans un nuage opaque, habillant d’une aura mystique la scène du Willstock festival. Les musiciens sont des statues de chair érigées à la gloire des esprits du passé. Hallucination prométhéenne (luciférienne ?) que nous poussons au plus profond de notre esprit à grand renfort de cris et de liqueurs alcoolisées. Nous voulons que le miracle se produise et nous sommes à deux doigts de toucher notre exutoire. Certaines vérités sont vérifiables à bien des endroits. Le fait que les Crow (& Deadly Nightshade) soient capables de faire pousser des épines dans les reins de ses auditeurs ne fait aujourd’hui aucun doute. Ils ont la sauvagerie du mustang contrôlée par les grands dresseurs ancestraux. Sous le fouet de cette musique puissante et christique, ce sont des ailes qui nous poussent ; des crocs. Si seulement ce groupe avait l’envie et le courage de s’avouer, de poser sa musique sur un disque et dans un label. Il pourrait bien être l’une des meilleures choses arrivée à ce pays depuis… depuis quoi d’ailleurs ? Leurs chansons sont taillées pour aller narguer la frise du temps et la carte de l’espace ; se mesurer au plus grand groupe électrique de confession américaine. C’est plus qu’une simple intuition : c’est une évidence poussée comme un cri.

Sur ce, Struggle for live.

Photo : Anne Boutonnat.

www.myspace.com/willstockjam

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