(C) Frankie Fouganthin

Une décennie après Abus de faiblesse, récit de l’escroquerie de Christophe Rocancourt dont elle fut l’étonnante victime, revoilà Catherine Breillat. Dans L’été dernier, sorti fin 2023, la réalisatrice revenait vers le sujet qui la passionne depuis les années 70 : le désir. Peu avant ses quatre nominations aux César 2024, cette forte tête a accepté de nous parler de son étonnant parcours.

Romancière, scénariste, actrice, et surtout réalisatrice… Depuis ses plus jeunes années, l’enfant terrible du cinéma français désormais Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres a tout fait ou presque. Silencieuse depuis 2013, vivant désormais sur une île au large du Portugal, Catherine Breillat n’a jamais su garder sa langue dans sa poche. Une force mais aussi un talon d’Achille, et une image granuleuse qui lui colle à la pellicule. Au détriment d’une reconnaissance public et critique de ses films ? On aurait presque envie de dire « Oubliez la réalisatrice, et regardez ses films ». L’été dernier, son dernier en date, met en scène la diabolique Léa Drucker dans un rôle d’avocate succombant à l’interdit avec son beau-fils. L’interdit ? Une notion malmenée par une Catherine Breillat plus incisive que jamais.

Avec L’été dernier, votre 15ème film sorti fin 2023, vous vous lanciez pour la première fois dans l’exercice du remake. Pourquoi maintenant et pourquoi ce film danois, Dronningen ?

Jusqu’ici, je n’avais jamais eu les moyens d’acheter les droits pour un remake. C’est Saïd Ben Saïd, avec sa société SBS, qui m’a contacté après avoir acheté les droits. De mon côté, je ne trouvais aucun financeur. Aucune chaîne de télévision en clair n’a voulu mettre au pot. Les gens ont des préjugés, et financer un film de Catherine Breillat, c’est très compliqué. Saïd m’a contacté et ça a pu se faire. Ceci dit, on ne fait jamais vraiment le remake d’un film. Léa Drucker n’est pas la copie de l’actrice danoise qui jouait dans Dronningen. Idem pour Samuel Kirchner. Par contre, c’est vrai que j’ai utilisé un scénario que je trouvais magistral, notamment sur la partie « mensonge » du personnage principal, et comme j’avais absolument besoin de m’approprier le sujet, de le faire mien, j’ai changé le caractère des personnages et la fin. Je ne voulais pas raconter l’histoire d’une femme prédatrice qui se jetait sexuellement sur un jeune homme. Je voulais que ça soit l’inverse, et que ça soit lui qui lui fasse des avances. Mon film est donc très différent du film danois. Elle succombe à la tentation, et je trouve que c’est beaucoup plus pardonnable raconté ainsi.

L'Été dernier de Catherine Breillat (2023) - Unifrance

Vous évoquez le pardon. Dans votre film, on ne sent pas du tout de caractère moralisateur.

Le film danois était très moralisateur. Je ne voulais pas du tout de ce côté là. Sinon, je me serai trahie. Seuls les ayatollahs sont moralisateurs. Au cinéma, on montre l’intimité des gens, en gros plans mais aussi avec les sentiments, c’est aux spectateurs d’apprécier si eux portent le blâment ou pas.

Votre image de réalisatrice et de femme est très forte. Vous a-t-elle parfois desservie ?

Je tiens d’abord à dire que mes films se sont toujours très bien vendus à l’étranger. A chaque sortie, je fais beaucoup plus d’entrées à New-York qu’à Paris. C’est important de le rappeler.

« Je ne suis pas sulfureuse, et mon œuvre n’est pas sulfureuse. Subversive, oui. Je le suis depuis toujours. »

Est-il plus difficile aujourd’hui de monter des films aussi subversifs que les vôtres ou cela a toujours été compliqué ?

Aujourd’hui, j’ai l’impression que tout est moralisateur. Regardez par exemple le film adaptant le livre de Vanessa Springora (Le consentement, Ndr). Le fait que vous employiez le terme subversif me plaît beaucoup car je l’emploie également. Je ne suis pas sulfureuse, et mon œuvre ne l’est pas non plus. Subversive, oui. Je le suis depuis toujours. C’est la raison pour laquelle j’ai toujours travailler dans le sujet de l’époque : le désir. C’est le sujet, peut-être pas du siècle, mais du demi-siècle. Curieusement, quand on parle de mes films, on parle toujours de désir féminin. Même pour celui-là, alors que celui qui est désirant, c’est l’adolescent. Je m’occupe aussi depuis toujours du désir masculin. On me cantonne trop souvent à l’étiquette de réalisatrice du désir féminin depuis Romance.

Parlons de désir. Avant d’être réalisatrice, vous avez été comédienne. Vous aviez d’ailleurs commencé votre carrière dans Le dernier tango à Paris de Bernardo Bertolucci. A quel point cela a influencé la suite de votre parcours?

Le dernier tango à Paris doit être le deuxième film dans lequel j’ai joué. Ce film a eu une très grande influence sur ma manière de filmer, parce que Bertolucci et son chef opérateur Vittorio Storaro sont des maîtres en leur domaine. J’avais tourné 15 jours, ce qui m’avait permis de bien comprendre leur façon de filmer. Ils avaient ensuite beaucoup coupé au montage, car de nombreuses scènes ou répliques étaient grotesques, impossible à dire a priori mais qui le devenaient grâce à la chorégraphie de la mise en scène. Ceci dit, ils avaient alors une grue très très haute, ce que je n’ai évidemment pas. Mais leur façon de filmer, en ondoyant pour attraper les personnages, je l’ai pris d’eux. Je pense que Le dernier Tango m’avait aussi beaucoup influencé quand j’avais fait Tapage nocturne. Mais plutôt dans les dialogues, qui étaient pour moi ultra féministes, à la Agnès Varda.

Comme réalisatrice, comment vous comportez-vous sur un tournage avec vos acteurs ?

Je ne leur parle quasiment pas. En tout cas, je ne leur donne jamais aucune indication psychologique. Chorégraphier tous mes plans, c’est ça, faire un film. C’est ce que je fais. Placer les acteurs dans le champ, penser chaque plan. Sans ça, vous faites du happening. Les acteurs vont être de profil alors que vous les vouliez dos à la caméra, par exemple. Je ne fais pas de happening, je cadre énormément. Et ça, c’est évidemment l’influence de Bertolucci. Il m’a appris beaucoup de choses.

« Si j’avais eu les moyens de Pialat, mes films seraient tous parfaits ».

L’apprentissage est parfois continu. Au cours de votre carrière, vous avez travaillé avec énormément de monde : Federico Fellini, Maurice Pialat, Xavier Beauvois, …

Pialat ne m’a rien appris. Maurice était un éruptif. Il créait des évènements sur le plateau en espérant qu’il allait se passer des choses ensuite. Je ne suis pas du tout éruptive. Je suis implacable, mais pas éruptive. Ce qui me passionne, c’est le cadre et l’émotion. Ma mise en scène, c’est quelque chose d’extrêmement dirigé, de précis. Maurice, j’ai été sur son plateau. Et je sais que ça n’est pas précis. Il faut aussi dire qu’il avait beaucoup beaucoup plus d’argent que moi pour faire ses films. Du coup, il pouvait refaire sans arrêt une scène. La tourner, encore et encore. Ou virer des acteurs et les remplacer par d’autres. Je n’ai jamais eu les moyens de faire ça. Si j’avais eu les moyens de Pialat, mes films seraient tous parfaits. Dans le cinéma, il faut aussi garder en tête le rapport qualité-prix. Le spectateur n’a pas à le regarder, bien sûr, mais les producteurs si.

Pour L’été dernier, vous avez choisi Léa Drucker comme personnage principal. Quels rapports avez-vous entretenu sur le tournage ?

C’est quelqu’un de formidable. Ce n’est un secret pour personne, j’avais écrit le scénario en pensant à Valéria Bruni-Tedeschi. Ma réputation lui a peut-être fait peur. Le fait qu’il y ait dans le film quatre scènes d’amour n’a pas dû aider, sans parler des problèmes d’ordre plus privés qu’elle rencontrait avec son propre film. Tout à coup, nous nous sommes donc retrouvés sans actrice pour le rôle principal. Saïd a pensé à Léa, l’a contacté, puis je l’ai eu au téléphone. De mon côté, j’avais des réticences. Je pensais qu’elle était très conventionnelle. C’est le contraire.

Quelques mots sur le titre de votre film. C’est un clin d’oeil au Soudain, l’été dernier de Joseph L. Mankiewicz ?

Evidemment. C’est curieux, personne ne m’avait encore posé cette question. Si j’avais pu, j’aurais repris ce titre, mais ça n’était pas possible.

J’ai dû changer le titre précipitamment. Je ne voulais pas changer le contrat sous le titre La reine des coeurs qui était la traduction du titre danois. Je trouvais ça grotesque. J’avais donc pris un titre provisoire, « Inavouable », car elle n’avoue jamais. On a changé le titre car on devait faire jouer des petites filles dans le film, et pour ça, il faut l’accord de la DDASS. Avec ce titre Inavouable, c’était impossible. On avait donc changé le titre.

« Le groupe de Kim Gordon s’appelle Body/Head, à cause d’une réplique de « 36 Fillette » qui est son film préféré »

Il y a peu de musique dans votre film, à part lors de deux scènes de voiture. Pourquoi Dirty Boots de Sonic Youth ?

On entend Sonic Youth lors d’une scène de voiture, car c’était le groupe de Kim Gordon. Kim a aussi composé d’autres morceaux pour le film. J’ai d’ailleurs découvert sur internet qu’elle avait répondu au questionnaire de l’île déserte pour le New York Times en 2016, et qu’à la question « Qu’emporteriez-vous sur une île déserte ? », elle avait répondu « le livre de Douglas Keesey sur Catherine Breillat ». D’ailleurs, son autre groupe s’appelle Body/Head, à cause d’une réplique de 36 Fillette, son film préféré.

Comment s’est faite la connexion avec elle ?

Nous n’avions pas du tout de budget pour la musique. C’est pour ça que le générique du film est encombré de petits financiers car nous n’en avions pas de conséquents, aha ! Dans un film, la musique coûte très cher. Après avoir découvert par hasard que Kim Gordon était une fan absolue, et comme j’étais moi aussi fan de son œuvre, j’ai demandé à ce qu’on joigne son attaché de presse pour me mettre en relation avec elle pour la musique de mon film.

Aujourd’hui, quel est votre rapport à la cinéphilie ? Regardez-vous beaucoup de films ?

Non, assez peu. Je préfère regarder 50 fois un chef-d’oeuvre qu’une fois une « oeuvrette ». De toute façon, c’est compliqué pour moi aujourd’hui d’aller au cinéma. J’habite sur une île, et on n’a pas de bateau pour revenir si on part au cinéma. Et aujourd’hui, je suis handicapée. Si je ressors après un film entre chien et loup, je peux même pas faire 300 mètres, car j’ai plus d’équilibre. Mais c’est pas grave, car les très grands films m’influencent en permanence. Les Bergman, évidemment. Baby Doll, aussi, de Kazan. Ivan le Terrible. Et le cinéma expressionniste allemand. Mes films sont souvent du naturalisme mixés avec l’expressionnisme. Les plans naturels permettent de pénétrer l’âme, l’émotion et la vie des gens.

Et le cinéma classique français ?

Bresson, évidemment. Le plus grand cinéaste français. C’est un choix assez curieux, car d’une certaine manière, Bresson est l’inverse de moi. Lui ne fait pas jouer ses acteurs, quand je les fais énormément jouer. Pourtant, je le trouve génial. Il a un cadre incroyable. Il y a quelque chose chez lui de magique.

Vous êtes la cinéaste du désir, lui de l’« antidésir », voire de l’ascétisme.

Il n’est pas le seul. Tous les cinéastes français sont des cinéastes de l’« antidésir ». Le plus amusant, c’était Rohmer, mais il était bridé par ce qu’il était, mais aussi par sa mère. Je l’avais rencontré, et il avait convenu que j’allais beaucoup plus loin que lui, même si lui et moi nous chassions sur les mêmes terres, Musset et le marivaudage. A l’étranger, on me dit souvent que les français badinent avec l’amour, et c’est vrai. Le désir, c’est ça, le badinage amoureux. L’attraction commence comme ça.

« La langue française, je la connais. Je ne suis pas une féministe de merde qui croit qu’il faut mettre des e partout ou écrire en mode inclusif pour faire avancer la cause des femmes ».

Toute votre œuvre est consacrée au désir, et particulièrement au désir sexuel.

J’ai une nouvelle théorie, maintenant. Il s’agissait tout simplement du sujet du demi-siècle. C’est pour ça que tous mes films vont être pris chez Critérion, ce qui correspond pour un réalisateur au fait d’entrer dans La Pléiade pour un écrivain. Il faut le savoir. Ma théorie, c’est que jusqu’ici, on avait toujours vu le désir avec un côté égrillard, scandaleux, sulfureux. Alors qu’il est dans notre ADN. La survie de l’espèce humaine dépend du désir. Même si on croit en Dieu, on ne peut que constater que Dieu nous a créé de telle sorte que les femelles n‘ont pas de chaleurs et que la survie de l’espèce passe par le désir. On ne choisit pas d’être attiré par quelqu’un. Cela se fait à notre insu. On peut choisir d’y résister. Mais on ne peut pas choisir d’être attiré. Personne n’a parlé de tout ça. Les philosophes n’en ont pas parlé. Les féministes, en général, imposent une idée puritaine dès qu’elles deviennent féministes. C’est le contraire de l’homme. Je dis l’homme, de façon, générique. Personnellement, je récuse le e. Je veux bien être une homme, mais sûrement pas une « auteure » parce que j’ai de la hauteur. Les mots français en « eur », qui sont les mots de l’émotion, n’ont pas de e. Pourquoi m’afflublerait-on d’un e et m’enlèverait-on l’émotion ? La langue française, je la connais. Je ne suis pas une féministe de merde qui croit qu’il faut mettre des e partout ou écrire en mode inclusif pour faire avancer la cause des femmes.

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On sent que la littérature a été fondatrice dans votre parcours.

Elle est à l’initiative de tout. Gamine, ma mère ne voulait pas qu’on sorte. Alors je lisais. Enormément. Ma sœur et moi avions rapidement eu le droit d’aller à la bibliothèque pour adultes, car nous avions assez vite lu les trois ou quatre mètres linéaires de la littérature pour enfants et les Contes et légendes de tous les pays du monde. Avec un flair étonnant, j’avais de suite trouvé des auteurs comme Audiberti, Robbe-Grillet, Malaparte ou Les Onze Mille Verges d’Apollinaire que je n’aime pourtant pas du tout. C’est aussi comme ça que j’ai découvert le marquis de Sade à 12 ans. Même si je ne l’aime pas. A la bibliothèque municipale de Niort, la ville où je vivais, j’avais accès à des incunables. Et aussi à des listes d’auteur qui figuraient sur des fiches. Etant sensible à la musicalité des noms, j’avais découvert Lautréamont. Les chants de Maldoror, c’est encore aujourd’hui mon livre de chevet. S’il s’était appelé Isidore Ducasse, je ne l’aurais peut-être pas découvert. C’est en découvrant Lautréamont que j’ai décidé de devenir écrivain. Et c’est le jour où j’ai découvert La nuit des forains de Bergman dans un ciné-club, que j’ai décidé de devenir metteur en scène de cinéma. A l’époque on ne se disait pas réalisateur. Un réalisateur, c’était quelqu’un qui travaillait à la télévision. Quelqu’un pour lequel on avait le plus profond mépris. Le cinéma d’art c’était autre chose. Tout y était chorégraphié. C’était, comme son nom l’indique, une mise en scène, le plateau étant la scène, et la caméra étant le spectateur. C’est au montage que je « réalise » quel film j’ai fait. C’est là que je deviens réalisatrice.

Pouvez-vous nous expliquer votre vision du montage, une étape fondamentale dans la construction d’un film ?

Le montage, c’est le moment où l’on cherche le film qu’on a fait. On cherche où il est, ce qu’il va être. C’est aussi le moment où on oublie le film qu’on avait initialement en tête avant le tournage. Dans le cinéma il y a deux étapes fondatrices : la mise en scène au moment du tournage, puis la réalisation au montage. Le problème des gens, c’est qu’ils ne comprennent pas toujours le français. J’ai tellement lu dans ma jeunesse que je suis terriblement attachée à la signification des mots.

« Longtemps, la France m’a beaucoup expliqué que j’étais la plus mauvaise ».

Envisagez-vous un jour d’écrire votre autobiographie ?

Je m’en sers tellement pour écrire de la fiction que je ne crois pas. Là où j’ai une vraie signature et une vraie maîtrise, c’est au cinéma. La littérature  génère un flot de paroles. Mon problème, c’est que je ne suis pas construite. Je n’ai pas de colonne vertébrale quand je m’exprime. J’ai un flot de pensées, ce qui me permet d’avoir une pensée innovante par le cinéma. Mais je ne suis pas quelqu’un qui pense de façon construite, ce qu’exige la littérature. Ceci dit, ceux qui veulent tout savoir de moi peuvent lire Je ne crois qu’en moi, un livre de Murielle Joudet avec qui j’avais passé plus de trente heures d’entretiens. Là, je raconte tout, sans langue de bois.

Comme Françoise Sagan, vous avez écrit votre tout premier roman, L’homme facile, très jeune.

Adolescente, j’étais en révolte. Je détestais alors l’austérité niortaise. Rétrospectivement, je pense qu’elle m’a été bénéfique. Elle a fait grandir mon côté subversif. A 16 ans, j’avais les cheveux blonds platine. Des parents d’élèves demandaient mon renvoi car j’étais un mauvais exemple., alors que j’étais très bonne élève. Avant mon tout premier roman, j’écrivais déjà. Vers 15-16 ans, j’avais écrit un roman en classe qui m’a plus tard servi pour faire mon film 36 Fillette, même s’il ‘a jamais été publié. A l’époque, je l’avais tout de même envoyé à Jean-Jacques Pauvert. Le lecteur qui l’avait lu avait annoté sur une fiche la mention « Déconcertant, mais nul ». Pauvert ne l’avait pas trouvé nul, lui, mais il voulait que je le réécrive, ce qui est impossible à 16 ans. J’avais donc préféré en écrire un autre, qui est devenu L’homme facile, paru chez Christian Bourgois. Quelques années plus tard, je recroise un de ces parents d’élèves qui me dit « Finalement, vous avez réussi. On avait tort ». Il faut laisser les gens être originaux. Lui voulait que je sois formatée comme des gens qui se contentent d’une vie dont ils ne sont pas satisfaits. Moi au moins, je suis satisfaite de ma vie même si j’ai été aventureuse, en bonne funambule de la vie.

L’argent, ça a été un sujet dans votre vie ?

J’avais bien gagné ma vie avec le premier livre, mais ensuite ça avait été très dur financièrement. Je vivais de petits contrats, d’espoirs. Puis, à partir de 40 ans, j’ai très bien gagné ma vie en devenant scénariste à tour de bras, et très bien payée. De 20 ans à 40 ans c’était très dur. Il fallait tenir le coup alors que les gens faisaient tout pour me décourager. Ils m’expliquaient que mon premier film, qui maintenant va être chez Critérion, était nul et qu’il fallait que je fasse autre chose. La France m’a beaucoup expliqué que j’étais la plus mauvaise. Jusqu’à 36 Fillette compris, c’est-à-dire pour mes 3 premiers films, j’étais le plus mauvais metteur en scène français, la honte de la France. C’est pour ça que le livre s’appelle « Je ne crois qu’en moi ». Il se trouve qu’aux Etats-Unis, 36 Fillette était le meilleur film français de l’année.

Finalement, avez-vous le sentiment d’avoir été plus reconnue à l’international qu’en France ?

C’est une évidence. Regardez la critique du Monde à l’époque, et vous comprendrez. Pour eux, je n’avais aucune chance de faire un autre film. Pour les festivals de Toronto, de New-York et de Londres, ce film avait eu un gros succès et était considéré comme le meilleur film français de l’année 1988. Il faut aussi dire que la France n’avait pas su vendre mon film. C’est Gaumont qui le sortait, et ils avaient cru qu’ils allaient avoir un film pour les ados. C’était pas le cas. C’était pas La Boum de Pinoteau, c’était moi.

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