Parfois le vernis ne se voit que là où il s’écaille.

Je crois qu’hier soir, j’ai choppé le cancer du blanc bec. Ca

Parfois le vernis ne se voit que là où il s’écaille.

Je crois qu’hier soir, j’ai choppé le cancer du blanc bec. Ca a commencé vers la bile, il me semble. Et ça a gagné le foie. Quelque chose comme un tassement de l’âme.Et pourtant d’âme, les chansons d’Hugh Coltman et Oh ! Tiger Mountain au Poste à galène n’en manquaient pas.

J’aurais du être emporté ; j’ai fini mort vivant. Sourire figé, cerveau croqué, âme au rabais. Marrez vous derrière votre écran, j’aimerais vous y voir. D’ailleurs je vous y ai vu ; fier bataillon d’une armée des morts qui se compte en millions. Alors quoi, il aurait fallu se teindre la peau en noire ? Mettre un masque ? Ah tiens, c’est une idée. Et puis se mettre à onduler du bassin, persuadé soudain que le ridicule ne tuait plus ? Et pourquoi pas des paillettes, tant qu’on y était ?

Car parfois, on a beau faire tout ce qu’on veut, le vernis ne se voit que là où il s’écaille ; moments douloureux, désagréables, beauté s’enfuyant vomir aux toilettes et cette mèche dans les yeux qui s’entête à vouloir rester coincée dans l’œil, instants-grincements, ouvrir, fermer les yeux, ouvrir, fermer les yeux et soudain un refrain revient te cueillir, et tu n’y crois pas, c’est si chouette pourtant, tu le sais, tu le sens, là dans tes os, évidemment. Tu serais presque prêt à y retourner, quand il lance un « Il ne faut jamais écarter la possibilité de disparaître ». Chut !

Alors il faut tenter de se remettre à rêver far-west, redécoller, ne pas oublier pourquoi on est venu, raconter raconter raconter, car il faudra empoigner ce stylo-clavier et tâcher d’oublier la morsure, là, au niveau du foie : penser à faire chialer l’internaute, penser au public ombre se mouchant derrière son écran, aux amis pixels, aux compagnons connexion rapide ; ces parfaits inconnus à qui montrer son âme est si facile.

Mais je le voyais bien que ça n’allait pas. Tout compris de travers. Un blanc, jouant et chantant comme un noir, devant des blancs frétillants du bassin comme si on était à Detroit, ça n’avait pas de sens : si je veux écouter Stevie Wonder, je mets une cassette, je ne vais pas à un concert folk. D’ailleurs, je vais m’abstenir un moment d’aller aux concerts folk. Ca n’est plus ce que c’était. Tout compris de travers. Cette voix haut perchée. Et chaude. Du groove, du vrai. Taper du pied ; regarder ailleurs. Morsure en dedans, ça tord, ça tord, ça tord. Groove. Blanc becs à lunettes. Ridicule. Battements de mains, à contretemps, tout le temps. Tout compris de travers. Jealous guy en version soul ? Et puis quoi encore ? S’avouer vaincu, sûrement pas. Avaler des couleuvres ? Non. Reprendre sa respiration, fermer les yeux. Et s’arrêter là.

Depuis, j’ai consulté : le cancer du blanc bec, c’est une belle saloperie.

Obligé de vivre avec. Les symptômes ? Une tendance à danser en syncope, un sourire niais poussant à la moindre basse un peu ronde, et surtout, surtout, une nette inclinaison à dire « hier soir, j’ai fait la fête » au lieu de dire « hier soir j’ai vu un putain de concert ». Vous me direz que normalement, ça n’est pas rédhibitoire, que c’est un peu snob comme point de vue. Je vous répondrai que le prochain qui me cherche me groove.

http://www.myspace.com/ohtigermountain

http://www.myspace.com/hughcoltman

 

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