Jonathan Caouette revient avec un documentaire sur sa mère, plutôt bien branlé et moins énervant que la longue jérémiade qu’était "Tarnation". Avec "Walk away Renée", il nous livre un portrait intimiste de sa famille. Il nous y parle de la folie, de la place qu’on accorde à nos vieux, sans oublier ce magnifique corps de métier essentiellement constitué d’horribles petits fils de putes que sont les médecins.

Derrière son torse poilu et ses pectoraux impeccables, Jean Malback a un petit cœur qui bat. Et je dois vous dire que j’ai été touché par ce documentaire, de celui que je peux désormais appeler  l’ami Caouette. Tarnation m’avait passablement énervé, interminable crise d’ado auto-filmée en Super 8. Ici, l’ado est devenu adulte et semble apaisé, tant sur le plan psychologique que sur la forme narrative. La facture est classique. Le film est plaisant. Jonathan vient chercher sa mère, qui est hospitalisée dans une clinique de Houston, pour la ramener chez lui à New York afin de mieux s’occuper d’elle. Sur le chemin les ramenant à la Grosse Pomme, Caouette ouvre le livre de famille et nous présente sa mère via toutes ses archives vidéo.

Sa mère a un rapport psychologique plutôt chargé. Schizophrène de la première heure, elle a notamment eu droit au fameux traitement par électrochocs dont raffolaient les psys de l’époque. Elle n’est pas devenue Lou Reed pour autant, mais elle a gardé son crazy feeling. Au cours de sa longue cohabitation avec les médocs, elle n’en a trouvé qu’un qui la stabilise ; désolé pour tous les psychopathes qui nous lisent, mais je ne me souviens plus du nom. Bref, sa santé mentale dépend d’une petite pilule. La frontière est mince entre notre réalité et sa folie. Pas besoin de dépenser des millions dans la recherche spatiale, Caouette nous dit explicitement qu’il existe un autre monde, là, juste à deux pas de chez nous. Un monde où l’on peut croire que l’on porte un enfant mort dans son ventre. C’est le monde de sa mère, si elle ne prend pas sa pilule. Le monde de Renée Le Blanc. Une femme splendide devenue au fil des années une femme aux dents pourries. Son fils lui achètera un dentier à leur arrivée à New York, et d’un seul coup elle retrouvera toute sa grâce. Les dents de sa mère, j’vous dis.

Sur la route, Renée perd son médicament miracle. On assiste alors à une belle lâcheté de la part des médecins, ces horribles médiocres n’osent pas se mouiller pour lui refiler une pauvre ordonnance. Comment se cacher derrière l’éthique quand on parle de la santé mentale d’une patiente ? Les médecins n’ont aucun problème à ne pas rendre ce petit service. Vous avez déjà remarqué ce petit sourire plein d’autosuffisance que peut arborer un médecin ? Ce petit air narquois et supérieur ? Peut-être que moi et Caouette avons rencontré les mêmes connards, mais demandez à un médecin de vous rendre un service et vous verrez sa réponse. Quelle bande d’horribles petits fils de putes. Ce n’est pas un hasard si on trouve souvent des mères de médecins sur les trottoirs de Pigalle. Pauvre Renée, qui a passé la moitié de sa vie parmi eux.

Caouette fait preuve d’un calme olympien pour à la fois jongler au téléphone pour trouver le médicament et accélérer l’admission de sa mère dans un nouveau centre médicalisé, mais aussi pour la contenir lorsqu’elle part dans ses crises. Vous avez sûrement tous une mémé ou une tante un peu folle qui vous répète les mêmes choses, qui insulte la moitié de votre famille et une bonne partie de la France. Vous savez donc qu’au bout d’un moment, les nerfs craquent et un croche-pied part facilement. C’est certainement la force du film. C’est que Caouette nous renvoie à notre propre lâcheté, car au fond nous sommes tous d’horribles petits fils de putes. Ça me rappelle ce sketch de Louie C.K où celui-ci explique que le simple fait de penser à faire une bonne action le fait se sentir comme un être incroyablement sympa. Sauf qu’au final on arrive toujours à la maison de retraite sans fleurs, ni chocolats… mais on y a pensé sur le chemin. On s’arrange comme on peut avec sa conscience.

Il y a une scène troublante, filmée en night-shot, où Renée au plus fort de sa crise menace de le tuer. On se croirait dans L’Exorciste. On ne la voit pas. On entend juste ses pas et ses menaces dans la maison. Malback a les chocottes. Ça m’a rappelé ces fous, ces clochards célestes qui vous regardent droit dans les yeux et dont vous pensez qu’ils peuvent vous voler ou lire votre âme. Leur regard est perçant. « Je sais ce qu’a fait ton père ! » m’avait lancé l’un d’eux en me fixant. Depuis, je guette les moindres agissements de mon vieux. On sent que ces types détiennent une vérité, peut être même LA vérité (mais laquelle, bordel ?). L’autre monde est bel et bien réel, juste à côté de nous, à deux pas. Mais, Dieu merci, on peut le contenir grâce à une petite pilule ou un coup de Taser. L’honneur est sauf. La science est grande. La France est forte. Le freak n’est pas encore chic.

Jonathan Caouette // Walk Away Renee // En salles le 2 mai
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