Lâchée dans le festival comme un détraqué dans une maternelle, Ismène déploie sa camisole pour raconter son Rock en Seine, trois jours de normalité au pays du rock capitonné. Petit conte de la folie ordinaire.

Le festival Rock en Seine se veut éclectique, ne t’étonnes donc pas de croiser ton patron et ton cousin de 12 ans en train de remuer leurs fesses sur les tubes de The Ting Tings ou de pogoter devant Blink 182. Appelle ça festival universel, mais surtout rappelle-toi que ton pass 3 jours, tu l’as payé 100€.

©Sylvere.h

Arrivée sur à Saint-Cloud le samedi, on m’apprend que de la veille, je n’ai raté que le set de Black Rebel Motorcycle Club et la chemise de Kele Okereke. Sous le crachin, j’écoute presque attentive le live-amuse bouche de Chew Lips. Leurs titres passent mieux que sur disque et à défaut de parvenir à animer une foule passive, Play together ramène le soleil.

L’après-midi ne débute vraiment qu’avec le set de Viva and the Diva. Sur scène, Sir Alice campe le mix improbable de Courtney Love et de Kelly Osbourne. Le résultat pourrait tout aussi bien faire penser à la Brigitte Bardot des 60’s qu’à une sympathique performeuse alt-porn. Expérience improbable à l’heure du goûter. Le set, porté par des titres comme Maria Magdalena, Across the Universe ou un Pump Up débarrassé de sa noirceur est puissant, électrique et réjouissant.

Prenant péniblement le relais, les Stereophonics – dont je n’avais déjà pas grand chose à foutre à 15 ans – me donnent l’espace de deux titres de quoi replonger en adolescence : The Bartender and the Thief suivi de Maybe Tomorrow. Mes 15 ans, la FM, mes 18 ans, la FM… Et si nous allions faire un tour ?

Entre le stand Nivea et le stand Suez, il n’est pas évident de se rencontrer l’esprit rock (à moins de se décider à expérimenter les toilettes sèches). Mais où ont bien pu passer les clones de Kate Moss – blondeur piscine, lèvres pivoines et robes à fleurs – gardiennes du temple rock’n’roll ? C’est un fait, le public n’a l’air de rien et je n’arrive pas à clairement déterminer si c’est une bonne ou une mauvaise chose. Les lisses niçois de Quadricolor me donnent un début de réponse. De jeunes gens charmants, à peine sortis du conservatoire qui revendiquent leur ambition d’user d’une virtuosité classique pour composer leurs morceaux. Effectivement, c’est propre, c’est Vampire Weekend, mais c’est plutôt sympa. La sauvagerie attendra.

Pour le principe, je rejoins ensuite la scène de la cascade sur laquelle débute le set des irlandais de Two Doors Cinema Club. Le soleil de la fin août illumine la chevelure incandescante d’Alex Trimble. Overdose de pop, je m’ennuie et j’ai faim.

Un kebab, un coin d’herbe desséchée, il est 18h, je suis bien : l’occasion pour moi de savourer la non-ambiance de ce festival et de m’interroger sur la passivité d’un public que l’on voit se déplacer en masse d’une scène à une autre sans que ne soit palpable la moindre émotion. Pèse sur leurs épaules l’obligation morale de se divertir : vite, vite, l’été se termine, amuses-toi, tu auras enfin des trucs à raconter à tes collègues. N’oublie pas d’acheter un t-shirt à l’effigie des Naïve New Beaters !

©Sylvere.h

Je suis tirée de mes réflexions par Paolo Nutini haranguant la foule à base de désagréables “OuhwouhOuhwouh” ! Je ne connais pas ce type et moins de 5 minutes me sont nécessaires pour le détester.

A quelques pas de là, le set tout de la charmante Martina Topley Bird ne parvient pas à me dérider : Overcome ne sonnera jamais aussi bien qu’avec Tricky aux manettes. Dans la continuité, le concert acoustique que propose Jonsi dont les instruments se sont perdus quelque part sur la route est une parenthèse improbable. Emouvante et intimiste, la musique de l’islandais trouve difficilement sa place ici. Peut-être parce que le public a en tête, au mieux, le concert de Queens of the Stone Age qui va suivre, au pire, le sandwich-merguez de « la barraque à frites là, tu sais, au coin à droite derrière le stand des t-shirts ».

20h00, Josh Homme arrive sur la grande scène. Je tombe aussitôt en pâmoison devant ce bœuf dont le sex-appeal est proche de celui d’Elvis Presley. Et là, entre Feel Good of Hit Summer, The Lost Art of Keeping Secrets, 3’s & 7’s, Sick, Sick, Sick et Go with the Flow… Il est impossible de ne pas se mettre à sauter partout frénétiquement.

Me remettant difficilement d’avoir vu Hilaire Picault danser avec la grâce du derviche tourneur sur No one knows, je passe sans mal à côté du set de LCD Soundsystem et ce malgré le charisme indéniable de James Murphy.
A 22h, le public chargé d’humidité se compresse devant la grande scène, je m’efforce de ne pas trop y penser car l’heure est venue ! Attendus comme les messies, Massive Attack dévoile une scénographie convenue : jeux de lumières et textes pseudo-subliminaux défilant en  plusieurs langues. Le set débute sur une ambiance froide et le groupe propose quelques classiques réarrangés pas toujours à bon escient : Inertia Creep, Splitting the atom, Safe from Harm, Risingson… Horace Andy vient jouer les guests star sur Girl I love you et Angel. Un teen se trémousse énergiquement sur un Teardrop dont le chant a gagné en humanité mais perdu en émotion. Je suis perplexe, peut-être est-il plus compliqué que ce que je ne pensais de trouver de la place pour l’émotion dans un set ultra calibré et minuté…

©Franck Courtès

Le lendemain, j’entrevois un bref instant la lumière en découvrant l’univers envoûtant de The Black Angels porté par la voix d’Alex Maas (qui n’est pas sans rappeler celle de Jim Morrison). Un des rares moments de grâce du festival même si ces morceaux longs et psychédéliques peinent à trouver leur public. Je finis le concert sur une pelouse dépeuplée alors que tout le monde s’est déjà barré pour écouter Eels.

Je dois admettre ne plus avoir suivi le parcours de Mark Oliver Everett depuis son Daisies of the Galaxy. Dix années de retard ne se comblent pas en un set et je découvre donc qu’Eels donne maintenant dans la musique rock-funk cradasse. Il me faudra attendre Spectacular Girl pour reconnaître sa patte dépressive mais la décharge provoquée par les titres de The Black Angels reste trop présente. Je ne parviens pas vraiment à rentrer dans l’univers d’Everett et ce malgré un enchaînement Fresh blood/That look you give to that guy plutôt bien senti.

Il ne me reste plus qu’a rejoindre le flux des festivaliers qui errent depuis trois jours : Beirut, The Ting Tings, Roxy Music, Arcade Fire… Trop frustrée, je me suis mise en veille. Je suis là, sans être là. J’ose le mot : je suis indifférente.

Je ne sors de ma torpeur qu’en quittant le site, presque soulagée, lorsque retentissent les premières notes de Baptism de Crystal Castles. Ce soir, je crois que la moindre poussière de foutraquerie aurait ma sympathie. Alice Glass a l’air plutôt en forme : elle tient debout et je crois même l’entendre chanter. Étrangement apaisée, je pars portée par la mélodie de Celestica. Pourtant, je ne parviens pas à m’ôter de l’esprit la remarque perfide d’un pote journaleux : « Une fois dans ta vie, il faudrait quand même que tu fasses un vrai festival… ».

http://www.rockenseine.com/fr/

Crédit photo header ©Franck Courtès

11 commentaires

  1. Je précise tout de même, pour la véracité historique, que tu n’as pas payé tes places. Sans biaiser ton jugement, il me semble que c’est tout de même important à souligner.

  2. Mlle Ismène,
    pour voir des gens un peu plus passionnés, exprimant davantage d’émotions ou même mieux lookés, il faudait peut-être vous approcher un peu plus de la scène la prochaine fois. Car c’est généralement dans les 10 premiers rangs que l’on trouve les vrais fanatiques, qui hurlent, vibrent ou chairdepoulisent à qui mieux mieux.

    Le fait que vous ayez observé le festival à la distance de la dilettante, et c’est votre droit, explique que vous vous être fatalement retrouvée dans le flot indistinct des autres dilettante : ils sont là parce qu’il fait beau, que c’est en plein air à une chiée de métro, mais ils n’aiment pas être serrés dans la foule, ils déambulent donc tranquillement à l’écart des plus furieux.

    je vous le dis afin que vous ne gardiez pas une impression fallacieuse d’un premier festival qui n’était manifestement pas à votre goût.

    PS moi aussi je défaille régulièrement devant Josh Homme et lui trouve un air de ressemblance avec Elvis the Pelvis.

  3. Bonjour,

    Tu oses le mot : “Indifférente”, ce qui se ressent largement dans ces lignes, j’ose le mot à mon tour, “superficielles”. Je pense que tu oublies, ou prend à contre-pied, au choix, que “seul le détail compte” : d’habitude, le compte rendu détaille, là, comme s’il n’y avait pas de matière pour aller voir plus loin que le bout de ton flegme, tu épingles, à mon sens, par pure paresse, textuelle cette fois-ci. Encore fallait-il choisir les bons concerts : la fraîcheur plutôt que le rechauffage de mister Hyde la veille, le show bien dosé de LCD dont l’unique bémol est, constante indéniable, l’absence de charisme du pourtant sympathique James Murphy, The Black Angels (les morceaux, longs ? Ah ? Un set, en tout cas, d’une frustrante concision!) … peinent à trouver leur public ? Pourquoi pas, pourtant, aux premières loges de Roxy Music, en attendant le Ferry, on (nous+d’autres)aura retenu Christian Bland un bon moment – mais tu analysais peut-être, à cet instant, la molassonerie des trentenaires enflammés en pelerinage pour les pompiers Arcade Fire, puis n’en parlons pas, Roxy Music, je laisse le soin à Bester de le faire, ou Crystal Castles, non mais oh – pourquoi esquiver la tempête ! Rock En Seine ne t’a pas emballé ou tu n’étais déjà pas emballée à l’idée d’y aller ? Dans ces cas-là, autant faire demi tour, tu aurais eu un bel aperçu via les vidéos de portable postées sur You Tube, accompagné de cette verve fracassante que tu sembles avoir confectionnée cet été, froidement, au chaud, avant même d’y avoir posé un orteil. Tu rappelles le prix, 100 euros le weekend, mais ce sont ces trois jours qui t’ont coûté supplice et déplacements à contre coeur, allers retours de scènes en scènes pour, au mieux, apprécier des bribes de concerts. Et après tu dis non ambiance et passivité du public – ce n’est pas parce que tu endosses le rôle de journaliste que tu ne peux pas te fondre en public exhalté. Sans pour autant hurler ta passion pour un festival bon enfant, avec Huchon qui marche sur les goûtes de pluie et les flaques de pisse et avec Blink et consorts, d’accord. Seulement, plutôt discuter QUE festival (surtout quand les affirmations restent approximatives, que la description colle pas au paysage), ça aurait été mieux de parler concerts, groupe, musique. Parce que, honnêtement, en ce qui me concerne, j’ai pas foutu 100 euros pour croiser Huchon marcher dans la pisse.

    Bien à toi, Ismene, ceci étant moins une attaque gratuite qu’une petite déception quant à ce texte, et déception justement parce que tes autres sont brillants.

    RL

  4. “occasion pour moi de savourer la non-ambiance de ce festival et de m’interroger sur la passivité d’un public que l’on voit se déplacer en masse d’une scène à une autre sans que ne soit palpable la moindre émotion. Pèse sur leurs épaules l’obligation morale de se divertir : vite, vite, l’été se termine, amuses-toi, tu auras enfin des trucs à raconter à tes collègues” :

    On se demande pourquoi tu es restée jusqu’au bout de ce festival pourrie mêlée à ce public ringard, si c’était pas soucis professionnel tu n’étais pas obligée çà t’aurais évité d’écrire un article aussi naze…

  5. donc un journaliste est quelqu’un qui sait manier la langue, l’orthographe et la syntaxe.
    Tant pis si il se sent trop fatigué et indifférent pour finir un compte rendu de festival.
    Bien.

  6. en effet c’est préférable mais ici j’ai surtout du mal avec le commentaire gratuit avec une foison de fautes et surtout sans aucun argument. On peut ne pas souscrire à ce qui est écrit mais encore faudrait il être capable d’en expliquer les raisons. Le j’aime / j’aime pas c’est quand même très limité et ne fait guère avancer la discussion.

  7. Effectivement mon commentaire est un peu violent et pas très argumenté, truffés de fautes d’orthographes (par contre niveau syntaxe je te trouve dur)
    Ce qui m’agace dans cette article c’est le ton très blasé et méprisant. On n’y apprend rien : c’est juste le témoignage d’une fille qui a passé trois jours à ce faire chier.Et ?

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