Une page se tourne. Des liens en guise de disques promos, des pochettes quasi inexistantes, le groupe tenant tout entier dans un mail. Au risque d’être accusé de vieux con, je
Une page se tourne. Des liens en guise de disques promos, des pochettes quasi inexistantes, le groupe tenant tout entier dans un mail. Au risque d’être accusé de vieux con, je le dis franchement : ça m’emmerde. Mais pire, ça me rend triste. Même pas le cœur de télécharger (légalement, bandes d’andouilles) les tracks. Suis-je si vieux pour trouver que le monde va trop vite ?

 

Trop de mails, trop d’infos, trop de clicks : quand les centrales vont péter, on va tous se remettre à la folk. Promo, retour promo, demande promo, l’offre, la demande, des tas de disques dont on se cogne tentent de nous faire oublier les quelques-uns pour lesquels on est prêt à y aller de son petit « cordialement », et plusieurs fois si nécessaire. Les labels indé (pour faire TRES court) ont soit le stock qui flanche (demande à Pias le dernier Franz Ferdinand : avant la sortie, y en a pas, après, y en a plus), soit des trop pleins de nouveauté. Les majors font encore parfois le job mais question relance, il ne faut pas avoir peur de se répéter, en tout cas quand on travaille en province – qui vient du latin “vaincu précédemment” ; tout est dit, de César à Napoléon, rien n’a changé, beurk…- et qu’on a les oreilles grandes ouvertes, affamées et insatiables.

 

Trop de mails donc. Tout va trop vite. Pas assez de temps. Cliquer « répondre », cliquer « recevoir », cliquer « supprimer » (rien à secouer d’interviewer une chanteuse de R&B), et puis cette proposition de recevoir les albums en streaming, avec téléchargement possible : lumière rouge qui se met à clignoter : « ça y est, on y est », mes oreilles, toutes cornes et trident satanique me susurrent :

« vas-y, nous tout ce qu’on veut, c’est du son »

Mon âme tente une sortie, mon doigt clique sur le lien, trop tard.

Ça fait maintenant deux trois mois que ça dure et je n’aurais pas cru que le coup viendrait d’un label indé. Naïf que j’étais, je me disais que les pragmatiques majors seraient les premières à réduire les coûts. Sauf qu’elles semblent encore avoir les moyens. Les indés, beaucoup moins. Ou alors, c’est plus pratique. Ou alors de toute façon plus personne n’en a rien à secouer des CD ça prend de la place c’est vieux c’est dépassé ça craint c’est ringard c’est nul c’est nul c’est nul.

Oui mais.

Introduire un disque dans lecteur, quand bien même fut-il celui de l’ordinateur, c’est quand même autre chose que de cliquer sur un lien.

L’encoder dans la bécane, ça donnera toujours un meilleur son. Ou alors j’ai raté un épisode (possible).

Les pochettes des 33, c’était classe, celles des CD, un peu moins : avec le carré 6 x 6cm fourni avec le lien, on touche le fond.

Parce qu’avant de participer au grand cirque médiatico journalisitico musical, j’ai acheté un SACRE PUTAIN DE PAQUET de CD. Alors vendre du lien aux lecteurs…

 

J’aime bien VOIR la musique.

 

Sylvain Fesson, dans ces pages, a parlé il y a peu du CD comme carte de visite : il a carrément raison. Mais une jolie carte de visite, c’est bien aussi.

Parce que depuis que je reçois ces liens, j’en ai zappé au moins la moitié : en les recherchant dans mes mails, je découvre des noms qui végètent dans mon disque dur.  Quant à l’autre moitié, je l’ai utilisée une seule putain de fois.

Je sais pourtant comme tout le monde que le support disque est voué à disparaître. Je ne m’y fais pas.

Je suis le premier à dire que le contenu est MILLE fois plus important que le contenant. Mais je ne m’y fais pas.

 

Je sais qu’un jour mes enfants vont bien se foutre de ma gueule avec tous ces dinosaures en forme de CD sur mes étagères. Mais enfin si j’encode tout, que je fourgue ma discothèque pour payer leurs études, leur nouvel I-Pod et l’argent de poche claqué en vodka, et que mon disque dur pète, comment feront-ils pour découvrir un jour The Black Angels, dEUS et Mogwaï ?

Comment vous dites ? N’en auront rien à foutre de la musique ringarde de leurs parents ? Et la transmission, alors ?

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