Le photographe anglais a 23 ans quand il part, avec sa future femme, photographier le fin fond du Yorkshire et ses derniers Non-Conformistes. Les chapelles de cette congrégation le fascinaient, il est allé les photographier pendant quelques années. En résulte un témoignage teinté d'une tendre nostalgie, très différent des satires auxquelles il nous a depuis habitué.

martin-parr-les-non-conformistes-la-ceneLe mordant de Parr pourrait se trouver dans l’intemporalité frappante qui se dégage de ses clichés. Ici, tout semble venir d’un autre temps. Dans les années 1970, il photographie des fermes, un cinéma, une église, une vie de quartier, des mineurs, des artisans, des gardes-chasse, des ouvriers dans leur vie, maisons et boulot. A croire que le temps s’est suspendu pour les habitants de ces régions reculées, toujours noyées, semble-t-il dans une brume fantomatique qui doit donner des rhumatismes. A croire qu’ils seraient toujours en train de vivre comme ça, avec leurs vêtements démodés, leurs usines et leurs mines de charbon, si la désertification n’avait pas eu raison de leur mode de vie et si l’église principale n’avait pas fermé en 1997 (et si Hebden Bridge n’était pas devenu un repaire de lesbiennes et de bobos. C’est Susie Parr qui le dit!)

Bizarrement, on n’a pas vraiment envie de se moquer de ces gens, même s’ils ont l’air un peu simples, un peu ploucs sur les bords. Non, on ressent de la compassion pour eux, pris entre leur brique rouge traditionnelle et les HLM qui commencent à s’élever du sol, à Halifax. On éprouve de la sympathie pour ces habitants de la campagne profonde, attachés à leurs valeurs, à leur église, à leurs fêtes traditionnelles, à leur linge qui sèche au-dessus du poêle et à leur usine d’eau minérale qui semble tout droit sortir d’un rêve de Tim Burton fauché et coincé au 19ième siècle. Les Non-Conformistes, ce sont les méthodistes et les baptises qui avaient manifesté leur désaccord avec les fastes de l’église anglicane. Logiquement, cette branche plus austère s’est rapprochée de ceux qui vivaient les pieds dans la boue et les mains dans le cambouis.

Le photographe livre un véritable témoignage, complété par les écrits de son épouse. Il montre le lent déclin de la période industrielle, la fermeture des usines, l’éclatement des familles ancrées dans des générations entières de traditions. La force de ce livre, c’est la tendresse qu’il évoque, même à quelqu’un qui n’a jamais entendu parler de Non-Conformiste et pour qui mineur de charbon reste un métier encore plus obscur que community manage. On ne tombe pas dans le passéisme ou la morosité (et pourtant le noir et blanc de l’image pourrait aller vers le sens des racines de pissenlit), non, on est simplement intrigué par le concept, curieux d’une époque pas si éloignée que ça de la notre, puis porté par la beauté des photos, et enfin, touché par la singularité de ces gens. Nous amener, en 2013, à nous arrêter sur une bande d’Anglais égarés au fin fond du Yorshire, c’est quand même un beau pari.

Martin Parr // Les Non-Conformistes //  Editions Textuel, 2013.

Martin Parr sera en dédicace le 14 novembre à la librairie Artazart, (83, quai de Valmy, 75010) à 19h

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