2 octobre 2026

Les Guadal Tejaz ont-ils été remplacés par des extraterrestres ?

Après deux albums de krautrock aux vertiges bien psychés qui ont forgé leur identité sonore, Guadal Tejaz revient cette fois avec de l’électro de sci-fi bercée par des sonorités 80’s. Le trio rennais aurait-il fait le tour du rock ou bien ses musiciens seraient-ils captifs sur une planète inconnue ?

Le monde de la musique ressemble parfois à un véritable feuilleton. On observe les comètes de passage comme Angine de Poitrine. Il y a le décès des anciennes icônes qui déverse sur les réseaux sociaux une nuée de photographies prises avec ces artistes avant leur trépas – mais qui nous rappelle surtout qu’on les avait presque oubliés pour certains. Les séparations inexpliquées comme Ada Oda, celles justifiées comme L’Impératrice ou les querelles intestines à la Oasis. Il y a aussi ceux qui, comme La Femme, n’avaient d’autre choix que de fermer boutique sans quoi ils risquaient de se transformer en leur propre caricature.

On apprend sinon régulièrement que tel groupe se sépare d’un membre en raison de son comportement déplacé dans la sphère privée et c’est parfois le tout qui s’effondre. Les boycotts de festivals pour des raisons géopolitiques ou par soutien moral, mais aussi les groupes et artistes qui changent de nom comme Thee Oh Sees ou, dans la scène indé hexagonale, AK Reptile par exemple. Et il y a ceux qui, sans sommation, sortent un disque qui n’a absolument rien à voir avec la musique qui a bâti leur succès comme Guadal Tejaz, qui a rééduqué sa musique depuis l’amputation d’un membre.

Crédit : Titouan Massé

Après tout, Nietzsche n’a-t-il pas écrit que « l’homme qui s’approche du but ne marche plus, il danse » ? Guadal Tejaz semble ne pas vouloir danser seul. Alors que le groupe rennais s’illustrait par son rock « prend-ça-dans-la-tronche », adoubé par John Dwyer qui les a ensuite invités à jouer les premières parties de la tournée d’Osees, Guadal Tejaz change de bord. Fini le son crade, avec Megalostrata (Le Cèpe Records) le trio breton s’immisce dans une sorte d’électro cosmique enivrée aux boîtes à rythmes, samples et synthétiseur modulaire. Nuançons tout de même, l’incontournable deuxième album, Noche Triste (2022, Crème Brûlée, Beast Records), intégrait déjà des séquences électro-bruitistes avec des titres comme « Yollotl » ou « Canal » – voire même ambient sur « Tonalli » – mais la robe restait majoritairement rock qui tache.

Quand la réalité rattrape la fiction

Sauf que là, avec Megalostrata, c’est un tout autre délire ! On est plus sur du Queen cuvée Another One Bites the Dust que sur du Neu !, avec des overdubs électroniques de science-fiction à la Ovhal44 dès l’ouverture. Le deuxième morceau, Raptor, tangue davantage vers The Clash – si ce n’est les Stranglers – dans son instrumentation, mais avec ce vibrato si particulier dans les incantations du chanteur Morgan Guillou. Dans l’ensemble, ça groove bien sur l’élaboration de véritables paysages sonores et l’album tend vers une démarche actualisée de l’indie dance quelque part entre la volonté des Happy Mondays et le son de The Prodigy. Discolitzi, morceau de leur premier album Cóatlipoca (2019, Crème Brûlée Records), a même le droit à un ravalement de façade façon remake nouvelle génération.

Au final, peut-être que les pyramides mésoaméricaines ont vraiment été construites par des extraterrestres. Les musiciens de Guadal Tejaz en savaient-ils trop et voulaient-ils nous faire passer un message à travers les noms incompréhensibles de leurs précédents titres ? Se seraient-ils ainsi fait enlever par des êtres venus du ciel qui auraient pris leur place ? Ou bien, l’abus de mezcal et de nourriture épicée les a-t-il confrontés à une révélation mystique auprès des anciens dieux qui leur auraient transmis que telle était la musique jouée dans ces civilisations disparues de l’Amérique centrale il y a de cela des milliers d’années ? Au prochain album, se renommeront-ils Goudale Terrasse ? Tant de questions en suspens mais une chose semble sûre : Guadal Tejaz ne cessera jamais de nous surprendre.

Guadal Tejaz // Megalostrata // Le Cèpe Records

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