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13 octobre 2024

La Femme doit-elle fermer sa gueule ?

(C) Laurent Chouard

Quatorze ans après le succès miraculeux de Sur la planche, le « Rock Machine » de La Femme fait le même bruit qu’un aspirateur étouffé par la poussière. Ne serait-il pas temps de changer le sac ?

Qui se souvient de l’identité des femmes s’étant succédées dans le groupe La Femme, fondé par deux mecs (Sacha Got et Marlon Magnée) ? Et qui peut citer un autre tube que Sur la planche, maintenant que l’auditeur des débuts a dépassé la trentaine ? A l’aune du sixième album, le premier en anglais, les deux questions se posent en sourdine et hélas, vu la qualité des treize nouveaux titres, impossible de faire taire le bruit de fond.

Tout avait pourtant bien commencé. Un single phare, une réputation de « trublions de la pop », la jeunesse pour eux, une esthétique façonnée par Elzo, la signature en licence chez une grosse major (Barclay), la riviera à dos de synthés et des chiffres d’écoute assez hauts pour calmer tout le monde – la preuve : cela fait dix ans qu’on s’abstient d’écrire quoique ce soit sur le groupe. Mais après quatorze ans d’existence, la curiosité a fini par prendre le dessus. Que peut bien avoir à raconter cette bande de vieux jeunes après son très pénible album en espagnol (« Teatro Lucido », 2022) ? La réponse tient en un seul paradoxe : alors que la place des femmes ne cesse de progresser dans l’encore très masculin monde du rock, le groupe du même nom recule de disque en disque au prétexte d’une notoriété fainéante où la seule ambition semble consister à rajouter des chœurs sur ses refrains pour masquer l’absence intersidérante de consistance dans ses (dé)compositions.

La Femme announce first English language album, share "Clover Paradise"

Pas vraiment la journée de La Femme

Longtemps, on a longtemps voulu croire par faiblesse que le groupe marcherait dans les pas d’autres damnés de la pop française, de Poni Hoax à Niagara en passant par Elli & Jacno. A l’heure du premier bilan pré-courbature de la quarantaine approchante, le constat est hélas plus cinglant : « Rock Machine » est un disque de remplissage conçu pour une audience plus vraiment en âge de danser jusqu’à 4h du matin.

Pas assez mauvais pour être vraiment nul mais vidé de toute substance, le tracklisting de « Rock Machine » a la même destinée qu’un voyage sur autoroute ; on se souvient du début (Clover Paradise, le single intelligemment posé en track 1) et de la fin (Amazing et son côté ballade entre Machu Pichu et Big Sur, sur la côte californienne) ; entre les deux, c’est un périple sous GHB : ca coute cher, mais on ne se rappelle de rien.

Bons techniciens de surface quand il s’agit de remplir une partition avec un saxo, un riff de guitare 80’s ou une ligne de synthé empruntée à Indochine, les joyeux lurons de La Femme peinent à réinventer la formule, et c’est d’autant plus flagrant maintenant que le groupe semble connaître un succès international qui les verra passer par les quatre coins du monde occidental.Le public français, lui, devra se contenter d’un Paris Accor Arena à 70 € la place ; bien loin de l’époque où le groupe tournait en catimini avec Clara Luciani, devenue depuis plus grosse que le groupe qui l’a fait connaître.
Attention hein, iublions ici le procès pour popularité : si le groupe du désormais sosie quasi officiel de Plastic Bertrand est aujourd’hui bon à pendre, ce n’est pas pour son succès commercial en devanture, mais pour ce sentiment de mensonge qui le transperce de part en part sur « Rock Machine ». Mention au très faible I gonna make a hit (it’s gonna be a shit), nostalgique sans le savoir de l’époque où les jeunes branleurs époustouflaient sans transpirer. Trahison d’une promesse initiale qu’on croyait hors système, la carrière du groupe flotte depuis « Psycho Tropical Berlin » sur un hiatus et l’espoir d’un retour aux origines noyé dans un océan de facilité. Plus machine que vraiment rock, le nouvel album, sans être inécoutable ni vraiment antipathique, ne donne rien à entendre d’autre qu’un groupe de musique d’ascenseur en panne ayant échappé malgré lui au one hit wonder et courant depuis vers un professionnalisme donnant de profondes envies de bailler. En comparaison, la disparition de Ghinzu après 9 ans de carrière et quatre albums sonne comme une heureuse décision.

Disparaitre plutôt que de décevoir ; un choix difficile auquel chacun.e de nous est tôt ou tard confronté. A trop se montrer sans rien démontrer et par excès de fainéantise, La Femme a fini par perdre de sa beauté. De quoi donner envie d’en finir avec cette blague qui a trop longtemps duré, puis de partir écouter l’insouciance des Marseillais de La Flemme, nouveau groupe surfant sur une planche moins pourrie et vers un rock moins machin.

La Femme // Rock Machine // Disque Pointu
https://bornbadrecords.bandcamp.com/album/rock-machine 

5 Comments Laisser un commentaire

  1. Pour moi « la femme » reste un groupe intégre, qui aime jouer en live, tourner un peu partout dans le monde comme ils le font depuis des années. Ils ont ce côté artisans qui manquent bcp aujourd’hui. Ils créent leur vidéos, changent d’univers, restant humble, allant même dans l’auto dérision Saltimbanques modernes « courant depuis vers un professionnalisme » je pense que c’est tout l’inverse. Les albums semblent être des prétextes à tourner, jouer en live, encore et encore, rencontrer des gens un peu partout, participer et créer la fête, créer un certains décalage, lutter contre cette austérité ambiante, mélancolique, numérique…

  2. Monsieur  » Bester  » je pense que vous avez mal travaillé votre sujet car ils sont très loins de n’avoir fait qu’un tube.
    Ils se renouvellent toujours, chaque album est une surprise, rien n’est jamais répétitif, ils apportent quelque chose de créatif, d’humble, de drôle et à la fois de très recherché musicalement, qui fait danser plusieurs générations dans des ambiances incroyables. Ça change.
    Ne prenez pas vos goûts de chiotte pour une généralité…

  3. une groupe machin chose …. exactement monsieur, comme Hyphen Hyphen .. sauf que la hurleuse à su trouver sa voix et a mis par terre les toutous en calmant sur un titre piano en l air , apres on tombe dans les travers de l album ferme la … on a compris …

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