Après un EP à trifouiller pour se chercher, Damaghead a retravaillé l’approche en rattrapage pour un super premier album automnal et cotonneux qui se grise de nostalgie adolescente.
L’automne arrive avec son spleen, sa grisaille et sa fraîcheur, la contestation étudiante bas le pavé et Lily Gazpacho (Le Cèpe Records), premier album de Damaghead, tombe à pic avec son punk indolent mâtiné de shoegaze à la mélancolie juvénile. Intitulé d’après la chanson Damaged Goods de Gang of Four, Damaghead a autant à voir avec le groupe britannique que leur chanson Daydream avec les titres homonymes des Lovin’ Spoonful ou de Wallace Collection.
Entre les Pixies et Fontaines D.C.
Par contre, le trio installé à Paris réussit très bien une belle synthèse de tout un tas de groupes indie des années 90 entre les Pixies et les Breeders, jusqu’à aujourd’hui avec Fontaines D.C. en passant par Silversun Pickups. Après un premier EP éponyme en 2024 qui ne leur garantissait pas le passage dans la classe suivante, Damaghead a commencé – bien qu’avec un accent un peu forcé – à mettre le doigt sur sa nouvelle formule l’année suivante avec le double single College of My Heart / Doubt. Comme un élève taciturne à qui il est sans cesse répété qu’il n’exploite pas son potentiel, le trio a enfin trouvé (ou bien copié) son esthétique avec ce rock apathique à la voix mâchée, trainante et qui réussit habilement à nous remémorer une approche surannée qui a marqué son époque par ses sonorités.
C’est d’ailleurs un peu le but recherché puisque leur communication – qui pourrait prendre la forme d’une devise – revendique : « Porté par un enthousiasme adolescent, les trois membres se réunissent autour d’une admiration pour le « cool » du groupe de punk lycéen qu’ils n’ont jamais pu créer. » Contrairement leur nom pourrait suggérer, Damaghead n’est pas si ravagé, bien que certains titres abordent les déceptions et les addictions à l’instar de A Billion Butterflies. Les chansons de Lily Gazpacho traitent en filigrane de la fin de l’insouciance, thématique qui nourrit constamment la scène indé actuelle mais qui fait aussi écho à la conjoncture sociétale avec des générations qui réalisent avoir trop longtemps subi l’insensé.
Damaghead // Lily Gazpacho // Le Cèpe
https://damaghead.bandcamp.com/album/lily-gazpacho
