Des araignées, du kraut comme on n’en fait plus, des boucles électroniques enivrantes, des bonnes vieilles bagnoles, des montées d’acide et une forte envie de danser contre le faschisme… Voici un (petit) concentré de Megalostrata, le nouvel album de Guadal Tejaz. Sorti chez Le Cèpe Records, ce disque (et le live qui va avec) risque d’en libérer plus d’un. Interview.
Megalostrata ! Avec un nom d’album aussi badass, ce disque peut aussi bien faire référence à un genre d’araignées aranéomorphes qu’à une poétesse Spartiate de la Grèce antique. Ça serait pour ce premier sens que Guadal Tejaz l’a nommé ainsi… Tout en laissant la porte ouverte aux interprétations. « Chacun y voit ce qu’il veut. Si on ne te la raconte pas, tu ne le sais pas. Et ce n’est pas grave. Tout est vrai en même temps », balance Morgan. Car même si le chanteur du trio admet qu’une bonne partie des titres de ce nouvel album – Grandis, Raptor, Bruneri, Monistica et Jorōgumo – nous ramène à des types d’araignées, il aime à penser que l’œuvre de son groupe ne leur appartient plus depuis qu’elle a vu le jour.

Ce 2 octobre 2026 est d’ailleurs celui choisi par les Rennais pour partager Megalostrata, soit quatre ans après Noche Triste. Un retour dans les bacs mais surtout sur scène très attendu par les protagonistes eux-mêmes. « Il y a eu pas mal d’occasions plus tôt. On en arrivait presque à se ronger le frein. Mais il valait mieux attendre… », estime Hugo, le batteur du groupe.
Et comme patience est mère de sûreté, depuis le départ de leur guitariste et leur mini-tournée en première partie des Osees, Morgan, Hugo et Théo intègrent progressivement les morceaux de Megalostrata dans un live bien plus électro que le précédent.
À l’arrivée, de l’écoute du disque ressort une vibe club ultra-assumée laissant de côté le son psychédélique des premières heures des rockeurs bretons. Loin d’être facile à négocier, ce virage dancefloor est plutôt bien réussi (normal quand on roule dans la Saab de son ancien guitariste). On irait même jusqu’à dire que certains morceaux ne sont pas sans rappeler les plus belles heures de LCD Soundsystem.
Si le projet du new yorkais James Murphy ne fait pas forcément partie de ses réfs, Morgan justifie cette attraction pour le dancefloor par tout un tas de raisons : « Avant tout pour le pschit et les taz, grince ironiquement le chanteur. Ça fait longtemps que j’avais envie de mêler le monde du club et la musique rock. Ça accompagne une évolution du groupe aussi (Guadal Tejaz se compose de trois membres depuis 2024, NDLA). Puis pour faire danser les gens. Essayer, en tous cas. Déjà, j’adore danser. En concert, c’est assez primitif. Si la personne se sent bien et a envie de bouger, c’est le corps qui parle. Il n’y a pas de filtre. Le corps qui se meut dans l’espace exprime quelque chose qui va bien. »
Certains textes sont écrits à la première personne, j’essaye d’y mettre quelque chose qui parle aux gens. S’ils s’identifient, c’est du bonus. Car les paroles, on est très peu à s’y attarder. C’est un fait.
Côté paroles, par contre, Morgan s’est davantage concentré sur les choses qui ne vont pas ! « J’ai tapé une dépression il y a un an. Dans les paroles, j’essaye de prendre de la hauteur. Ça me parle à moi mais ça peut aussi causer à d’autres gens, détaille le bonhomme qui, une fois n’est pas coutume, laisse la porte ouverte à toute interprétation. Par exemple, Grandis peut aussi bien t’évoquer une histoire d’amour ou une histoire d’amitié qui se brise voire même l’état du monde. Ça n’est plus aussi précis qu’avant. Dans d’autres textes, je m’attaque à Trump et aux fachos sans non plus les nommer.Megalo strata pourrait alors signifier la rue mégalo. Tu y vois ce que tu veux. Et même si certains textes sont écrits à la première personne, j’essaye d’y mettre quelque chose qui parle aux gens. S’ils s’identifient, c’est du bonus. Car les paroles, on est très peu à s’y attarder. C’est un fait. T’as d’autres infos qui passent en premier plan. »
À commencer par cette nouvelle esthétique sonore taillée pour le club. Lieux dans lesquels les Guadal Tejaz se verraient bien être programmés tard la nuit. « On a déjà joué dans des festivals de musiques électroniques et ça nous a plu », se souvient Théo, prêt à renouveler l’expérience. « Le format live amène quelque chose de différent du DJ. De fait, le contraste est saisissant donc ça joue dans notre sens. Puis, sans que ça soit trop tard, autour de minuit, les gens sont plus chauds », ajoute Morgan, toujours motivé par la rencontre des mondes.
Puis, qui sait ? P’têt que les rockeurs se mettront à danser yeux fermés en se mordillant les lèvres et que les clubbeurs s’attarderont sur les paroles pour tenter de les comprendre.
Guadal Tejaz // Megalostrata // Le Cèpe Records