Pour beaucoup, Argentine = football. Même moi, je sais à quoi ressemble le maillot rayé bleu ciel et blanc, c’est dire s’il est connu. En marge du Mondial, j'ai aussi découvert avec une certaine surprise un jeune écrivain surdoué et très barré du nom de Leandro àvalos Blacha. Un type souriant, posé et tranquille qui a le don d’écrire des romans où horreur, ultra-violence et humour se mélangent à des degrés plus ou moins explosifs.

Fan de cinéma de genre, il réussit, en deux romans, le difficile exercice de rendre hommage aux maîtres du cinéma d’horreur et de la série B à l’écrit sans être ringard et en créant un sacré univers. Que demander de plus ?

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Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ?

J’ai toujours aimé la littérature. J’aimais beaucoup la BD aussi. Je voulais en écrire avec mes amis, écrire sur ma famille, les expériences dans les quartiers et des choses comme ça. Mais en réalité je n’avais aucune idée de ce que signifie « être écrivain » car je n’avais personne à qui m’identifier dans mon entourage. Pourtant j’en ai toujours eu envie mais je ne sais pas pourquoi. C’est impossible à expliquer comment ça se passe !

Vous avez un ton cynique décalé, très cinématographique aussi. Qu’est-ce qui vous inspire ?

Je pense que c’est l’esprit de mes lectures de jeunesse, de mes films préférés. Le roman est à la croisée de différents genres, SF, horreur, thriller humoristique.

C’est vrai que c’est rare les (bons) livres avec ce mélange des genres!

Il y a dans la littérature argentine des écrivains de ce type. Il y a une tradition d’écrivains difficiles à classifier… Mais c’est aussi le cas avec certains écrivains américains comme Kennedy Toole. Ce n’est pas toujours facile d’écrire d’une manière classique. Pour moi, le cinéma et la BD ont été des influences aussi importantes que la littérature… C’est ma formation. Je ne fais pas de différence entre la « grande » littérature, la BD et le cinéma, la musique. Je pense que quand on écrit, on s’enrichit de tout, de toutes les formes de culture. Je ne crois pas qu’il existe une expression populaire, d’un côté et une culture supérieure, de l’autre. La culture, c’est plus riche quand on peut voyager, se retrouver, c’est aussi pour ça qu’il y a des personnages de tous les horizons dans mes romans. Je n’aime pas beaucoup l’idée de la parodie, mais j’aime brouiller les pistes. J’utilise parfois des personnages de la culture populaire qui existent (ndlr : la chanteuse de Cumbia – genre musical d’Amérique du sud – dans Berazachussetts), c’est pour au contraire faire se rencontrer les univers. Que les gens puissent s’y retrouver.

“Toute culture est politique par essence”

Est-ce que vous considérez que vous avez une écriture politique ? Souvent, dans les genres horrifiques ou SF, on trouve un message politique, et on peut lire Berazachussetts avec ce regardCôté Cour aussi. Est-ce une volonté affirmée de votre part ?

Cote-courJe n’écris pas avec une intention politique mais je pense que toute culture est politique par essence. C’est dans l’esprit du roman. C’est présent dans l’ambiance générale, après la crise économique et politique très importante qui a secoué notre pays. Presque tout le système politique Argentin était en crise quand j’ai écrit Berazachussetts. Le pays était très instable. Je pense que ça a été un phénomène politique très important symboliquement, pour moi et pour les écrivains qui sommes nés pendant les années 80, et qui n’avons pas connu la dictature militaire, phénomène très présent dans la littérature argentine plus ancienne. Je pense que c’est pour ça que le roman a un esprit un peu pessimiste et noir : dans ces moments, nous ne pouvons pas penser à autre chose, pas imaginer quoi que ce soit comme issue. C’était un climat apocalyptique. C’est pour ça que ça se ressent aussi dans le roman. L’Argentine était un pays riche et proche de l’Europe, du premier monde, et tout a été détruit par cette crise.

La violence est très sourde dans vos romans, quel est le regard que vous portez, vous en tant qu’écrivain, sur la violence qui règne dans le monde ?

Dans Côté Cour, c’est une autre forme de violence que dans Berazachussetts. Je pense que la catastrophe de Coté Cour, c’est la violence qui résulte d’une mauvaise utilisation de la technologie, de la façon dont les humains peuvent exploiter le pire côté de la technologie. En plus, ils le font discrètement, même si tout le monde est au courant, c’est un huis-clos. Rien ne se voit, rien ne se dit ouvertement. C’est une violence privée. Dans chaque histoire, chaque chapitre, les personnages essaient de tromper la loi, de la détourner pour leur propre intérêt, pas pour préparer une grande révolution comme dans Berazachussetts. Ils sont très égoïstes.

Dans Berazachussetts, les personnages ont un but, des aspirations… Même les zombies, qui ne sont d’ailleurs pas pire que les humains dans leurs buts et comportements!

Oui, il y a une inversion des rapports habituels qu’on voit dans la littérature et les films de zombies. Là ce sont les zombies qui doivent survivre aux humains, et les humains qui sont les plus sauvages. Les monstres sont les humains, c’est souvent comme ça en vrai!

Quels sont vos projets à venir?

Je finis un roman qui s’appelle Malice, qui devrait être traduit dans le courant de l’année. C’est une sorte d’hommage au cinéma italien, au giallo. Ce genre de films d’exploitation réalisés par Dario Argento ou Mario Bava, où le polar se mêle au surnaturel, au fantastique, à l’horreur. J’aime beaucoup le climat des films de Dario Argento, avec ses assassins au couteau. C’est très classique, ce tueur ganté. Mais surtout c’est le mélange entre le polar, la SF, le fantastique que j’aime. ça donne quelque chose de très bizarre. Je suis aussi en train d’écrire une BD qui est proche de la SF. Ces univers sont les plus naturels pour moi!

Leandro àvalos Blacha // Berazachussetts et Côté Cour // Editions Asphalte
Traduits de l’espagnol (Argentine) par Hélène Serrano.

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