Der Räuber est sorti en France sous le double titre : Le Braqueur – la dernière course. Il s’agit bien d’un double motif, d’un héros à deux faces, un coureur marathonien et un criminel, braqueur de banque. Il court, du début à la fin du film, il court sans interruption. S’il dort, mange, parle ou fait l’amour, c’est seulement dans l’attente de se remettre à courir.

Là où le film prend de la puissance, c’est qu’il ne joue jamais sur la double identité du personnage ; il ne sépare jamais le versant sportif du versant criminel. Le film s’ouvre sur le héros qui s’entraîne dans la cour de la prison, on le voit plus tard après un braquage en train de s’attaquer à une autre banque, puis à une troisième. Plutôt que d’expliquer une activité par l’autre, Heisenberg réunit les deux dans un seul mouvement que ni le spectateur ni le personnage ne distingue, tant l’un se poursuit dans l’autre. Les deux finissent évidemment par se confondre, il n’y a plus de compétition, plus de braquage, mais une seule course sans ligne d’arrivée.

Inutile de s’appesantir sur la figure du marathon au bout duquel le coureur trouve la mort. Le braqueur comme le sportif sait qu’il ne peut pas vaincre, qu’il ne peut que différer, gagner du temps, et plus les choses sont faciles, plus il augmente la mise. Il y une dizaine d’années, l’Allemagne avait livré Cours Lola cours, sorte de thriller techno avec une esthétique pré-Snatch. Der Räuber est l’antithèse de Rennt Lola, et c’est aussi un film bien plus puissant. La jeunesse ne triomphe pas, elle s’étouffe sous les coups des vieux, des institutions, des consciences molles.

Le coureur n’affronte pas son propre corps, machine pratiquement inusable, il affronte le corps social. L’argent qu’il vole n’a pas d’importance pour lui, pas beaucoup plus que les trophées qu’il gagne. Le coureur ne triomphe jamais, il essaye seulement de s’échapper, que ce soit de l’embouteillage d’où il s’extrait, du commissariat, ou de ce chemin entre deux murs qui épouse sa conversation avec l’officier de probation. Le jeu et la réalisation se rejoignent dans une tension et une concentration rigoureuses qui ne se relâchent que de rares instants, quand la course et l’acharnement ouvrent de brèves échappées. « L’essentiel n’est pas d’être libre« , dit Curzio Malaparte, « mais d’être libre dans sa prison ».

Benjamin Heisenberg // Der Räuber (Le Braqueur) // En salle
(5 colonnes : à bout de souffle, sans Seberg, mais c’est toujours dégueulasse)

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