« Vu à la télé ». Pendant de nombreuses années, l’expression a été poinçonnée jusqu’à devenir un poncif marketing usé jusqu’à la corde. Pourtant, pendant 2 saisons sur Paris Première, Bertrand Burgalat et Benoit Forgeard ont tordu le coup aux pronostics avec Le Ben & Bertie Show, un programme unique dans l’histoire télévisuelle contemporaine et rediffusé gratuitement ces jours-ci, sur internet. Résumé ci-dessous, si vous avez raté le début.

« – Messieurs, c’est hors de question, je n’arrêterai pas le temps pour le confort petite émission. Le défilement du temps obéit à des règles très strictes.
– Je parie que vous aimez les Daft Punk, je me trompe ?
– Non en effet, j’apprécie beaucoup les Daft Punk.
– Eh bien nous sommes en mesure de les faire apparaître dans cette émission.
– Non, c’est une blague ? Bon, vous avez besoin de combien de temps ?
– Six minutes.
– Bon ok, mais vous n’aurez pas une minute de plus. J’ai pas envie de perdre mon poste pour deux cons 
».

Suite à ce dialogue à propos d’une nouvelle année qui tarde à arriver, débute alors un live sur fond vert avec tout le crew d’AS Dragon derrière Burgalat et Forgeard affublés de casques de moto (la blague) et un Daniel Darc sur la jante (il mourra quelques semaines plus tard) déblatérant les paroles du Happiness is the warm gun des Beatles façon The Fall.

Rien que cela devrait suffire pour pitcher l’hallucination visuelle, scénaristique et sonore que fut, entre 2013 et 2014, le Ben & Bertie Show. En seulement 4 épisodes, deux cerveaux malades allaient ringardiser tout (enfin disons : le peu) ce que des génies du PAF comme Nagui ont pu inventer en terme de musique à l’image. N’oublions pas, par exemple, que les « lives » de Quotidien ne durent qu’une minute et trente secondes en raison de l’incapacité du grand public à supporter la musique plus longtemps.

Un homme Averty en vaut deux

Outre le fait qu’il soit par exemple touchant de voir Darc dans ce programme alors qu’il refila l’hépatite A à Burgalat vingt ans plus tôt après avoir soufflé (véridique) dans son harmonica, on trouve dans ces 4 épisodes assez de cocasseries d’idées pour repeupler tout le cathodique : des musiciens filmés intégralement live, un casting de rêve incluant des guests comme Daho, Chassol, Connan Mockasin, Tony Allen, La Femme, April March ou encore Gonzales. Et puis surtout, une trame narrative aussi bien écrite qu’elle était (volontairement) mal joué ; au point que le premier réflexe qui vienne en regardant ces heures de n’importe quoi, c’est d’accélérer les séquences musicales pour découvrir les prochaines blagues de Burgalat et Forgeard.

Mais on aurait tort de regretter que l’émission n’ait pas duré assez longtemps à cause seulement de son humour : le Ben & Bertie Show, c’était aussi des créations visuelles de toute beauté, digne des plus belles heures de Jean-Christophe Averty (à qui on doit entre autre le mini film sur le “Melody Nelson” de Gainsbourg). Entre carton-pâte, fond vert et bricolage, les deux zozos vont quant à eux pousser le bouchon très loin. Il faut avoir vu la séquence d’introduction de l’épisode L’incruste avec ces cinq minutes indescriptibles où Francis Lai (mort en 2018) joue l’un de ses thèmes romantiques dans son studio, et se sentir tel Romulus Augustule, dernier empereur de l’Empire romain, découvrant les ruines d’une cité en flamme. Après ça, difficile d’imaginer un futur pour la musique télévisuelle ; la barre a simplement été placée trop haute.

A l’inverse du duo Justice qui voulait réaliser un film “révolutionnaire” sur la musique filmée, Burgalat et Forgeard l’ont fait, et mieux que bien. Dans Ceux de Port Alpha (qui sans le savoir préfigurait du festival Tricatel à Cannes), les deux doivent affronter une marée noire de Cd qui risque de ruiner l’événement ; dans L’homme à la chemise en cuir, ils se transforment en enquêteurs tentant d’élucider le meurtre du couturier Jean-Loup Jicé (fusion pokemon de Jean-Claude Jitrois et Jean-Charles de Castelbajac) ; à chaque fois les intrigues ne sont qu’un prétexte à l’introduction de vrais concerts sublimés dans des mises en scènes poétiques et la peur du ridicule est contrée avec un excès de minimalisme, si l’on peut dire. Il y aurait encore beaucoup à dire sur ces quatre épisodes ; le mieux est encore de profiter du confinement pour les user comme il se doit tant certaines répliques mériteraient de devenir cultes. On retiendra également la présence de Darius, l’acteur fétiche de Forgeard qui puisera dans le Ben & Bertie Show toute l’essence de ce deviendra plus tard son meilleur film (Yves), mais aussi Jean-Pierre Kalfon à la voix off et toute la bande de Catastrophe qui a depuis explosé (dans le bon sens).

Après tout ça, le déluge. Et une poignée d’émissions musicales toujours plus décevantes que les précédentes avec à chaque fois la même question en sourdine : pourquoi le Ben & Bertie Show s’est-il arrêté si vite ? « Parce qu’on faisait ça avec des bouts de ficelle explique aujourd’hui Burgalat et qu’on trouvait frustrant qu’en plus le public ait du mal à voir les shows puisque Paris Première n’arrivaient pas à passer en clair sur la TNT ».

Reste ces « quatre ovnis télévisuels sur la musique de niche » comme les décideurs de plus de 50 ans aiment à dire quand il est question de choses qu’ils ne comprennent pas. Toutes les places de parking étant désormais prises à la télé, ce show a finalement trouvé sa place là où il aurait dû naitre. Après ces visionnages, vous pourrez désormais dire « vu sur internet ».

Les 4 épisodes sont à retrouver gratuitement en intégralité sur la chaine Youtube de Tricatel.

 

8 commentaires

  1. Ce qu’il y a de bien avec B.B en cette période particulière, c’est que lui, au moins, respecte les règles de distanciation sociale.

  2. oh punaise la blondasse qui danse sur la première Emission c’est une abomination ,elle danse comme un vieux Mérou en fin vie ,en clair une vrai parisienne tout à fait typique: maigrichonne, trop maquillée et prétentieuse ,c’est qui cette Serranidae?

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