Le pire asservissement, c'est celui que l''on choisit. Pour ma part j'ai choisi de me consacrer à la Sainte Trinité du Nolife moderne: Facebook, Twitter... et Last FM. Le principe? P

Le pire asservissement, c’est celui que l”on choisit. Pour ma part j’ai choisi de me consacrer à la Sainte Trinité du Nolife moderne: Facebook, Twitter… et Last FM. Le principe? Pister chacune de ses écoutes pour offrir au visiteur de sa page un compte-rendu détaillé de ses goûts musicaux. Entre psychanalyse du névrosé 2.0. et playlist honteuses, bienvenue dans le monde du shake-up.

Last FM n’a pas le degré de popularité de Facebook, car à l’instar de Twitter il vise une catégorie restreinte d’utilisateurs. Mais derrière tout auditeur actif sur Last FM se cache en réalisé un individu dont l’équilibre mental doit être remis en question. Derrière chaque écran, on trouve un complexe d’infériorité, un besoin impérieux de prouver au monde combien ses goûts musicaux sont à la fois éclectiques et pointus. L’utilisateur aime contempler la progression du nombre d’écoutes de ses artistes préférés (scrobbling) pour ensuite comparer ses chiffres à ceux de ses amis

Et toi, ta playlist, elle fait combien de centimètres ?

Pour ma part, j’envisage la vie comme une accumulation de savoirs et d’expériences et Last FM me donne l’impression de matérialiser ce besoin. Ce site est unerutilante vitrine me permettant d’exhiber les bientôt 1000 artistes qui constituent mes charts. En parcourant ma page, je me sens cultivée et un peu moins vide. Sur ce point, mon utilisation du site se rapproche de celle de ma page Facebook : elle vise à montrer au monde combien je suis cultivée et intéressante. Dans les faits, ma culture musicale n’a rien d’exceptionnelle et si l’on regarde de plus près, seul un nombre extrêmement limité d’artistes réussi à passer le cap des 100 écoutes. Mais peu importe, l’illusion est là et la seule limite est l’impossibilité d’étaler mon humour pince-sans-rire en mettant frénétiquement à jour mon statut.

Mais l’utilisateur de Lastfm est également sujet aux troubles obsessionnels compulsifs. Un brin maniaque, il aime l’ordre et se réjouit de pouvoir ses goûts musicaux via une série d’algorithmes. Après avoir passé un temps certain sur les applications lui permettant de classer ses écoutes par groupe/genre/nombre d’écoute/temps d’écoute/ tag, il peut sereinement reprendre le rangement de ses paires de chaussettes par couleur et par matière… puis trouver l’équilibre entre ses tendances exhibitionniste et voyeuriste. Car Last FM se voit comme un révélateur de nos goûts musicaux et, c’est un fait, divulguer ses listes de lecture en temps réel tient de l’exhibitionnisme. Utiliser Last FM, c’est permettre à des inconnus de pénétrer son intimité, notamment lorsque l’on est en train de danser sur du -Biiip- ou de chanter à tue-tête sur du -Biiip-.

N’en déplaise à Big Brother, le nouvel utilisateur scrobblera des jours entiers dans le vide pour rattraper les quinze années d’écoute musicale qu’il a derrière lui.

Il scrobblera également certains artistes parce que ça le fait bien et se retiendra d’en écouter d’autres parce que ça ne le fait pas. Il découvrira plus tard que Last FM propose un équivalent de la salle C.S.A. via la possibilité d’arrêter le pistage lorsqu’il écoute des trucs honteux (Cf. Justin Bieber) et lui permet de personnaliser l’affiche de son top artistes. Il comprendra alors que Last FM l’invite à mettre en scène ses goûts musicaux et représente donc une réalité toute relative.

Last (FM) but not least, le site stimule également ses penchants voyeuristes. Ici, on n’est pas là pour socialiser, on est là pour épier ses contacts et éventuellement (après avoir pris le soin d’évaluer sa compatibilité musicale), stalker quelques perles dans leur liste de lecture ou, pour les plus pervers, se délecter de l’inventaire leurs morceaux blacklistés.
Plus intrusif que Facebook, Last FM invite à rendre public ce qu’il y a à mon sens de plus intime : ses goûts musicaux. Si j’accepte mal ce besoin de visibilité, j’ai surtout un problème avec l’idée que si le haut débit avait déferlé quelques années plus tôt, j’aurais fait partie du lot de prépubères exaltés postant des vidéos d’eux en train de reprendre les tubes de leurs idoles, ou pire, de « lâcher » leurs propres compositions.

Un frisson me parcourt l’échine, il est temps de consulter.

http://www.lastfm.fr/

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