Le 9 Juin sortira le deuxième album solo de Jack White, « Lazaretto ». On l'a écouté depuis un bail, mais on ne pouvait pas vous en parler parce que l'équipe d'attachés de presse nous a gentiment ordonné de ne rien écrire sur le sujet avant le 26 Mai. Alors voilà, lundi 26 Mai à 00h01, on peut enfin se lâcher sur l'affaire, et on coupe tout de suite le suspense : « Lazaretto », ça bande mou.

Quelques semaines avant sa sortie, Gonzaï a gentiment été convié à l’écoute en exclusivité du nouvel album solo du boss de Third Man Records, dans la crypte de l’église Saint Merry (Paris IV). Comme on envoie toujours les bleus faire le sale boulot, on décide que c’est moi qui m’y colle. « Ca va être marrant ! ». Ou complètement chelou.

J’ai dû louper un épisode.

lazarettoLa perspective d’écouter de la musique très fort dans la cave d’une église, deuxième album de White ou pas, suffit à mettre une chauffe assez grosse pour que je me pointe avec dix minutes d’avance. Le temps de faire un petit tour du propriétaire, brûler un ou deux cierges et s’en griller une sur le parvis. Quand le matos est enfin branché, on est une quinzaine à s’installer dans la crypte. Des chaises sont disposées en cercle, dos-à-dos – ça facilite l’introspection. Mais attendez, c’est quoi les trucs accrochés aux dossiers là ? Des casques ? Vraiment ? Tout ce pataquès à propos de la sainte cave de Jésus, et moi qui me faisais des films sur le rendu terrible qu’allait nous prodiguer l’acoustique de l’endroit, le genre de truc idéal pour découvrir un album de maître – car oui, quand même, Mr White maîtrise. Tout ça pour nous balancer le truc dans un satané casque pourri ? Fallait pas se donner la peine les gars, j’en ai déjà un à la maison.

Calmos, de toute façon fallait pas compter sur le bootleg : pour la sortie du premier « Blunderbuss », les journalistes conviés à la soirée de lancement s’étaient vu confisquer jusqu’à leur crayon. Heureusement qu’ils ont pu se consoler avec un petit « cadeau exclusif », soit un vinyle compilant 56 morceaux sortis sur Third Man et tournant à trois tours par minute. Fantaisie parmi les fantaisies de l’homme qui a compris qu’exploiter le culte du vinyle pouvait être carrément lucratif – éditions limitées à gogo, galette tricolore (Love Interruption) ou liquid-filled (Sixteen Saltines), etc.  Depuis qu’il a érigé son studio/shop/label Third Man Records à Nashville, Tennessee, c’est comme si White portait à bras le corps la vieille Amérique qui sent le bourbon, le pétrole, les westerns… et la country. L’enfer ! Peut-être que c’est sa collaboration avec Loretta Lynn en 2004 qui lui a vrillé le cerveau de manière irréversible.

Un beau paquet vide.

Disant cela, il ne faut pas oublier que l’essence même du sud, le blues, a toujours été fondamentale dans la musique de Jack III, que ce soit sous sa forme la plus brute avec les Raconteurs ou dans ses expérimentations plutôt minimalistes et progressives avec The Dead Weather. Seulement, c’est fort dommage que l’entrepreneur visionnaire – Third Man Rec dispose de la seule salle au monde équipée pour graver les concerts directement sur vinyle  – ne le soit pas autant lorsqu’il s’agit d’écrire et de composer des chansons. Nonobstant, force est de constater que ce deuxième album solo est un authentique bon disque de rock roots, où la perfection des arrangements et le soin accordé à la production forcent l’admiration. Et c’est ça qui m’emmerde.

Devenu une véritable institution, White oublie de transcender les codes et ne se contente que de les maîtriser avec l’aisance d’un mec qui oeuvre en terrain conquis. Plutôt rasoir. Mais là arrive la question, et je vous entends la poser d’ici : oui mais l’innovation elle était où lorsque les Whites Stripes ont conquit la planète avec leur garage blues faussement dépouillé ? Justement, elle était dans l’imperfection. Sans elle, plus de tension, plus de liberté. L’interprétation n’a plus sa place dans les ronflantes orchestrations de maître White, car son art n’est plus qu’une démonstration de compétences sans intérêt. Il ne me reste que les yeux pour pleurer sur l’époque où le rock selon Jack était subversif.

Jack White // Lazaretto // Third Man Rec
http://jackwhiteiii.com/

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