- Salut Mathis ! vous êtes en direct de Cannes ce soir, pour Télé Gonzaï, il fait chaud ! Chaud! Chaud ! N'est-ce pas ?
- Ooouuuiii mon Bester, ce soir un énième oublié du rock'n'roll nommé

– Salut Mathis ! vous êtes en direct de Cannes ce soir, pour Télé Gonzaï, il fait chaud ! Chaud! Chaud ! N’est-ce pas ?
– Ooouuuiii mon Bester, ce soir un énième oublié du rock’n’roll nommé Henry va tenter de rattraper sa gloire tombée dans les égouts de Londres il y a 20 ans. Je vous promets que ça va être chaud ! Chaud ! Chaud !
– Oh, mais que c’est excitant !
– C’est la magie de Cannes, Bester…

Oui c’est vrai, je fais pas mal de cauchemars en ce moment, c’est surement cette palme qui m’angoisse. Les échelles rembourrées derrière les barricades, ça m’écoeure. Les beaufs et leur Nikon Coolpix, ça me donne envie de dégommer des briques. Mais le pire je crois, ce sont les gamines de 13 ans qui portent mille balles de sapes sur elles dans l’espoir d’attirer l’oeil d’un acteur pour se faire croquer l’orifice et porter plainte contre Roman Polanski. Puis Cannes reste quand même un beau temple de demeurés où l’on pouvait croiser l’an dernier de chouettes panneaux publicitaires qui demandaient aux riverains de ne pas filer leurs thunes aux SDF de la ville. Rock’n’Roll… Of Corse !

Forcément, le train de 17h35 en direction de la Croisette est bondé et je fais toujours partie de ces pauvres types qui chopent une merde tout droit sortie de la climatisation. Sur le pèlerinage qu’il faut s’enfler entre la gare et le bord de mer, les jeunes les mieux fringués sont toujours ceux qui n’ont pas de badge et qui passent leur journée sur la pointe des pieds pour apercevoir une mèche de star. Le ciel se grise, mais le dieu du rock fera en sorte que la plage soit épargnée. Ce soir, Lionel Guedj et Stéphane Bébert présente Rock’n’Roll… Of Corse, un doc de la sélection qui retrace la carrière d’Henry Padovani.
Honnêtement, ce nom ne m’inspirait pas grand chose, la tête un peu plus, sa vie rien du tout. Mais sur les coups de 20h30, un barbu, un chauve et un chevelu nommés The Flying Padovani’s montent sur la scène du Cinéma de la plage et pondent un concert au bord de l’eau. À la batterie, Chris Musto des Subterraneans, Tricky ou encore Johnny Thunders. Pour la basse, Paul Slack des UK Subs et pour la gratte, Henry Padovani, fondateur de The Police, guitariste de Wayne County & the Electric Chair ou encore directeur puis vice-président d’IRS Records au début des 80’s.

Alors que le concert commence tranquillement avec un bon paquet de quinquas sur transats, la folie du rock contamine quelques âmes fougueuses qui ne sont pas du style à rouler du cul en discothèque après les projections. Le show se termine avec une gratte entre les jambes, deux costauds de la sécurité debout sur la scène pour calmer les danseurs et une armée de photographes les pieds dans l’eau qui shootent les spectateurs brandissant un drapeau Corse. Car oui, le premier guitariste de The Police est un Corse. Alors après deux-trois allers-retours dans la fosse sableuse, j’opte pour un transat et l’open bar qui distribue des Pietra à volonté. Le concert est fini, mais juste avant le film, une petite interview d’Henry s’impose. Il est encore dans le bain du concert harcelé par les journalistes grouillant dans les backstages. Mon recorder est resté au bercail. Il ne reste que l’option téléphone portable. Une radio attend son direct, l’attaché de presse d’Henry semble tirer la gueule, on m’offre trois minutes montre en main avec ce Corse, ancien étudiant à Aix-en-Provence qui débarquait à Londres à 24 ans.



Bon on se la fait speed, (salut), alors d’où vient l’idée de faire un film sur vous, comment s’est passée la rencontre avec Stéphane Bébert et Lionel Guedj ?

Les mecs m’ont contacté, j’ai dis “ouais, quoi”.

Ah bon. Et alors, quelle est votre histoire ? vous pouvez nous en raconter un bout depuis le jour de votre première répet’ avec Police le 12 janvier 1977 ?

Ah tu sais moi, en 1976-1977, à peu près dans ces eaux-là, je ne sais pas, je suis parti en Angleterre. Je devais partir 15 jours et je suis resté sept ans, quoi. Voilà et puis après, bon, j’ai rencontré un batteur, Stewart Copeland, on a trouvé un bassiste qui s’appelait Sting et on s’est dit qu’on allait monter un groupe ensemble. On l’a appelé The Police, et puis c’est parti de là, quoi.

Il y a eu un album, un an de concert dont un au festival punk de Mont-de-Marsan en 1977 avec les Sex Pistols et les Damned. Ensuite, comment s’est passée la séparation ?

Je sais pas. À un moment donné on avançait pas, on marchait pas. Un nouveau guitariste est arrivé dans Police, il s’appelait Andy Summers. À trois, le groupe marchait mieux alors j’ai trouvé un autre groupe vachement bien qui s’appelait Wayne County & The Electric Chair. Du coup on prenait Police en première partie. On était des potes en fait ! On était les meilleurs potes du monde, tu vois.  Il y avait une vraie ambiance entre nous. Puis j’ai continué, j’ai monté les Flying Padovani’s, j’ai joué avec Topper (Topper Headon des Clash, ndlr). Voilà quoi c’est tout.

Et ça vous fait pas chier un peu d’être passé de l’autre côté du miroir ?

Non, je ne suis pas passé de l’autre côté. J’ai joué.

Oui mais bon, le fait de voir que vos vieux potes deviennent mondialement connus et explosent les charts au début des 80’s, alors que vous n’êtes plus de la partie…

Mais tu sais, après on a monté le plus grand label d’Europe du monde ! Ça s’appelait I.R.S. Records. On a signé REM, Fine Young Cannibals, Lords Of The New Church, les Cramps ! On a aussi signé  les Fleshtones. Ouais, on est devenu le plus gros label du monde et on a fait chacun notre chemin, quoi.

2min40… Et ça fait quelle impression d’être là aujourd’hui à Cannes, de jouer, d’avoir un film exclusivement sur vous et du coup ne plus forcément être le « secret policeman », titre de votre autobiographie?

Je suis très content, croyez moi. Puis surtout de voir Sting être avec moi, tous mes amis. Voilà ils sont là. Nous c’est ça, on vit au quotidien, c’est l’amitié, on s’éclate.

A tout à l’heure peut-être.

Ouais, ciao, je vais boire des coups je reste là.

Il est 22h, le soleil a totalement disparu de la côte. Quelques festivaliers qui ont un peu trop abusé des Pietra sont éjectés de la plage. Le bar ferme. Le film commence. Très nombriliste, il n’en est pas moins un bon documentaire où l’on croque la rage punk de Police quand il y avait encore Henry dans le line-up. Wayne County raconte ses anecdotes de tournées portant les trois quart du temps sur la taille de la bite d’Henry ou sur les gonzesses qu’il s’envoyait. Le Secret Policeman nous ballade dans les allées de Picadilly, un quartier qu’il a d’ailleurs toujours pensé Corse. On voyage sur le toit où ont été faites les premières photos du groupe, notamment la pochette du premier single Fall Out, sorti d’abord sur Illegal Records en mai 77. On revient ensuite du côté de Bastia où toute la famille se souvient du passage de Topper après sa cure de désintox quand il voulait exploser un téléviseur. Bref, un doc agréable sur le Pete Best de Police qui passait par-là, du côté de Cannes, pour diffuser quelques bons souvenirs avec son immortelle 335 bigsby rouge, of co(u)rse.

Photos : Mathis Up Bloater

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