Si vous nous lisez sur papier depuis plus de trois ans, il ne vous aura pas échappé que nous ne sommes pas de grands professionnels du marketing. Le papier que vous êtes en train de lire devrait d’ailleurs être en ligne depuis déjà plusieurs jours, mais à chaque fois qu’il faut passer à l’acte pour parler de soi, j’ai comme un léger mouvement de recul. Peut-être est-ce parce que nous étions trop occupés à peaufiner ce crucial passage en kiosque en retapant dix fois les mêmes chiffres sur la calculatrice, peut-être était-ce parce que j’ai perdu trop de temps à envoyer des mails d’auto-promo à des médias « grand public » qui de toute façon n’en ont rien à carrer, peut-être encore est-ce enfin parce qu’un média qui parle de lui avec l’horrible posture du chevalier blanc du journalisme, c’est aussi vain que d’attendre autre chose de l’Express qu’un supplément sur l’immobilier ou la franc-maçonnerie.
Nous allons donc le dire avec des mots simples : après déjà 8 ans (eh oui) d’existence dans sa version web, Gonzaï s’est décidé fin 2012, à l’approche de la fin du monde, à se lancer au format papier. Ca n’a pas été de tout repos, et après un énième rendez-vous avec un « éditeur » prétextant que « le projet éditorial était intéressant mais qu’il ne pourrait rien pour nous », nous avons finalement décidé de nous tourner vers le crowdfunding pour financer nos numéros grâce aux lecteurs (vous, donc) ; une solution de la dernière chance qui finalement nous arrangeait bien tant l’idée d’avoir à dépendre de qui que ce soit nous révulse.
Trois ans plus tard, et après avoir creusé notre sillon en toute indépendance et à la sueur de notre front, nous décidons aujourd’hui de nous frotter à la distribution kiosque pour perdre encore plus d’argent être plus visible et mieux distribué, mais sans rien trahir de la promesse initiale : être un magazine anti-promo consacré aux outsiders de la pop, et dans lequel on trouverait l’esprit noble d’un fanzine couvrant l’époque à sa manière, sans publi-rédactionnel dégueulasse ni obsessions pour les starlettes déjà vues mille fois partout. C’est ainsi, aujourd’hui, que tout (re)commence. Le chemin sera long (ou court, fonction des ventes) mais nous sommes fiers du travail réalisé jusque là ; de notre ligne éditoriale impitchable aux grands décideurs comme de nos récentes couvertures qui, non, ne ressemblent à aucune autre. Vous avez évidemment le droit de penser le contraire, c’est votre droit en tant que lecteur. Le notre, en tant qu’éditeur, reste de penser que nous imprimons le meilleur canard du monde. Sans quoi aucun des efforts accomplis jusque là n’aurait de sens, tant l’énergie nécessaire pour gravir cette petite colline nommée « aventure de presse indépendante » est faramineuse. Le magazine Gonzaï, c’est 800 € de capital, quatre actionnaires et une quarantaine de journalistes assez fous pour croire en un projet comptablement irréaliste et qui, pourtant, continue année après année d’exister.
La suite reste à écrire. Plutôt que de teaser bêtement sur la couverture du numéro à acheter en kiosque dès aujourd’hui avec en couverture un dossier sur les 25 ans de la Loi Evin (dictature du bien-être, paquet neutre, hygiénisme à outrance), il m’est apparu plus judicieux de revenir en quelques images marquantes sur ce qui rythme nos nuits depuis janvier 2013, à savoir : un magazine fait avec passion. Parce que seul ce détail compte.

















