A la sortie d'une partie de Sc2 contre une ordure de Terran (je hais les terrans), la seule chose capable de calmer mes tremblements post game, c'est Death. Je vois bien que le côté gamer hardcore qui écoute du metal n'est pas très sexy, en tout cas ça déplait à ma femme : des fois la honte m'étreint.

Peu importe, Death c’est déjà le meilleur nom possible pour un groupe de Death, ça c’est sûr. J’imagine que cela ne fut pas sans éveiller une certaine jalousie dans le monde du Metal, j’y reviendrai peut-être. Et oui donc Death… c’est quoi mon excuse pour parler de Death déjà ?
Ah oui, Death est un groupe, hum mort, dont le chanteur, Chuck Schuldiner est… mort. Mort d’une pneumonie il y a tout juste dix ans, en décembre 2001. Et en me renseignant sur le sujet, j’ai appris qu’il était mort juste dix ans après Freddie Mercury, né Farrokh Bulsara d’un père d’origine perse à Zanzibar, mort lui même d’une pneumonie en 1991 dans un contexte de déficit immunitaire. Tout comme Chuck.

Chuck est mort à 34 ans d’une pneumonie alors qu’il était sous chimiothérapie pour un cancer du cerveau. Pas suffisamment d’argent pour se faire réopérer, appel à la communauté du métal, trop tard. Triste histoire.
Ceci est à peu près le seul point commun entre Freddie Mercury et Chuck Schuldiner, hormis un goût pour les vestes en cuir. Et le mauvais goût aussi. Queen domina les années 80. Le métal, ce fut pour les nineties. Je me demande toujours ce qui s’est passé dans les nineties. Tout le monde a redécouvert les 80’s, les Joy Division, Smiths, j’ai même fini par trouvé un charme aux albums de Cure post “Pornography”, ce qui ne fut pas sans mal. Les eighties c’était un mainstream solide, et la transition de la guitare vers les synthés. Les nineties fut l’ère de l’éclatement en tribus et le devenir minoritaire, le hip hop contre le metal, les rappeurs contre les hardos, c’est ce que chante Lana Del Rey en ce moment d’ailleurs:  “You were sorta punk rock, I grew up on hip hop“. Et au sein même du Metal le speed, le trash, le punk, le black, le drone, doom, gloom jusqu’au Poum metal, d’inspiration espagnol anarchiste. En tout cas dans la classe au collège, la distinction était claire, l’effectif des troupes de chaque côté variant cependant selon un gradient banlieue/centre ville.

Death, c’est la Californie du métal.

Rien à voir avec le white power paganiste des pays nordiques de Burzum et compagnie. Death se fout de la politique et de la civilisation, et même de la religion, ici c’est soleil, il faut penser Beach Boys du Death Metal. Du carré, ça tourne, bien que cela reste moins mélodique (mais c’est probablement du à la moindre tessiture d’octave de Chuck, qui est plutôt mononote, ce qui distingue son chant de celui de Freddie Mercury) que Don’t Talk, put your head on my shoulder.

Death chante la culpabilité des parents (“The depression in which they drowned their flesh and blood” – Lack of Comprehension), dénonce les manipulateurs (“People to trust come short in numbers / Like a plague your lies spread across the world” – Overactive imagination, “I want to watch you drowned in your lies” – Trapped in a corner), se lance dans des considérations métaphysiques sur la conscience (“Behind the eyes is a place on one will be able to touch / Containing thoughts that cannot be taken away or replaced” – Jealousy), et en règle général semble assez remonté contre une personne qui semble avoir de drôles de mauvaises manières. Un sitcom psychologique rohmérien où les discussions se solderaient “à la Pialat” avec une baffe sonore.

“You see your vision and no one else’s
Your every word filled with sarcasm
Crucify people with invisible knowledge
Verbal destruction with each compulsion
We will see where you go
The future for you is nowhere”

Mentally Blind

Death signifie mort, mais Chuck précise que lui aime la vie, qu’il veut vivre plus que tout, que la dépression, la pulsion de mort, c’est de la merde. Chuck est anti drogue.

Chuck n’est pas sataniste non plus. Le premier logo de Death dessinait avec le T une croix inversé. Pour lever toute ambiguité là dessus, il la fit retirer. Il devenait ainsi au sein du mouvement métal “dur” une sorte d’hérétique au satanisme, certains allant même jusqu’à l’accuser de s’être converti en secret au christianisme. C’est en lâchant les poncifs gore metal de ses débuts que Death entame glorieusement les nineties, accompagné d’un batteur Jazz Metal et de Di Giorgio, qui joue sur une basse fretless, une sorte de contrebasse électrique, faisant éclater les structures les riffs et les tempos. Deux albums majeurs sont réédités dans des versions remasterisés: Human et Individual Thought Patterns.

Et c’est quoi la différence avec les originaux ? Tout simplement que désormais on entend la basse. J’entends crier à la trahison, mais mes amis, ce n’est que le début, dans 100 ans on jouera des récitals Death au théâtre du Châtelet avec quatuor de premiers de la classe et le tout dans un recueillement absolu. Il est évident que ces oeuvres seront reprises et rejoués pendant des centaines d’années dans des endroits pour vieux (moi j’ai ma place pour Letz Zep, une super troupe qui joue du Led Zep avec les cheveux de l’époque et un chanteur qui ressemble presque à Robert Plant), lorsque nous vieillirons aussi et voudront entendre jouer du Death sans qu’un chevelu ne vienne pogoter sur notre tête. Et interdiction d’interrompre un morceau par un “Heil Satan”. Il faudra attendre la fin du dernier mouvement. Rappelons nous que lors des premiers concerts de Bach dans des rades chelous, les gens pogotaient comme des singes en cage et headbanguaient avec leurs perruques poudrées blanches sur ses concertos pour cinq clavecins.

Tout comme Bach, Death offre d’ailleurs d’excellents morceaux très techniques à travailler chez soi.

Généralement une dizaine de riffs, tous à des tempos différents, du genre plutôt nerveux avec des codas déroutants. N’espérez pas mettre en place le morceau avec votre ami batteur, c’est tout simplement surhumain. Sans compter que la double pédale c’est un sport de fond. Quel plaisir néanmoins. Un morceau de Death c’est le charme d’un quintuor, avec poème récitatif ouvrant sur un concerto pour deux guitares, puis récitatif, double pédale, riff riff, grognement, cornes du diable avec la main. Des guitares qui vont très vite, des désirs de Jackson ou d’ESP, doubles micros actifs, et accordage un ton en dessous du tuning standard (encore plus fort que Slayer, qui n’accordait qu’un demi ton en dessous), pour que les cordes rebondissent encore plus fort sous le palm mute. Qui s’accorderait très bien avec un gros ampli mesa boogie, ce qui n’est plus très raisonnable en appartement, au milieu d’enfants en bas âge.

Il me reste le son clair et cristallin d’une guitare électrique joué unplugged. Le riff se met en place, c’est doux comme une variation Goldberg. RIP Chuck.

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