Coup d’envoi de la toute nouvelle maison d’édition Façonnage avec Jim Carrey : l’Amérique démasquée ; un ouvrage qui racle la carrière de l’homme aux 100 grimaces pour nous parler d’Hollywood, de comédie, du changement de siècle et d’une Amérique qui ne fait plus vraiment rire. Car oui, Jim Carrey exprime bien plus sur son époque qu’on ne pourrait le soupçonner.

Où est le rire en 2020 ? Sur Youtube, sur TikTok, sur les scènes de stand-up. Mais plus vraiment au cinéma. Or, au milieu des années 90, en 1994 pour être précis, le rire avait un visage et un nom : Jim Carrey. Cette année-là, un comique canadien issu des planches et de la télé sort coup sur coup Ace Ventura : détective chiens et chats, The Mask, puis Dumb et Dumber. En trois films, Jim Carrey devient le roi de la comédie; il conservera son trône les dix années suivantes. Jusqu’à Bruce tout-puissant (2003) et Eternel Sunshine of the Spotless Mind (2004) où il finit par être ingéré et digéré par Hollywood, cessant à jamais d’être cette miette de chaos qui reste en travers de la gorge.

Le roi est mort, vive Jim Carrey !

Avec L’Amérique démasquée, le critique Adrien Dénouette (Carbone, Trois Couleurs, Critikats) lui sculpte un formidable gisant. Ce livre n’est pas une biographie fouillée. Ni une filmographie commentée dans le moindre détail – ouf ! Ce n’est pas une analyse du jeu et, Dieu merci, encore moins le cri d’amour d’un fan énamouré. En réalité, nul besoin d’apprécier particulièrement le canado-américano-neuneu pour se plonger dans cet essai. Qu’il vous fasse rire, vous irrite ou vous laisse indifférent, Jim Carrey signifie quelque chose. Et l’auteur le déchiffre avec brio.

Jérôme Dittmar on Twitter: "Dernière semaine pour précommander JIM CARREY: L'AMÉRIQUE DÉMASQUÉE et soutenir la première collection de Façonnage. ? https://t.co/IYGTC2aciJ… https://t.co/kMCM4MXBUT"

Par sa réapparition dans les années 1990, le cartoon fit advenir Jim Carrey, tête de gondole d’un dernier âge d’or du burlesque. Un burlesque dopé aux effets numériques (cf. The Mask). À partir de là, L’Amérique démasque nous explique, en vrac : pourquoi Jim Carrey est le trait d’union entre Chaplin, Roger Rabbit, Avatar et Trump ? Comment sommes-nous passés du rire libératoire et régressif d’Ace Ventura aux private jokes des Marvels et consorts ? Comment le numérique a délaissé la satire pour se mettre au service de l’héroïsme ? Par quelle pirouette Disney réaffirma son puritanisme inoffensif tout en se servant de Jim Carrey ?

Plutôt que de développer les analyses d’Adrien Dénouette et gâcher le plaisir de la découverte du livre, voici l’abrégé de quelques pages bien senties où Jim, durant la décennie 90, peut être perçu comme « l’anti-Keanu. » : si Reeves ne cesse de « renaître sous forme immaculée » (vampire dans Dracula, cyborg dans Johnny Mnemonic, Siddhartha dans Little Buddha, élu dans Matrix), Carrey est l’acteur du « retour à zéro », dont la plus belle illustration reste la scène où Ace Ventura est mis bas/chié, tout nu, par un rhinocéros factice. Le trop-plein de grimaces qui agite le comique canadien en fait un acteur de l’ « écoulement » tandis que l’interprète de Johnny Utah serait la figure de l’élévation. «  Jim Carrey : l’Amérique dépasquée se range donc aux côtés des Vies de Tom Cruise, de Louis Blanchot, ou des Prodiges d’Arnold Schwarzenegger, de Jérôme Momcilovic, soit des monographies décortiquant habilement ces produits de pellicule et de chair sortis de la grande usine Hollywood.

Jim Carrey dévoile les raisons de son éloignement d'Hollywood

Un mot sur le contenant. L’arrivée d’une nouvelle maison d’édition est toujours une chouette nouvelle. Surtout quand ladite maison n’a pas pour unique ambition que de brocher des pages. Dans sa note d’intention, le fondateur Jérôme Dittmar veut proposer des « essais graphiques. » Esbroufe ? Absolument pas. Avec son format VHS, sa couverture à rabat et sa tranche colorée, son impression bichromie et ses focus en fin de chapitre ouvrant sur autant de digressions utiles, Façonnage réussit haut la main son examen d’entrée grâce à un objet d’excellente tenue. Les prochains titres annoncés traiteront de The Legend of Zelda, de Speed Racer ou encore des vigilante movies. Vivement !

N.B. Si vous n’aimez (ou ne savez) pas lire, le bouquin est en cours d’adaptation en documentaire.

Jim Carrey : L’Amérique démasquée, d’Adrien Dénouette (Façonnage éditions), en librairie depuis le 2 décembre. Déjà disponible sur le site de l’éditeur : https://faconnage-editions.fr/home

JIM CARREY : L'AMERIQUE DEMASQUÉE - L'histoire XXL de l'ultime géant du rire par Façonnage Éditions — KissKissBankBank

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