Ça fait un moment qu’on le suit. On est là, on observe, on attend. C’est qu’avec Christophe Siebert, romancier de son état, on n’est jamais à l’abri: il y a quatre ans, il sortait Métaphysique de la Viande, ballade dans une France en mal de vivre partagée entre plongée scabreuse dans la tête d’un tueur en série et transe psychotique. Il y a deux ans, avec Images de la fin du monde, il mettait la première pierre à l’édifice d’un cycle de Dark SF. Sortie en septembre dernier, toujours aux éditions Au Diable Vauvert, le deuxième volume de ce qu’il nomme désormais Les Chroniques de Mertvecgorod, nous remet le nez dans les effluves noires de son pays de timbrés.

Quand on a refermé les pages du premier bouquin, on venait de laisser deux adolescents regarder leur monde s’effondrer du haut d’une tour. L’amour n’est pas une maladie infantile raconte l’ascension de Dimitri et Alina au sein d’un immonde immeuble, « une coquille vide d’escaliers, de cloisons, de tout le reste », un tas de briques de lego dans lequel nos amoureux viennent s’encanailler régulièrement. Du haut de ces 53 étages, ils vont être les témoins privilégiés de la chute de Mertvecgorod. Nous sommes le 28 avril 2025, jour ou un attentat a causé la destruction de l’échangeur des autoroutes, avtostradi, 1 et 8. Dimitri et Alina sont aux premières loges pour se faire souffler comme des fêtus de pailles. Mais. Recouvert par la poussière de la déflagration, ils se regardent, heureux d’être encore debout au sommet de ce château de cartes qui aurait tout aussi bien pu les ensevelir. Le désir les reprend, lui bande comme un âne. Elle, lui propose de partir, se casser pour de bon. Mais peut-on quitter les tourbes de ce pays aussi facilement ?

Rencontre littéraire avec Christophe Siébert - Présentation et lecture - " Feminicid" - mercredi 10 novembre – 17:30 - La Ligne, sise La Station Neuchâtel

Mertvecgorod est le territoire fictif, tampon entre la Russie et l’Ukraine, que Christophe Siebert a créé afin de donner corps à ses futurs romans. Derrière l’ivresse de cet instant amoureux que nous venons de partager, il y a aussi celui que l’auteur considère comme le moment clé de la saga qu’il est en train de construire. Aussi, quand le deuxième tome a atteint les linéaires des librairies, on s’attendait en ouvrant la première page à retomber, au mieux sur la partie de jambes en l’air de nos deux frondeurs dans les décombres, au pire dans le bordel des badauds, des secours, des gyrophares, des drones face au chaos. Fermons le premier, ouvrons le second: avec Siebert la surprise n’est jamais très loin. La saloperie non plus.

« L’affaire des pokohnici concerne entre 2001 et 2013 cinquante à cent cadavres par an, s’interrompt quelques années et reprend avec la même intensité à partir de l’automne 2018. (…) Ni les autorités officielles, ni personne en dehors d’une poignée de militants qui risquent leur vie en défendant cette thèse et de quelques journalistes étrangers, n’admet l’existence d’un lien entre ces assassinats isolés. D’après le ministre de la Police, l’amiral Fiodor Doubinski, la plupart des meurtres abusivement attribués à une affaire unique de féminicides s’avéreraient en fait de banals faits-divers. »

Lui, il y croit moyen, voire pas du tout. Du moins, il y croyait. Timur Maximovitch Domatchev était un journaliste. Un soir de février 2028, il s’est « suicidé » en se logeant une balle dans le crâne. Maximovitch était de ce bastion qui pense que les autorités se foutent de la gueule du monde, que ces meurtres en série de femmes cachent un bien plus amer dessein. Pour ça, il enquête. C’est sa traque, la compilation de son sombre parcours que Feminicid, deuxième tome des ces Chroniques de Mertvecgorod, raconte.

Si la forme littéraire de Images de la fin du monde était avant tout un assemblage de nouvelles, celle de ce deuxième volume, tout aussi éparses, s’arrange d’extraits de pages wikipedia inventées, de rapports, d’entretiens, de notes, de relevés d’enquêtes, de confessions. La plongée, scabreuse, est archi-documentée. Parfois trop. A force de vouloir noyer le poisson et de tracer des pistes qui n’en sont pas, entre oligarques pervers, sectes sataniques et trafiquants en tous genres, Siebert régale mais nous perd un peu.
On aime quand il convoque une frange de la population atteint par un étrange virus, un presque bestiaire ou l’on croise des êtres aux « physiques hors-normes […] avec une peau criblée de tâches de rousseur, rougie par l’alcoolisme et des décennies de clochardisation, plus de dents, des yeux bleus délavés à l’expression glaciale. » On s’ennuie quand sur plus vingt pages il raconte la chronologie de la guerre d’indépendance du pays, donnant au volume des airs de bible. Même si c’est chiant, on le sait, Siebert joue, jubile en maitre de son petit monde, s’amuse en se disant que la chronologie qu’il raconte ici, il faudra surement y revenir. Ressortir le volume, à nouveau parcourir ces pages pour comprendre sa mythologie. En le rouvrant, on retombera aussi sur un passage qui nous avait plu et on comprendra qu’au delà de l’événement marquant qu’on cherche à éclaircir, tout était lié, que le tas de pus dans lequel on est embourbé n’est en fait que la petite rougeur d’un empire tentaculaire. Et que depuis le début, tout était là, sous notre regard de bovidé Angevin.

Arrive un moment où le voyage se pose. L’enquêteur découvre un roman inachevé et nous propose sa lecture. Intitulé Le Pacte, le récit devient méta, Siebert se fond dans ses personnages et sa plume devient des plus savoureuses, son histoire des plus intrigantes. Exit le coté journalistique, ici c’est le romancier qui parle et on quand s’achève la cinquantaine de pages qui le constitue, comme un camé finirait son pochon, on renverse le paquet tête en bas et on regarde autour de nous les yeux un peu cons : encore !

Au fond, tenter d’obtenir des réponses quant à savoir qui mène la danse dans ce bal de meurtres organisés importe peu. Ce qui compte, c’est que Siebert continue de graisser les rouages de son manège morbide, les lèvres tordues par un sourire sournois, nous, les fesses posées dans le wagonnet, un peu flippé mais heureux, toujours prompts à découvrir ce que nous réserve le prochain tour. On espère que le troisième volume saura autant nous plaire dans le fond et que Siebert aura toujours son talent de conteur des enfers qui sait remuer la merde pour mieux nous la faire sentir. Peu de doutes à ce sujet finalement: le livre terminé, rien ne dit comment s’ouvrira le suivant. La surprise sera totale. La saloperie aussi, surement.

Christophe Siebert // Feminicid // Au Diable Vauvert

L’auteur sera à retrouver le 2 avril à Bienvenus sur Mars, au Mans ; les 9-10 avril à l’Escale du Livre à Bordeaux ; les 23-24 avril aux Intergalactiques de Lyon et les 19-22 mai aux Imaginales d’Epinal.

4 commentaires

    1. Oh oui !!!! Continue de me dire que je suis un faux prophète !!! Oh oui !!!! Continue de me dire que je suis un Jean Foutre !!!! Oh oui !!!!! Sors ta pine que je gargarise mon Coronabiroute avec ta sève !!!!! Oh ouiiiiiiiiiiiiii !!!!!!!!

      1. mefie toi je sais où vous trouver et je pourrais être tenté par une destinée de serial killer de serials killers ,séduit par des articles de merde dans des torche culs de merde.On m’avait dit qu’il fallait eteindre la télé,pleine de series policières et documentaires appelés ‘crimes’ ‘esprits criminels’ etc,.. on m’avait dit que internet c’était mieux,j’ai été sur intagram et j’ai vu des meufs de concerts,dont tu imagines qu’elles ont un certain sens des sentiments et de la poésie se photographier topless dans des églises,alors j’ai arrêté les réseaux sociaux,et je me suis abonné à votre torche cul en pensant soutenir l’economie réelle,bah non en fait ,en tant que lecteur tu te fais trainer dans la merde quand même,t’y échappe pas,alors vous pouvez arrêter tout de suite de m’envoyer vos procahins numéros,ils iront direct dans la poubelle,ou peut etre que je ferais une video autodafé que je mettrais sur instagram,j’y retourne,il parait que la fille en question n’est pas vraiment une salope et que la vidéo topless était une commande de son employeur,elle tapine pas,quelqu’un la fait tapiner,comme Jessica Rabbit. ya peut etre moyen de la retourner contre ses boss et de faire un couple à la the Kills.

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