Nouveau film pour le drôle d'oiseau aux multiples casquettes qui nous sert avec « Wrong » une « pellicule numérique » aboutie. Et ce qui semble être une grande première est surtout une plongée en apnée dans le « no reason » montypythonesque. Voyons plutôt.

Pour une fois que je voulais dire du bien de quelque chose, voilà que je perds toute ma verve. Triste ironie du sort pour un film qui s’avère excellent. Pour ma défense, il est assez difficile de dire quelque chose d’intelligent sur Wrong. En plus, y a des gosses qui hurlent sous ma fenêtre et mon pote Virgile me fait écouter de la deep house. Tout ça pour dire que c’est pas facile. Non, messieurs dames, je porte ma croix et il y a un chien perché dessus. Son nom ? Paul.

« Z’avez pas vu Paul ? »

Wrong, c’est — comme dans la chanson de Nino — l’histoire d’un mec qui a perdu son chien. Et il se fait désirer, cet enfoiré de chien. Parce qu’en tant que spectateur, on veut aussi sortir de cette vie de merde en le retrouvant. C’est vrai quoi, quand toi, délicieux enfant, tu te retrouves confronté à cet écran de malheur, ta vie entière repose sur ce film. Tu te retrouves borderline et limite nervous breakdown, exactement comme le personnage de Dolph, joué par le moustachu Jack Plotnick. Certes, la livreuse de pizza est bonne, et ton instinct de mâle sexuellement frustré te dit au premier abord qu’il te la faut. Cependant, il te faut aussi ce chien. Et, sachant que Master Chang est un enfoiré et que le « super détective de haut niveau » semble parfaitement inutile, le chemin qu’emprunte Dolph est avant tout une errance sans grand but — sinon sa boule de poils — semée d’embûches par les autres : Chang, le détective, Emma, Victor… Tous, et dans un non-sens total, depuis la raison de l’enlèvement du chien jusqu’à un détail comme ce radio-réveil qui affiche un horaire qui n’existe pas.

D’un point de vue narratif, ce film s’inscrit dans la continuité de Rubber.

L’absence de justification est ici reprise, amplifiée : 7 h 60 ? No reason. On lui a piqué son chien ? No reason. Son voisin s’enfuit dans le désert du jour au lendemain parce qu’il n’assume pas la pratique du jogging ? No reason. On se retrouve avec des absurdités dignes de Beckett, qui se résolvent entre elles par leur propre logique. On est dérouté, mais finalement on se retrouve assez vite dans ce capharnaüm mental. Meilleur que Steak, dont la seule blague drôle était « le dernier arrivé est un fan de Phil Collins », meilleur que Rubber qui, bien qu’atypique, avait ses longueurs. Absurde et poignant, stressant, crispant et drôle, Wrong est la captation de la solitude dans son propre univers. L’étrangeté de ce film n’est rien d’autre que la vacuité de nos existences dépourvues de sens. Le type qui roule dans le désert, rien d’autre que la représentation de notre errance en tant qu’êtres mortels dépourvus d’objectif clair. Ou l’inverse. Ou même rien du tout. No reason : obsession de l’absence de justification par l’absence de sens. Peut-être le contraire, après tout.

Ce truc est, comme pour le pneu jadis, filmé au Canon 5D. Bien que le barbu pluridisciplinaire Dupieux affirme que l’outil n’a aucune importance, je refuse cependant d’entrer dans les détails techniques. En conclusion, ce film est bien. Pourquoi ? No reason.

Quentin Dupieux // Wrong // En salles le 5 septembre 2012
Avec Jack Plotnick, Eric Judor, William Fichtner, Alexis Dziena, Steve Little

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