Comme disait le poète contemporain Jean-Louis Aubert, "voilà, c'est fini". Après trois siècles de domination du cathodique qui l'auront vu débuter à l'ère mérovingienne puis finir sa course à l'heure de TPMP, William Leymeyrgie tire sa révérence et quitte l'émission qui l'a fait connaître à l'Humanité. Dans un dernier élan, Guy-Michel lui rend hommage à sa manière et à son image : avec peu de moyens. Et maintenant, qui pourra sauver Willy ? 

« Depuis que les Jacques Martin et autre Guy Lux reposent six pieds sous terre, y a plus beaucoup de strapontins pour les hommes de moins d’un mètre soixante dix ». C’est beau. C’est de moi.  En me réveillant avant-hier vers sept heures moins vingt, c’est ce que je me suis dit en voyant la gueule du sosie de Lux Interior sur Antenne 2, la gueule enfarinée style plus blanc que blanc et la chemise un peu crasspouille genre j’ai baisé ma secrétaire vers 4H du matin. Bon faut dire, William Leymergie avait quand même l’air plus réveillé que ma femme (elle se lève toujours vers 11H, depuis qu’elle touche le RSA, pile avant Motus), inébranlable, là depuis presque toujours, droit comme la justice, sec comme un coup de ceinture sur un ado refusant d’aller au lit à cause d’Enora Malagré.

William as a rock

J’ai soudain repensé à tout ce pan de culture télévisuelle qu’on était en train de perdre peu à peu, comme un cœur qui s’arrêterait progressivement de battre, comme une France en ménopause. Foi de Guy-Michel, ca m’a fait comme un choc de comprendre qu’il restait que Leymergie comme témoin du 20ième siècle. Débuts à l’ORTF (ma jeunesse) en 1970, chanteur du générique de PacMan, chevalier de l’ordre des arts et des lettres depuis que le balais à cuvette l’a ordonné en février 2008, Leymergie c’était un peu le granit de la France qui s’effrite. Ce jour là, j’ai bien vu qu’il avait la bouche un pâteuse le William, à accrocher sur les R pour insulter toute son équipe (“povrrrr mecs…”), mais ca m’a pas empêché d’aller me brosser les dents… Parce que Leymergie et moi, on avait au moins ça en commun qu’on n’était plus vraiment du matin.

Alors quand j’ai su que cette fois c’était la der des der, quand William a envoyé chier le premier chroniqueur vers 7H15 (« Nan mais Gilbert, vous êtes sûr que l’invention du deltaplane c’est pas en 1896 ? Allez tout de suite on rejoint Maryse pour l’invention du pneu »), j’ai contemplé le vieux producteur de sa vieille émission, seul sur son vieux plateau, dans son vieux costard. Parce que oui, c’est un détail, mais maintenant que Les enfants du rock et le Top 50 ont fermé boutique, que Carlos est mort, que Michel Sardou ne chante plus Le temps des colonies, Telematin régissait encore ma vie.

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Question d’époque, je comprends de moins en moins le monde qui m’entoure.

Lorsque l’autre gourdasse de Laura du Web (femme d’Estrosi si vous savez pas) se fait quotidiennement bouler par le vioc, vers 8H15, Guy-Michel a comme un orgasme (le dernier remonte à janvier 1991, je me souviens très bien Chevènement venait de quitter le gouvernement mitterrandien et j’avais joui sur madame Thor et ses dessous en lycra de chez La Redoute). Et c’est comme une revanche des grabataires qui comprennent rien au clic sur les nouvelles générations. C’est d’ailleurs mon moment préféré chez William, quand il résiste à la modernité. Ca nous fait deux points communs, maintenant que j’y pense. Paraît même qu’il a quelques soucis avec son équipe, une histoire d’empoignade derrière le carton-pâte avec un de ses branleurs de journalistes. Leymergie plus fort que Joey Starr ? J’y crois dur comme fer. Plus fort que le Live de Johnny au palais des sports en 71, c’est pour vous dire. Willy a bien raison de faire taire ceux qui croient surement tout savoir, ces petits influenceurs de mes couilles et qui finiront tous “chefs de projet” en citadines décapotables à tenter d’engrosser des assistantes qui portent un stérilet bio. Bref.

Tous les ans, à la même époque, un jeune emmanché nommé Thierry Becarro reprenait jusque là Telematin pour que William puisse faire nettoyer son dentier et réviser les insultes qu’il balancerait à son équipe. Ma femme et moi, on accordait nos calendriers sur ceux de William, on partait à la Baule quand lui s’exilait quelques semaines. Maintenant c’est fini. Je sais bien que ce papier parle pas trop de musique, mais Leymergie c’est tout ce qui me restait depuis que je suis descendu tous les autres wagons.

Le jour où il crèvera, il rejoindra surement Zitrone, Mourousi, Pascal Sevran et Pierre Tchernia (merde lui est pas mort) dans le carré magique des présentateurs qui ont sauvé la partie. J’espère bien être au premier rang, j’ai reçu un iPhone pour la fête des pères.

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