Oubliez les bouquets satellites fanés et la TNT aussi tentante qu’un burger sous polystyrène. Comme tout le reste depuis 10 ans, l’avenir de l’audiovisuel pousse sur le net. Le format court, la prod cheap, l’absence de fric : tout ce que réclame notre époque. Dix commandements pour vous le prouver.

Qu’on se le dise, un tel format existait avant d’être porté sur le web. On parlait de shortcom (pour sitcom en taille short) et en France les plus célèbres étaient Caméra Café, 1 Gars 1 Fille, puis Kaamelott. C’était comme un épisode classique mais avec un montage plus efficace, un dialoguiste plus tranchant, et pas plus de trois acteurs devant l’unique caméra en plan fixe. Par email on se faisait alors passer par des récups Youtube de Monsieur Manatane, les Faut-il de Maurice Barthélémy, ou de Messages à caractère informatif. Les polyglottes osaient CollegeHumor.com et ont fini sur Funny or Die de Will Ferrell. Sans oublier les ovnis Happy Tree Friends ou Têtes à Claques. C’était une autre décennie qu’on a presque oublié tant l’expression « Previously… » est désormais connue de tous. Les shortcoms n’ont pas disparus depuis ; le dernier à avoir fait parlé de lui est un certain Bref… C’est vous dire comme le grand public est mûr pour les web-séries même s’il ne les connaît pas.

I. Dailymotion rules the nation

A-t-on vraiment besoin d’une définition ? Une web-série, ce sont tous les codes de la série TV – vous savez, le pré-générique catchy, le résumé des précédents, la gestion du suspense par le montage… – appliqués à des vidéos mises en ligne sur une plateforme d’hébergement sociable, tels Dailymotion, Wat ou Vimeo. Tu mates, tu like, et tu regardes la suivante. Basta.

II. Deux épisodes de 4 minutes font mieux qu’un seul de 10 minutes

Le format web est généralement beaucoup plus court que son grand frère du téléviseur. Parce qu’on n’a pas de moyens pour faire long déjà. Mais aussi parce que notre spectateur n’est pas dans un canapé ; il est plus probablement dans le bus, à Mc Do’, ou au bureau entre deux mails. Depuis que l’informatique s’est fait pousser des jambes et que la cigarette électronique ne vous oblige plus à descendre sous la pluie, on a du temps à tuer et une télécommande pour zapper le monde dans la poche.

III. Toujours refuser la HD

Qui rêve d’une télé de 640 x 480 pixels ? Personne. Ni d’un iPad de 17 pouces ! La seule idée moderne était de développer un contenu qui corresponde à ce format et pas l’inverse. Et puis de toute façon plus gros c’est plus long à charger et clairement vous n’êtes pas là pour ça. Pas plus que pour voir des travellings panoramiques ou des acteurs du Cours Florent. Le deal est simple : j’ai 3 minutes de ma vie à t’offrir Monsieur le C.A.P. « Métier de l’Audiovisuel », fais-moi voyager. Après tout, la caméra qui tremble ça marchait bien dans 24 Heures Chrono

IV. C’est pas réservé aux geeks, mais si t’es geek c’est mieux (et sinon, ça viendra)

Du fait de son côté « web », ce média hérite d’un certain passif geek. On trouve ainsi pas mal de web-séries traitant de gamers ou de culture jeux-vidéo. De la super-production niaise Noob à la parodie Worcruft Apocalysme en passant par les pastiches miraculeux de Freddie Wong qui tirent des larmes aux développeurs de chez Ubisoft ou Activision eux-mêmes. Historiquement on serait même tenté de considérer la vénérable (mais toujours hilarante) Nerdz comme la première du genre. Avec l’essor du format depuis 5 ans, les thèmes varient hors des sentiers de la série Z vers le grand public. Néanmoins l’investissement d’éditeurs bien nerds comme Kazé ou Ankama (déjà impliqué dans la chaîne séminale Nolife) tarde à arranger les choses. Ou accélère notre geekisation ?

V. Wikipedia + streaming = omniscience

Honnêtement, à quoi bon se taper des pages à lire quand on peut se taper des cours filmés ? Socio, chimie, techno, musique… il y a bien un passionné quelque part qui s’est fendu de 2 heures pour vous résumer tout ça, avec un montage bien pétant et des schémas animés ou des reconstitutions filmés comme un Tarantino. Spéciale dédicace à Crash Course qui fout des dépressions à Fred & Jamy. Qui vous a dit que les web-séries n’étaient que des fictions avec des coups de pied sautés ?

VI. Ce qui ne coûte rien est potentiellement super rentable

Reste la question que tout le web se pose depuis que Youtube a confirmé bosser à perte : quel modèle économique pour la gratuité ? Toujours le même : un tremplin vers le grand bain en espérant éviter de se prendre un bouillon. Les uns y voient une jolie passerelle vers des plateaux de ciné, et les autres se voient déjà chefs opérateur subventionnés. Dans la réalité les comédiens sont chauds pour le one-man rue des Blancs-Manteaux, et les réals finissent pubards. Ce ne sont pas François Descraques de la team Frenchnerd ou le piégeur Rémi Gaillard qui nous contrediront. D’ici là, un peu de pub sur le site, et une notoriété qui fait baver certains…

VII. Tu partages ce que tu aimes et j’aime que tu partages.

Toute une industrie de création de contenu ne pouvait pas passer à côté de cette machine à viralité. Les agences comme les marques voulurent rapidement leur part du gâteau, et voici pointer le placement de produit qui va bien. À ce rayon tout ne se vaut pas. Quand le roi de la e-santé Doctissmo fait des blagues potaches avec des grossesses plus anxiogènes que marrantes, on zappe. Quand Nescafé tente de refaire J’irais dormir chez vous, ça sent moins le café que le fake à plein nez. Red Bull a bien compris quant à lui, en filmant la vraie vie du trialiste Danny MacAskill ; on veut vivre autre chose pendant 5 minutes, pas donner de notre temps pour mater des pubs.

VIII. Fait n’importe quoi, mais pas avec n’importe qui

Pourtant le milieu a fait ses preuves puisque certains acteurs sont bankables. On voit ainsi des guests de choix dans plusieurs séries de la même façon qu’on retrouve le flic black alcoolo de telle série en jazzman dans telle autre à la télé. Les anciens de Caméra Café apparaissent ici, les frangins Astier (Kaamelott, Hero Corp) là, et les pointures de Nolife Monsieur Poulpe et Davy Mourier n’en parlons pas. Plus marquant encore, CBS et l’éditeur Marvel ont fait écrire une web-série à Stephen King, et une chaîne hollandaise a commandité un projet d’ 1 millions de dollars à Paul Verhoeven. À se demander qui de l’œuf ou de la poule, est-ce le fric ou la série qui vient en premier ?

IX. On peut agrandir une vidéo mais pas une web-série

Faisons un premier bilan. Les BD tirées de la web-série Noob sont nulles mais ses lecteurs n’y verront pas la différence avec un mauvais Shōnen. Les premiers pas du roi du gag Norman au cinoche sont à pleurer. Canal+ a préféré décommander 10 minutes à perdre et se faire livrer des pizzas tièdes. Sans surprise tout ça : il y a 5 ans, Arte et Canal avaient déjà tenté de lancer leurs propres web-séries à perte. Et avant elles deux marques tristement célèbres: MSN et Myspace. Vous avez compris : la TV est un média moribond qui vampiriserait n’importe qui pour survivre un jour de plus. Vous vous souvenez de quand la télé a voulu récupérer les animateurs qui pétaient le feu à la radio ? Cela a donné Hanouna, Youn et Cauet… On passe à la suite non ?

X. Aujourd’hui le stream, demain le wi-fi

Quand Ankama a retiré ses billes du Golden Show (émission satirique en ligne), c’est justement Alexandre Astier qui a investi ses deniers. Et voilà le geste le plus intelligent de cette histoire : donner aux web-séries les moyens (humains, techniques, financiers) dont elles ont besoin ; et pas l’inverse. Fuyez les chaînes comme des pestiférés. Démantelez les télés pour faire vos vidéos. Faites les cons, faites-moi rêver, faites ce que vous voulez. Vous avez toute mon attention pour les 5 prochaines minutes de ma vie messieurs.

En partenariat avec La Gaité Lyrique

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