Entre les f(r)actures et le gaz de ville, il faut dire que l’idée m’obsède littéralement depuis deux jours.

Entre les f(r)actures et le gaz de ville, il faut dire que l’idée m’obsède littéralement depuis deux jours. Entièrement, pleinement, de manière compulsive. Paris, février 2009, écran couvert d’une couche de nicotine jaune brun, je ne pense plus qu’à ça.

Qu’avait bien pu ressentir César au moment décisif, lorsque, poignardé par son propre fils, il avait senti le coup de lame s’enfoncer dans son ego? Presque 2052 ans avant l’avènement des web TV, deux siècles avant le phantasme des complots contemporains. Un monde, une éternité, des toges rouge sang : un traitre triomphant.

Finding the right words / Can be a problem / How many times must it be said/ There’s no plan it had to happen

Parvenir à transcrire ce sentiment en musique, toucher du bout des doigts le sentiment de trahison, le transcrire sur une partition. J’aurais voulu synthétiser d’autres sentiments (le cynisme, Lou Reed sur Men of good fortune, l’amour impossible, Robert Wyatt sur Stay Tuned, la compromission, Clapton dans l’intégralité de ses disques) j’aurais choisi d’autres événements historiques. Toujours est-il que la mort, tragique et belle, de César, m’empêche depuis 48H d’envoyer des mails ; manger même, semble impossible.

La surconscience du déclin appliquée à de petits bouts de cultures numérisées, je l’ai retrouvée sur le premier album solo de Martin Gore, Counterfeit, 1989. Plus précisément, le premier titre, Compulsion, résumant à lui seul la complexité des rapports humains, la fuite, l’abandon et la solitude. Bien sûr, le titre n’est pas de lui, mais de Joe Crow. Rendons à César ce qui lui appartient.

Charms in limited supply under Threat of extinction / That indefinable nothing somehow motivates you / Got to move on sometimes/ Got to move on sometimes

Le titre, exhumé sur la compile D.I.R.T.Y Diamonds Vol. 2, vaut son pesant de mort magnifique, à crédit ou triomphante. Des baldaquins grecs ou romains peu importe.

Optant pour la ligne 2 du métro parisien (vous pouvez transposer cette émotion en prenant un bus municipal à Mulhouse dans l’après-midi, Grenade au mois de novembre ou Berlin en hiver) les stations de métro s’enfilent comme des perles, muni de Compulsion.

Les gens semblent subitement beaux, éternels, prêts à vous tendre la main dans le plus pur style Claude Lelouch (du travelling, du ralenti, une musique en pathos mineur). Puis l’instant d’après et sans raison, les portes se ferment et l’amour redevient chasse gardée, chacun luttant pour son espace vital. Compulsion compulse, compile, comprime. La trahison, sur Counterfeit, donnerait presque envie d’aimer sans retour.

«Qu’avait bien pu ressentir César au moment décisif, lorsque, poignardé par son propre fils, il avait senti le coup de lame s’enfoncer dans son ego?»

Le bruit des 23 lances perforant le thorax, peut-être. Puis le battement de cœur affaibli jusqu’au silence. Splendeur des candélabres, nuit des longs couteaux, lumières gothiques : Smile in the crowd. Le dernier sentiment avant l’extinction des feux.

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