A l’aube du vingtième siècle, en pleine crise du doute, on assiste encore parfois à des embellies.

A l’aube du vingtième siècle, en pleine crise du doute, on assiste encore parfois à des embellies. Des petits bouts de miracle, des odyssées, quelques grabataires encore debouts pour raconter l’histoire du siècle dernier, se prendre les pieds dans le tapis juste avant de prendre la poussière.

Ne pas leur reprocher de revenir en 2009… ils sont là parce qu’un public était dans la salle, prêt à applaudir la première fausse note d’une intro mythique. Cette histoire, c’est celle des Zombies, un groupe qui a tout foiré, qui n’a pas su percer en son temps mais qui se retrouve programmé au Festival MOFO,à St Ouen (ligne 13, braver l’extra-muros, 500 mètres de marche dans une longue rue yellow brick road, tourner à gauche, fermer les yeux… Mains d’œuvre) pour exposer aux badauds la splendeur d’une pépite cachée. Faut dire qu’elle est à la mode cette pépite, alors que la tendance est au « tu sais pas qui est mort cette semaine ? ».  Chacun y allant de son groupe obscur de la période 67-69 que même papa l’a pas vu quand il était jeune. Trouver des groupes cultes (traduire cela par « incapables d’avoir réussi à leur époque ») cela reste tout de même plus facile que de se mettre en phase avec son époque. Plus courageux ? Uh… pas si sûr. 

Tout cela pour dire qu’un vendredi de janvier 2009, j’ai rencontré les Zombies. J’ai pas fait exprès faut dire. Comme tous ces jeunes qui n’ont rien vu ni rien fait de leurs propres mains, la curiosité malsaine (et deux places dealées pour le concert du soir) m’avait poussé vers la conférence de presse.

Pour tout ceux qui ne le savent pas, une conférence de presse en musique équivaut à du café chaud, un journaliste généralement névrosé qui monopolise le micro et douze autres qui prennent des notes en n’oubliant pas de lorgner vers le décollette de la seule journaliste présente dans la salle.

Bien évidemment, je suis comme tout le monde. Simple man. Connaissant l’histoire des Zombies dans les grandes lignes, mais incapable d’en décrire les frontières. Groupe maudit, ventes infimes, split en 1968 après la parution de Odessey and Oracle. Reconnaissance mondiale après leur séparation et longue traversée du désert les quarante années suivantes. Blah blah blah… Pour le reste, je m’en fous. N’empêche que je n’avais aucune question de prête. 

–  C’est vous Bester, vous voulez un café ?

–  Euh oui, merci. On n’est pas sensé être plus pour la conférence de presse ?

–  Non, vous ne serez que quatre. Vous prenez du sucre ?
–   …. Vous avez une brochure quelque part ?

Il faudrait un jour écrire un manuel à l’usage des plus jeunes, leur apprendre à quel point il est INUTILE de préparer une interview, encore moins de connaître l’artiste, pour parvenir à briller en société. Quelques questions bateaux, une blague/jeu de mots, un dépliant qui traine pour se souvenir du prénom des musiciens, un regard lourd et concentré et une inculture encore plus grande des journalistes vous entourant suffisent en général à vous donner l’aplomb nécessaire pour remplir les pages du canard qui vous envoie en interview avec Rod Argent (le vieux  au bouc mal taillé) et Colin Blunstone (l’homme mi-chauve au sourire triangulaire)

Me voilà propulsé devant deux mythes vieux aux T-Shirts cotons qui attendent les questions de 4 journalistes plus jeunes de quatre décennies. La situation (cocasse) ne semble pas les déranger, eux qui se sont « reformés pour le plaisir de jouer ensemble – mais sans Chris White, le bassiste original – pour fêter les 40 ans d’Odessey and Oracle. Ron & Colin semblent réellement heureux d’être là, dans 20 m2 d’espace confiné pour 4 mecs payés moins de 50 euros les 1500 signes. Regrettent-ils l’échec du groupe à la fin des 60’ ? Visiblement non. Pire (ou mieux, c’est selon) ils le comprennent cet échec. Eux qui furent « propulsés sur le devant de la scène au sortir de l’adolescence, sans histoire à vendre aux médias, sans photo, sans manager compétent, sans réel nom d’ailleurs (ils débutent sous le nom de Mustang, soit un nom encore pire que les Zombies, NDR). 

Alors que les réponses d’enchainent aussi vite que l’excitation qui parcoure mon corps (“Non, nous ne sommes pas reformés pour l’argent, nous tenions à jouer les compositions à l’identique et d’ailleurs c’est une chance d’être là, etc.”) mon regard s’arrête sur le visage de Rod Argent (qui porte définitivement mal son nom), ridé et frais comme l’est un grand-père ayant échappé au goulag. Ces anglais cultes sont vieux, pourraient être vieux, morts, que cela serait somme toute assez logique. The Zombies a tout raté, n’a pas pris de drogues comme les autres, n’a connu le succès qu’à sa mort et commence juste, paradoxalement, à renflouer les caisses en 2009 avec un album sorti en 1968 (J’exagère, mais ll faut dire que Colin et Ron n’ont pas trop aimé la questions, NDR). Récapitulons : un sosie de Pedro Winter cinquantenaire aux claviers (Rod Argent), un sosie de Bill Murray au micro (Colin Blunstone), un guitariste additionnel aux chemises à fleurs type GO SPORT ou CELIO et un octogénaire à la basse sans tête (Je ne mentionne pas le batteur pour les mêmes raisons que dans mes précédents articles : Who cares the drummer ?)…

Les Zombies ont joué le même soir, j’étais là, parce qu’on est toujours fier d’avoir serré la main à de vieux adulés qui se souviennent encore de leurs prénoms. Je ne vous dirai pas ce que j’ai entendu. La seule chose à savoir, c’est que Colin Blunstone possède encore une voix des plus poignantes, que Rod Argent a tout chipé à Jimmy Smith et qu’un poteau m’empêchait d’admirer l’ampleur du désastre scénique, mélange de Supertramp et Lou Reed version 2008. Passé un certain âge, les gens ne font plus attention au physique, comme si cette donnée était de trop. Time of the season, mais bien sûr…

Je me suis doucement retiré, à pas feutré, la salle était pleine, les applaudissements de moins en moins forts et les bières pas chères. La porte s’est refermée, l’orgue jouait encore, un peu de lumière sur le déclin… J’étais dehors, nous étions en 2009.

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