Il y va y avoir dix ans qu'on balourdé toutes les lourdes pédales de distorsion dans un autodafé à la gloire du fuzz. Véritable politique nataliste en faveur du crunch, cette s

Il y va y avoir dix ans qu’on balourdé toutes les lourdes pédales de distorsion dans un autodafé à la gloire du fuzz. Véritable politique nataliste en faveur du crunch, cette saturation innée, élevée en plein air. OK. Très bien. Va pour le naturel… Mais avez-vous entendu en sortir autre chose qu’une saloperie molassone, sans ampleur, un son aussi époustouflant que les paroles d’une comédie (comédon?) musicale ? Qui a fait retentir un cri digne de regarder en face la première mesure du solo de Sympathy For The Devil ?

Sur ce point bonne nouvelle : The Jim Jones Revue a répondu à l’appel d’offre, et on peut dire qu’ils ont résolu le problème pour un moment.

Le premier album étant sorti on ne sait plus quand tellement le boomerang n’a pas arrêté de revenir de tous côtés depuis un an, il était grand temps de s’intéresser au phénomène. Jouons lucide, gagnons du temps. Les cartes sur la table, les infos brutes : Jim Jones Revue est le troisième projet du gars Jim Jones après avoir arrêté Thee Hypnotics (psyché, 4 LP) quand il y eut plus de morts que de vivants (1 accident de travail, 1 O.D.) et avorté Black Moses (soul, 2 LP) dans ce qu’on peut appeler un élan de lucidité… Un premier album éponyme est enregistré d’un trait (48hrs, 10 titres, 4 pistes, no overdub) envoyant au tapis trente minutes de rock’n’roll surchargé en testostérone dont deux emprunts, l’un à Little Richards, saint patron avoué du combo, l’autre à Mack Vickery (surtout connu par ceux qui ont porté ses chansons en bandoulière : Waylon Jennings, Johnny Cash, et Jerry Lee Lewis).

White men can’t jump-blues !

The J.J.R. éclate les enceintes, fore les platines et décolle le tartre. Aussi rapidement qu’on perd l’audition, on retrouve le goût des bonnes choses d’antan. Le trois-accords vintage, les touches noires appuyées par triples croches, les valeurs traditionnelles américaines quoi. Curieusement bafouées de main de maître ici par un authentique sujet de sa majesté. On applaudit partout, suivent logiquement trois singles (malt !) accompagnés de trois b-sides du même tonneau, plus l’incontournable Good Golly Miss Molly (Lord Penniman à nouveau) et une reprise d’Elvis qui à l’époque lui aurait coûté trente jours de mitard si ce n’est pas la chaise électrique – et à l’écoute d’A Big Hunk OLove on se demande si ce n’est pas tout simplement ça qui a été enregistré.

C’est cela que rassemble aujourd’hui Here To Save Your Soul. Parfait donc. D’autant que la disparition de Lux Interior aurait été annoncé sur Monster.fr que ça n’aurait pas été plus clair : une place était vacante. On cherchait un rockabilly-hero. En voilà un qui répondait à l’annonce avec des prétentions claires. Et puis pondérons. La réussite de la Revue pourrait bien être à mettre sur l’ardoise de ses influences, ici franchement enfilées comme des tuxedo à plastron rigides : cette petite crieuse de Little Richard pour la voix, le Killer au piano, le son made in Motor City par-dessus, le tout ressemblant moins au million dollar quartet qu’au vacarme d’une Dodge Chargeur pied au plancher.

Du coup, le retournement de veste de Jim Jones, aussi réussi soit-il, finit par rappeler le proverbe chauffeur-routier : les claques sur le pissou ça laissent aussi des bleus aux mains.

Si vous préférez les contrepèterie : “nul n’est jamais assez fort pour ce calcul”. En d’autre termes : posture or not ? Une seule solution, vérifier en live. En soit, pas dur de trouver l’une des trente (!) dates françaises de la tournée 09 des lads. Mais arriver au Secret Place était lui un obstacle, l’asso punk montpellieraine culte a fait du précepte “pour vivre heureux vivons cachés” un des piliers de sa prospérité, et tandis que la voiture tourne dans différentes zones industrielles à la recherche de la salle, c’est plutôt Frank Horst dans les Tontons qui me revient en tête : “La police tourne autour depuis 10 ans, elle a jamais trouvé.”

Ce qui frappe en arrivant c’est l’atmosphère du lieu, et de ses habitués. Que ce soit les docs qui montent sous les goutières en tartan ou le minet en clarks bien entretenues, crête ou banane gominée, il y a une faune et ici on est chez elle. A faire la queue devant une caravane bombée, sous la tonnelle de la cour à rouler des clopes et écluser de la bière, le lieu est une communauté vivante. Derrière un pilier central malvenu, deux groupes locaux se partage un batteur sur la scène bétonnée. Communauté toujours, c’est quasiment Happy Days ici… Les watts matraquent et l’heure tourne. A 23H, une tête blanche hirsute vérifie chaque guitare, chaque jack, échange des regards habitués avec l’ingé son. Déboulent alors quatre albions encostardés qui traversent la foule pour monter sur scène malgré les protestations de l’ingé : “twominutesboys,twomoreminutes, twominutesplease…” Etonné de ce changement de planning, la Revue redescend de scène, et patiente avec le gras de la foule. Tout le monde trouve ça normal.

Premier constat : la photo est en négatif ; les plus barges sont ceux qui ont payé ce soir.

Eux sont des employés modèles. Second constat : Jim Jones n’est plus de la première fraicheur, et le succès lui arrive bien après les premières lunettes de repos du soir et les radios des genoux. La troupe qui l’entoure est silencieuse, propre sur elle et disciplinée : bon sang ces hommes vont au turbin. Cela aurait pu être décharger un camion ou vider un thon, là c’est jouer du rock. Et ces gueules… Nul doute, ils ont tous un casier. Ils auraient un rasoir de barbier à la main qu’on ne serait pas plus étonné. Mais là, disciplinés comme des bêtes de monte, ils attendent.

Moins de cinq minutes plus tard, le lieu est méconnaissable : le feu consume nos âmes, le bassiste ressemble à un travailleur de force ruisselant dans sa chemisette manche courte, le gratteux à la machoire en galoche (Nicolas “Sailor” Cage !) est debout sur son retour, le piano moleste ses croches et Jim Jones (Rod Steward en corbeau) harangue la foule comme un macro de la place Pigalle. Niveau son, disons qu’on a tourné les potards à midi pile, et qu’ensuite on a placé des micros sur le clavier pour qu’il soit encore audible. Si l’image de Kevin Shields vous est apparu, lavez-vous le visage et relisez du début.
Les enceintes sont des fourneaux qui me dévorent les oreilles pour les prochaines 48 heures mais s’en écarter c’est risquer de se retrouver derrière le pilier, et fuck that, l’homme est captivant ! Toutes les filles de la salle redécouvrent la furie de sentir leur corps leur échapper. C’est le Tutti Frottis. Nous autres nous abreuvons de ce swing hoochie coochie de meat men. La flasque bouge un peu sur le couvercle du piano droit, nos genoux aussi. Confirmé, le mélange s’enflamme, kérosène+bourbon= fire.

Tout ce dont l’humanité a besoin, c’est d’un piano qu’on enfonce au bélier et d’une meneuse de revue qui connaisse son boulot.

Dans son gilet cintré, Jim Jones a cela. Ce n’est pas pour rien si J.J.R. fera la première partie de Chuck Berry. Alors à ceux qui y voient de l’opportunisme, je dis que ce mec pourrait bien être le dernier T-Rex. Ces gars sont vieux, ils ont l’air d’arriver à l’usine, et le clavier est un horrible Roland et pas un Hammond. Mais cela fait déjà 50 ans qu’on sait ce qu’est un rock, qu’on connait la recette: c’est comme pour le cul, ce n’est pas la surprise qui fait le plaisir, c’est la folie de la foi.

http://www.myspace.com/thejimjonesrevue
http://www.jimjonesrevue.com/

The Jim Jones Revue // Here To Save Your Soul // Punk Rock Blues Roc (Differ-Ant)

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