À grands coups de plans com’ et de théories vaseuses pour nous dire ô combien le roman de Kerouac était inadaptable sur grand écran, on nous a détourné du principal : le film. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il n’y a pas grand chose à en dire. Revenons donc sur quelques théories qui font loi et puis — comme tout le monde — très légèrement sur cette adaptation.

Théorie n°1 : ou la fameuse théorie des couilles en bronze brésiliennes

À en croire à peu près toute la presse écrite ou chantée, Walter Salles est un homme au courage immense. Sûrement l’un des mecs les plus burnés du milieu. Eh oui, comprenez ! Le type a réalisé un film à partir d’un roman supposé intraduisible en images. On excuse donc le film et son réalisateur car il a adapté un roman difficile. Palme des grosses burnes et tableau d’honneur pour l’élève brésilien. Le défi était lourd ; Coppola lui-même avait baissé les bras devant l’ampleur du projet, pareil pour Godard, etc. Bref, même si le film est indigeste, il restera à jamais dans l’histoire du cinéma : l’incroyable courage d’un cinéaste qui est parti avec sa bite et son couteau là où d’autres ont fait demi-tour.

Théorie n°2 : tu prendras un mauvais livre pour faire un grand film

On en a profité pour nous ressortir une vielle théorie cinématographique comme quoi un grand roman ne peut pas faire un grand film. Impossible, vous entendez ? On n’y peut rien ! C’est une règle incontournable. Il faut absolument et dans tous les cas prendre un mauvais livre pour faire un bon film. Ce n’est pas négociable. Pardon ? Vous avez sûrement oublié tout le génie de Frédéric Beigbeder pour retranscrire son best-seller sur l’écran gênant. Encore une fois, saluons la bravoure de Walter Salles. Il aurait pu se contenter d’adapter un roman de gare, mais il a posé son gros paquet sur la table.

Théorie n°3 : les Américains maîtres du scénario contre les Français mangeurs de baguettes

Les réalisateurs français baissent souvent les yeux en interview en avouant leurs faiblesses scénaristiques face aux Américains. Comment ? Qu’est-ce que j’entends ? On ne sait pas raconter d’histoire ? Et Pierre Bellemare, les enfants ? C’est quoi ? De la pisse de clodo ? Apparemment oui. Car l’Américain, avec son script Doctor et ses dizaines de scénaristes sur un seul projet, sera TOUJOURS meilleur que nous. Nous, pauvres Européens, qui torchons nos scénarios la veille, ou l’écrivons carrément sur le tournage, on ne discute pas ! Pourtant si l’on en vient à penser qu’un grand roman est fait d’une grande histoire, alors les Ricains devraient nous pondre un hit à tous les coups. Fingers in the noze and foot in the ears.

Théorie n°4 : Sur la route est un grand roman

Qu’est-ce qu’on pouvait attendre d’un film sur le premier roman officiel de Kerouac ? Sur la route est légèrement surestimé. Il ne faut pas confondre roman culte pour une génération et chef d’œuvre littéraire. Être l’idole des jeunes ou un génie n’est pas tout à fait la même chose. Kerouac a toujours qualifié, à juste titre, Sur la route de « bouquin sans style ». Le chef d’œuvre de Kerouac c’est Les souterrains. Celui qui pense le contraire est un putain de hippie ou vient de fumer son premier joint.

Le grand problème, une fois venu le moment de s’attaquer au livre, c’est que le genre du road trip est totalement dépassé. Et que Sur la route — ou du moins son esprit — a déjà été transposé avec brio sur la pellicula dans Easy Rider ou Brown Bunny.
Car parlons du film. Walter Salles a pris le parti de ne jamais s’arrêter, sous peine de faire croire au spectateur que le héros stagnait. Le mouvement perpétuel traduit par de très courtes scènes clipées. Du coup, on perd en sensations. On ne sent pas la route, sa liberté. On est plus proche d’une carte postale d’un cousin envoyé de la route 66 ou d’un épisode de Bref de 2 h 20. Imaginez le calvaire ! Le principe est à peu près le même que la série de Canal +, on dit ce qu’il y a sur l’image et on le montre, on le surligne. Mais le vide est là, très proche.

Ce qui ressort aussi, c’est la pauvreté de l’interprétation. Surtout celle de Garrett Hedlund (mimant Neal Cassady) qui tente à chaque scène de perfectionner son faux accent sudiste. On nous apprend même que l’acteur, pour s’immerger dans son rôle, a parlé avec des clodos. La belle affaire ! Ce qui laisse sous-entendre que tous les beatniks sont désormais des clochards. Pas très céleste tout ça, mais plutôt drôle. Quant à Sam Riley, il semble définitivement orienter sa carrière vers les biopics. Après Ian Curtis, le voilà donc imitant Jack Kerouac. À quand un biopic sur Sam Riley interprété par Sam Riley himself ?
Tous les acteurs enfilent des costumes joliment lavés et repassés. Aucune trace de leurs soi-disant folles excursions. Sur la route vue par Hollywood donc. Rien de dérangeant ici. On est plus proche d’une vision de hipster (cf Kirsten Dunst) que d’une vision beatnik. Sois propre et beau et tais-toi, mais fais le fou une fois par mois au cinéma. Quelle horreur ! Quels mecs peuvent bien ressortir du film en se disant « putain, je me taillerais bien la route » ? Qui ?

Le seul point positif du film se nomme Kristen Stewart. Elle joue Marylou, fille hyper-sexuée, genre bubblegum. Et le boulot est largement rempli. Malback avait très envie de mettre papa dans maman, voire même de lui péter l’arrière-train. La sodomie étant un sujet à la mode, c’est peut-être le seul point de modernité de ce (très) long métrage.

Walter Salles // Sur la route // En Salles 

7 commentaires

  1. Si on avait l’esprit chafouin, on pourrait en déduire que l’auteur de ce papelard a lu deux romans de Kerouac et a décidé que Les Souterrains, c’était mieux que Sur La Route, donc qu’il s’agit nécessairement de son meilleur roman. Ceux qui pensent le contraire sont des cons, ça évite de se justifier. De toute façon ils sont combien à avoir ouvert plus d’un bouquin de Kerouac et à fréquenter ce site, hein?
    Ravi de cette occasion facile de passer pour un hippie attardé, j’en profite pour recommander « Les Clochards Célestes » et « Docteur Sax ».

  2. Ouais c’est quand même super casse gueule d’adapter ce livre. Il y a dans la narration de nombreux temps morts, des moments quasi chiants à lire, mais qui sont là justement pour renforcer la puissance des moments d’action. Pourrait-on se permettre de retranscrire ces moments en salle? J’en doute. Et puis rien qu’aux extraits je redoute le coté aseptisé et hollywoodien du truc. Ça manque de crasse effectivement. Enfin je parle comme un connard sans même l’avoir vu, mais je regarderai ça chez moi, gratuitement.

  3. @joe C’est bien ça le problème. On ne peut pas s’ennuyer donc on accélère, on coupe, on viole. T’as bien cerné le truc pour un connard. Bravo.

    @o’brien Ne vous inquiétez pas, j’ai lu d’autres Kerouac notamment les clochards célestes et pour moi le meilleur reste Les souterrains. Sur le style il n’y a rien de comparable, c’est la prose de Kerouac at his best. Gros bisous tout baveux.

  4. Ce film est une bouse sans nom ! Les beatniks de kerouac sont les punks à chien de l’amérique des années 50, pas ce jeunes gens propres sur eux avec des fringues d’un vieux catalogue la biroute! A quoi sert d’avoir des brazen balls si c’est pour envoyer d’la m… avec!

  5. « Le chef d’œuvre de Kerouac c’est Les souterrains. Celui qui pense le contraire est un putain de hippie ou vient de fumer son premier joint. »
    Ah non, le meilleur c’est « Visions de Cody ».

    Et, sans vouloir faire mon péteux, les traductions de Kerouac laissent à désirer, celle de « sur la route » en particulier.
    Celles de Matthieussent sont meilleures.
    Par contre, je comprends pas qu’on puisse dire que « Sur la route » est un roman inadaptable.
    Inadaptable pour moi ça veut dire « tellement abstrait et/ou reposant tellement sur le style que ça ne peut exister que sous forme de livre. »
    « Sur la route » fait un scénario de Road Movie tout ce qu’il y a de plus commun.
    Enfin quoi !

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