Porte de Versailles, le Salon du livre, mardi, 17 heures.

Porte de Versailles, le Salon du livre, mardi, 17 heures. Harassé par une dure journée de prospection à la recherche de nouvelle star de la littérature, je vogue telle une âme en peine, arpentant le périmètre du hall 1. Mon attention, lessivée à 60 degrés, est en berne. Du côté presse, on se fait chier ferme. Les gens de Technikart reclus dans un angle mort, se balancent des banalités dans leur canapé croûte de cuir marron, tandis que de jeunes cagoles des Inrockuptibles papotent et pouffent entre elles sur des fauteuils et des tabourets fluorescents. RAS.

Au détour des stands de promotions de livres numériques avec des modèles de démonstration en carton, survient le déclic… Mon instinct de survie a repéré un stand de smoothies. Et il tombe à point le bougre parce que j’ai grand-soif ventre saint-gris ! Rappel : Smoothie = fruits + glace pilée + yaourt + composants chimiques = composé à la mode à déguster à la paille. Hmmm… Mais doucement Clément… Encore un attrape-couillons qui doit valoir la peau des os : mon porte-monnaie avait déjà bien casqué à midi, contraint de consommer un sandwich microscopique de chez Paul à un prix exorbitant. Mais non, pas du tout… Les clients sont servis avec une rapidité prodigieuse par une employée monofaciale. Et pour cause, puisque c’est gratuit ! D’ailleurs les badauds et autres exposants ne se privent pas pour se ruer dessus comme des gros morfales. Je me rapproche donc dans l’optique de me désaltérer à moindre coût. Avant qu’un autre détail m’éclate à la figure : ce stand de smoothies est sponsorisé par Relay. Relay Presse. Le distributeur de journaux et publication en tous genres. Dans le smoothie ??! En fait, les doux jus de fruits portent le nom de magazines, de librairies ou de maisons d’éditions.

Ma curiosité endolorie s’en trouve d’un coup d’un seul ragaillardie, et me fait poser cette question somme toutes, cruciale : qui sont six les heureux élus qui se sont transformés en marque de smoothies ? Au loin, un roulement de tambour se fait entendre dans le Salon :

Smoothie « Eyrolles » : avocat, granny, banane, citron vert.

Smoothie « GQ » : fraise, thé vert, orange, banane.

Smoothie « Les Humanoïdes Associés » : goyave, ananas, citron vert, lait de coco.

Smoothie « Osez » : ananas, lait de coco, gingembre, citronnelle.

Smoothie « L’express » : mûre, framboise, fraise, pomme.

Smoothie « L’épervier » : passion, ananas, menthe, carotte.

Remarquez comme les parfums choisis reflètent bien la ligne éditoriale de chacun. Ne serait-ce que GQ… La fraise du désir provoqué par l’Homme-le-vrai + le thé vert, de la sérénité de l’Homme-le-vrai + l’orange du dynamisme de l’Homme-le-vrai + la banane de vous-savez-quoi.

Mon sang et ma créativité ne font qu’un tour. Pourquoi n’y avions nous point pensé avant ? Au lieu de chercher à parler de musique, de littérature, de culture et d’autres conneries dans le genre : CREONS UN SMOOTHIE GONZAI !

Je me dirige vers le commercial de Relay, tout jouasse de la réussite de ses produits et lui propose le deal d’un jus arborant fièrement nos couleurs. Sa réponse est claire et sans équivoque : « Un smoothie Gonzaï ? Je dis Banco ! Putain, j’adore ce que vous faites….fidèle internaute de la première heure…..Bester Langs….. quel grand homme…. je laisse toujours des commentaires…je signe sous le nom de SmoothieMan…Tope-là …». L’homme me claque dans la main puis m’emmène dans les dédales du salon, pour me faire rentrer dans un bureau étriqué et me présente une liasse de contrats. Sans même parcourir les prérogatives administratives, je signe sans hésiter. Pas de temps à perdre, l’occasion est trop bonne. Je file directement chez l’épicier arabe du coin, chercher les ingrédients nécessaires. L’alchimie est simple : Gonzaï = passion + humour + singularité + détail. Recette correspondante : fruit de la passion + patate + pastèque + graines de sésame. Je reviens avec sur le dos, un sac chargé de provisions… De quoi ravitailler le Salon entier pour deux jours. Mixée par la serveuse monofaciale, la composition est un véritable régal. Rapidement, le bruit court qu’à la porte de Versailles, on peut trouve le meilleur smoothie de la planète. La file d’attente devant le stand s’allonge et parvient à couvrir le hall dans toute sa longueur. Les cagoles des Inrock’s se crêpent même le chignon pour avoir leur rasade d’élixir miracle.

Débarque alors un éditeur de manga qui possède des parts dans une importante société agroalimentaire japonaise, il me propose de me racheter la recette. Gonzaï devient une franchise générant des millions d’euros en quelques jours. Enfin la réussite. Adieu la culture, l’information, et le défrichage ! Et tant qu’on a à boire…

 

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25 commentaires

  1. Effectivement, je ne suis pas du genre à rire. Moi j’aime les chiffres, les décimales de préférence, et les étiquettes bien collées.

  2. Ah ces gens du midi avec leur trip des étiquettes bien collées: je me reconnais bien là. Par contre dans le sud-est, on est plus pourcentages et chaussettes bien repassées. L’influence italienne sans doute…

  3. Non mais vas y, toi, traite moi d’espagnol tant que tu y es !
    Est ce que j’ai une tête de trans-pyrénéen moi, espèce de transalpin.

    Vile 83. Non mais.

    Bon. Dis, il t’en reste de ton smoothie banane vodka ?

  4. Non monsieur. On a tout écoulé monsieur…. Repassez demain, c’est le jour de la nouvelle recette “marine” : algue + palourde + plancton + sable du 83…
    Et je ne suis pas transalpin monsieur (tu as touché le point sensible)…
    We can be Hérault……..

  5. Dis donc mais tu commences à me concurrencer sur le nombre de commentaires. Pour cette raison, et parce que je ne t’aime pas, tu es (encore) viré.

  6. Ah, tu parles ! Je te connais, va ! La vodka, en général, avec ou sans smoothie, c’est moi qui la boit et toi qui regarde en te marrant le triste résultat ! Retourne à ton jus de patate-pastèque…

  7. Désolé, mais moi je bois pas de la vodkaka ma petite… mais les alcools des sages:
    la bière et le vin…
    Oui, des sages! Et les sages, même torchés, restent debout à la fin de la soirée…eux.
    (putain, ces commentaires commencent à ressembler à ceux d’un skyblog…)

  8. Non non tu ne fais pas assez de fautes par mot pour que ça ressemble à un skyblog… Et puis il faut écrire en rose clignotant avec des smileys.
    En outre ça fait longtemps que ces commentaires versent dans la digression la plus pure si tu veux mon avis.
    Mais c’est peut-être parce que nous buvons tes paroles… (Tu vois, là, sur un skyblog, je devrais ajouter un “lol” fluo. Et tu me répondrais par un gros “mdr”…)

  9. Du moment qu’on étale sa vie sur la place publique, on fait partie du trip “skyblog”…
    A ce titre, je me permets cette réflexion philosophique: nous sommes tous le skyblog d’un autre…

  10. Salut Clémentine,

    Bien bien l’article, j’ai hâte de goûter à ton jus de Gonzaï
    En ce qui concerne le stand livres numériques, moi je connais des gens qui m’ont fait savoir qu’ y avait un pôle “lecture de demain” avec tous les appareils exposés sous cloche et oui oui, comme du fromage. Bizarre que ça ne t’ai pas attiré l’oeil ça.
    Bibiz

  11. Miss, tout à fait d’accord, je l’avais remarqué pour tout te dire. En fait, cette description d’appareils sous cloches était présente dans une version préalable de l’article. Mais faut bien faire des choix, le fameux angle, mais de ces questions-là, je ne t’apprends rien…
    Et puis, je ne sais pas comment fabriquer le fromage Gonzaï…

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