J'avais des tas de choses à raconter sur les Nuits Botanique. Mais depuis que le festival s'est terminé, j'ai l'impression de faire face à un flou aussi dense que la programmat

J’avais des tas de choses à raconter sur les Nuits Botanique. Mais depuis que le festival s’est terminé, j’ai l’impression de faire face à un flou aussi dense que la programmation. Pas au point de faire l’inventaire du stock de souvenirs parce que je ne tiens pas les comptes, mais je sens souvent l’épée de la dysmnésie prête à tomber. Parfois, elle tâte le terrain, s’enfonce un peu pour me rappeler de ne pas trop faire le malin, là. Mais quand bien même il m’arrive d’avoir du mal à démêler tout ça, il reste toujours quelque chose à raconter.

Le festival étant terminé depuis maintenant un mois, je vous éviterai un compte rendu détaillé. Primo parce que j’en suis bien incapable. Deuxio parce qu’il y en aura déjà bien assez comme ça d’ici quelques semaines. La sacro-sainte période des festivals donne toujours lieu à une flopée de comptes-rendus tous plus ronflant les uns que les autres. Peut être aurais-je dû faire comme quelques uns lors de ces Nuits, m’acheter un carnet et gribouiller assis péniblement en face de paires de fesses pour mieux rendre compte de l’évènement. Et vous la faire façon chronologique, jour un / jour deux etc. fin et retour à la maison. Pour tout ça, je repasserai. Voilà un mois que je suis sorti des Nuits Botanique pour être occupé à autre chose qui ne vaut la peine d’être raconté ici. Voilà ce dont je me souviens du festival. Mes Nuits Botanique, ce que vous n’avez peut-être pas vus, à la manière de n’importe quel fait divers qui se serait tassé pendant un mois pour ressortir de la manière suivante.

Les Nuits Botanique ratissent larges mais ne rasent pas forcément gratis.

Par chance, il était possible de louper Sammy Winston ou Charlie Decoster. Non pas en restant chez soi (c’est naze), mais en allant voir autre chose. En achetant un billet pour un autre concert. Ou tout simplement en allant dépenser au bar, accessible sans ticket. Là-bas, le spectacle était à la hauteur de son prix. Un éclopé saoul à béquille et moustache qui disait en parlant de Blondie, je cite, que « ça c’est de la musique » et « qu’on a tous une part d’artiste ». Je vous passe les dix minutes passées à l’écouter me raconter ses conneries parce que par malchance j’avais croisé son regard, ça m’a coûté une cigarette. Je le reverrai quelques jours plus tard pour la même chose. Même avec la meilleure volonté, j’ai réussi à louper pas mal de concerts. Parce qu’il faut bien faire des choix, surtout lorsque les quatre salles sont ouvertes en même temps et que la tentation est grande de profiter de son ticket au maximum.

– Tu vas voir Art Brut ?

– Peux pas, je dois rencontrer Phantom Band.


– Alors tu vas les louper, le timing est serré.

La vérité, c’est que Phantom Band, j’allais encore les attendre un moment. Ca devait faire depuis 17h que j’étais dehors. Je me laissais dorer au soleil. Art Brut, je les ai vus de la porte, quelques minutes. J’avais déjà croisé Eddie Argos toute l’après midi avec sa fiancée (en anglais dans le texte, ndlr) dans les couloirs, à se donner la main comme n’importe quel couple qui trainait par là. J’avais pas envie de le voir bouger son ventre laiteux sur une scène. Et puis il était là aussi, juste devant, au concert des horribles Brakes. Au final, je l’ai sûrement vu autant que la durée du concert, sans avoir à l’écouter. J’étais gagnant pour le coup. J’en étais moins sûr en rentrant puisque j’ai cherché après Bang Bang Rock’n Roll que j’avais dû acheter à la Fnac quand c’était sorti. La peur d’avoir loupé quelque chose, je suppose. J’avais oublié le fait de désormais faire comme tout le monde, écouter de la musique sur mon laptop. Tabula rasa, surtout après trois déménagements en un an et demi et ne pas avoir de place pour s’acheter des meubles. J’ai réécouté le seul album que je connaissais sur Deezer en désaoulant.

J’avais sûrement trouvé la pochette cool et on avait du me dire « le mec est moche, a pas de charisme mais il s’en fout c’est ça qu’on aime ». Zéro musique. L’impression d’écouter Ian Dury avec un groupe de médiocre et beaucoup moins d’humour. Au moins si Argos avait la polio, ça le rendrait plus touchant.  J’avais bien fait. Et surtout, il fallait bien que je trouve un moyen de trouver The Phantom Band alors qu’il aurait suffit que le tour manager m’appelle pour me dire « Hello, l’interview maintenant, ça te va ? ». Qu’il soit réglo et tienne ses promesses. Ceux-là semblaient préférer rester à discuter autour de la table de merch, ça avait été plus simple que je le pensais. Sauf qu’ils devaient repartir rapidement. Même si l’interview fut une sorte de discussion de comptoir minable sur le coin d’une table en cinq minutes, ça ne me semble pas aujourd’hui aussi décevant que d’être allé voir The Asteroids Galaxy Tour. Pour être franc je ne m’attendais pas à grand-chose, mais pas à ce point non plus. Preuve que les sixties sont bien loin, avoir un physique ne suffit plus. On dirait Duffy à l’hélium à six ans et demi dans le meilleur des cas. J’ai quitté les lieux peu après, j’avais eu ma dose. Si ceux là étaient dans l’armée des mauvais, ils seraient officiers. J’aurais aimé aller voir The Baddies qui avaient l’air drôle, mais je ne sais plus très bien pourquoi je n’y suis pas allé.

Par contre si je suis sûr d’être allé quelques part, c’est au concert de Poni Hoax au Recyclart pour ce que les organisateurs nomment une « after Nuits Bota ». Arriver sur scène et dire « salut on est Poni Hoax les champions du monde de la pédérastie », j’avais trouvé que c’était une bonne manière de s’introduire, surtout en Belgique. Mais pas autant que les Crack Attacks qui étaient passé juste avant. Le groupe à lui seul était une démonstration paroxystique de force de la connerie et du mauvais goût. A défaut de mon trou du cul, là où est leur place à ces sagouins, c’est mon conduit auditif qu’ils ont violemment attaqué. Et il me semble que c’est ce soir là où j’ai eu la meilleure surprise des Nuits Botanique, à moins que ce soit la veille. John & Jehn suivis de Joe Giddeon & The Shark. Je trouve qu’on ne parle pas assez de Joe Giddeon & The Shark, qui malgré son nom n’a rien à voir avec un combo rockab’. Uncut et Mojo l’ont fait, louant ce groupe comme la révélation de l’année. Celle dont on parle entre deux pissotières d’un club ou au vestiaire en essayant de récupérer sa veste, juste avant d’aller chopper le premier taxi sans se rappeler avec qui on en a parlé, trop occupé à ne pas vomir sur les sièges en cuir de la Merco. La vérité, c’est qu’ils ne sortiront probablement jamais de ces clubs ou des festivals. Parce que cela leur va trop bien. Un requin déguisé en panthère qui joue de la batterie avec son frère à la guitare, ceux là sont tellement en dessous des normes techniques avec leur bricolage qu’ils en deviennent géniaux.

A ces Nuits Botanique, j’ai essayé la musique fast-food, la musique slow-food, et je me suis acheté de nouvelles oreilles avec Joe Giddeon & The Shark. Propres. Vierges. Ma mémoire est trop vicieuse pour m’aventurer à aller plus loin. Au risque d’égratigner les meilleurs, ceux qui ont fait de ce festival quelque chose de valable à mes yeux en plus de ceux sus-cités : Grails, Woven Hand, Major Deluxe et K-Branding le couteau planté dans le dos pour y voir plus clair. Pour quelques un de ceux là, il y a sur ce site des interviews. Le pire serait bien sûr d’enjoliver le reste, à la manière de n’importe quel fait divers.

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