Nouvel An Belge, troisième édition. A l'heure ou Israël simule une attaque au missile sur son territoire, les belges, eux, simulent un réveillon dans tous les lieux phares de Paris,

Nouvel An Belge, troisième édition. A l’heure ou Israël simule une attaque au missile sur son territoire, les belges, eux, simulent un réveillon dans tous les lieux phares de Paris, en plein mois de mai. A chacun sa croix…

Deux pintes. Il est 18 heures quai de Valmy. Assis à la terrasse du Point Ephémère, je ne peux m’empêcher de tendre l’oreille aux discussions vaporeuses de cette populace bigrement attifée:

– French people say sac-à-foutreuh.
– And what is sac-à-foutreuh?
– Sac-à-foutreuh is like… Euh… Spermpocket…

La suave mélodie de ces accents à couper au couteau se mélant au cliquetis des verres sur le zinc annonce assez bien la couleur de la soirée. Un bref arrêt sur le stand d’Alec de Busschère et son « casting pour générique » me plonge dans de funestes réflexions concernant la douce agonie de l’art contemporain. Alors que le temps passe, le scepticisme – quant à ce qu’annoncait le pressbook – commence à prendre le dessus et ce malgré la bonne humeur ambiante. « Ici la fête est un prétexte à présenter une programmation culturelle pointue, l’inverse d’un vernissage où la culture est souvent un prétexte à picoler ». Pas besoin d’être un génie pour comprendre que la majorité du petit peuple ici réunie est venue profiter de la bière plutôt que du spectacle. Mes soupçons se confirment alors qu’un membre du staff annonce le début des hostilités sans que personne ne lève son cul bien vissé au bord du canal Saint Martin. Dommage? Non. On est venus en famille, entre potes (entre belges quoi) et la présence de cette communauté moules-frites vidant pinte sur pinte dans les derniers rayons du jour montre bien que la partie est loin d’être perdue.

Trifouillant dans mon verre à la recherche d’une goutte de rhum sous les glaçons, je me dirige vers la salle de concert. PUTAINDEBORDELDEMERDE achèvent leur soundcheck et démarrent une lecture expérimentale pendant laquelle on a l’impression de s’écouter réfléchir complètement défoncé. Charmant. La gorge sèche, langue pendante, je me laisse porter par cette contre-poésie pendant un certain temps avant de reprendre le chemin du bar. Une impression de déjà vu. Au milieu de la foule, clochards et fleuristes ambulants tentent de refourguer leur camelote. Je pense à la caravane qui passe et à tous ces chiens qui aboient. Merci à eux. Dans le canal, l’eau continue de dormir et un crieur public, annoncant la suite des concerts, me sort de ma torpeur: The Flying Horseman prennent le micro « avant que ça se barre en couille ». Sur scène ça bucheronne sec, même si la fosse (sceptique) se tient au garde à vous. Peut être est-il encore trop tôt. En tout cas cette mixture, ancrée entre Liège et Woodstock, mérite un sérieux coup de chapeau. Premier coup de coeur de la semaine. Quelques mètres plus haut, dans le studio de danse, un foetus humain se jette sur les murs blancs. Rien à ajouter. L’art contemporain, quand ça vous fait pas rire, faut mieux fermer sa gueule. J’assiste au début du concert de David Chazam (sorte de Borat chantant l’amour sur une électro on ne peut plus minimaliste) avant de prendre mes jambes à mon cou.

Jour deux, Flêche d’or.

En retard tout le temps, comme un putain de lapin blanc, j’arrive en fin de set du Piano Club et mises à part les quelques claudettes du premier rang, tout porte à croire que la flèche dort. Comme la veille, on boit des coups en terrasse sauf que ce soir les groupes peinent à s’enchainer. Assis au dessus des rails désaffectés, j’observe le chanteur d‘Applause. Son jeu de scène me rappelle un Bertrand Cantat bouffé par les hémorroides. La soirée va être longue. N’ayant aucune idée de la suite du programme et espérant une relève digne de ce nom, je me jure d’essayer de tenir jusqu’à la fin. Plusieurs passages au bar et aux toilettes suffisent à faire passer le temps avant que Stijn ne monte sur scène devant une bonne demi douzaine d’admirateurs en délire. Là, c’est le paroxisme. Torse épilé, tétons aux vents, tout fier derrière sa montagne de boites à rythmes et de claviers clignotants comme des sapins de noël, le grand Stijn envoie ses gros beat synthétiques. Le mot Karaoke semble avoir été inventé pour lui et c’est seulement après le battle de danse, le tube des années 80 et la blague du vrai/faux rappel que la soirée prend fin. La boucle est bouclée. Merci, Bonsoir.

Le lendemain, je crains le pire en descendant les marches de la Boule Noire.

Dans la salle, ils sont une dizaine debouts, triste mycose vieillissante au fond d’une cave à champignons. Sur scène, c’est une version édulcorée des Flying Horseman (voir plus haut) qui se produit sous pseudonyme (Blackie & the Oohoos). Peu importe, les shooters de vodka ingurgités quelques minutes plus tôt m’ont rendu indulgent. Bien décidé à ne pas faire le difficile, je me laisse séduire par ces douces voix féminines et par la guitare slide. Damné péché mignon que le frottement du bottleneck sur les cordes en acier. L’age moyen des truffes évoquées plus haut doublé de toutes ces ballades dans lesquelles il ne manque que le craquement du vynil contre le diamant me laissent plutôt dubitatif. Perso, les histoires bancales de bonnes femmes qui foutent le camp, ça me fout même plus le cafard.
Nous assistons devant la salle au débarquement de l’équipe de foot de Côte d’Ivoire, avant que les Dez Mona n’envoient leurs tangos débridés. Apparemment, ces derniers étaient attendus et je comprends vite pourquoi. Les baguettes du batteur rétrécissent à vue d’oeil alors que la voix du chanteur ne cesse de s’enrailler. Pourtant la machine continue de cracher, tout en nuances et en esthétisme. Cette athmosphère hésitante entre maison close et boui boui irlandais, me rappelle Jack The Ripper. Dernière chanson, la salle retient son souffle, les murs tremblent. Courte apothéose avant que la lumière ne se rallume. Un peu plus tard, dans le métro, au beau milieu d’une tribu de mini-shorts, je pense à toute la cellulite qui, un beau jour, couvrira ces jolies jambes. Que leur restera-t-il à ces donzelles quand le temps aura fait son oeuvre? Peu importe, un best of de Dylan, une bouteille d’herbe de bison, je jette l’éponge sur mon clavier.

« Ce soir c’est la grosse soirée » m’annonce la fille qui gère la liste des invités à l’entrée de l’Elysée Montmartre. Qui vivra verra. A peine le temps de vider une pinte et ce sont des anglais, pardon des belges qui font bafouiller les enceintes. Balthazar. Enchanté. Manoeuvre et sa bande seraient contents, c’est la loi de l’éternel provisoire. Pas vraiment du miel que ces jeunes gens nous versent dans les oreilles, mais autant taper du pied, faute de mieux. Si j’ai compris quelque chose lors de ces derniers soirs passés à faire le tour des salles parisiennes, c’est que chaque « place to be » possède son alcool de prédilection. Ce dernier permet de se saouler gentiment sans pour autant dorer les couilles de son banquier. Ce soir ce sera Ricard, appelez-moi José. José s’offre donc une courte pause nicotine avant de jeter un oeil à la prestation de Soldout. Son passe photo lui permet de prendre quelques clichés ratés (d’un autre cliché raté) alors qu’à ses pieds, la marée monte. La flaque de bière, ennemie publique numéro un de tous les sols cirés, commence à prendre des proportions plus qu’inquiétantes. Qui s’en soucie vraiment? Pas lui en tout cas. Les effets du petit jaune, sur son corps de petit jeune, l’ont rendu indifférent face à ce genre de problèmes. Le ton monte. José fait l’amour à la musique. Dans la fosse, les coups de bass(ins) s’accélèrent. Il ignore encore que l’orgasme attendra. Quand il sort prendre l’air, il pense savourer sa cigarette après l’amour. Sombre con.

En passant les portes une heure plus tôt, un gros dégeulasse, transpirant par tous les pores de sa mauvaise peau son job dans l’évènementiel et l’organisation de soirées à la mords-moi-le-noeud, me tendait un boîtier en plastique. Saisissant poliment ce que je prenais pour une compile de plus, coup de pub de la part de je-ne-sais-quel-label-de-mes-couilles, je ne me doutais pas que cette merde en boîte serait en réalité mon troisième coup de coeur de la semaine. Disko Drunkhards. Ils entrent en scène déguisés comme des fions un lendemain de cuite. Le guitariste, tentant tant bien que mal de faire marcher son matèriel aussi défectueux qu’il se doit, ressemble au Frusciante dans ses meilleures années, défoncé jusqu’à la moelle. Du George Clinton en barre. Une autre cigarette sous la pluie et j’assiste à ce qu’on peut appeler, dans notre langage journalistique, un scoop. Le gémissement des pneus sur l’asphalte, le choc. Un pauvre type pour qui la soirée est finie vient de se faire défoncer par une twingo à quelques mètres à peine du coin fumeur. Les pompiers débarquent, immatriculés S.A.V. Je ris jaune (pastis oblige).

Il doit être trois heures. L’heure du décompte. 5, 4, 3, 2, 1… Confettis, serpentins, chapeaux pointus. On s’y croirait presque… Soudain, l’ancienne salle de boxe se retrouve plongée dans le noir. On prend tous un knock out quand The Subs entrent en scène. Caméra dans une main, microphone dans l’autre; le visage masqué s’affiche sur l’écran géant. C’est de la dynamite, du très lourd. Un son hors normes, entre Angerfist et Infected Mushroom. On est tous montés sur ressorts et la bière sur le sol me colle tant aux basques que je déchausse et me retrouve en chaussettes au beau milieu d’une fosse en ébullition. Les apéros géants, c’est de la limonade à coté de ce qui se passe. Le bassiste des Disko Drunkhards git allongé sur scène, trop bourré pour aligner trois mots alors qu’on lui tend le micro. Quand tout s’arrète je suis à moitié sourd, mais putain que c’était bon.

On m’avait pas baisé comme ça depuis l’école primaire…

Le lendemain, terrible torticolis. Un dimanche pour récupérer avant la soirée de « précloture » à la java. Ca pue le plan foireux. Les « artistes » défilent un à un, récitant leur texte tapé à Wordpad sans même un pupitre. Fuck Off. La fête est finie. Avant qu’il ne fasse nuit, je quitte l’endroit avec le sentiment d’un travail vite fait mal fait. Je saute dans le premier train, direction la campagne et achève ce papier, allongé dans l’herbe, un Ti Punch à la main, le jour se lève enfin et il fait terriblement froid. Tout ce que je retiendrai de ces derniers jours est enregistré au format brouillon quelque part sur mon disque dur. Nom de code « Nouvel An Belge 1.0, 1.1, 1.2 » et ainsi de suite. Autant le dire, je reviendrai l’année prochaine.

Si l’on n’est plus que mille, eh bien, j’en suis ! Si même
Ils ne sont plus que cent, je brave encore Sylla ;
S’il en demeure dix, je serai le dixième ;
Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là !

http://www.nouvelanbelge.com/

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