Des visages défripés au fer à (t)repasser, des come-back qu’on attendait plus parce qu’on les espérait tous noyés dans le triangle des Bermudes, des morts revigorés par le fond des bourses en argent, qui sont ces groupes dont tout le monde parlera en septembre mais que plus personne n’écoute ? Musique désincarnée, une série périssable et subjective qui donne les 10 mauvaises raisons pour appuyer sur la touche STOP, parce que c’est pas le manque d’idées qui empêchent les marchands du temple de sortir des albums qui sentent le sable.

Aujourd’hui, un coup de pied global à la quasi-totalité des grosses sorties de la rentrée, parce qu’à force de parler statistiques, tableurs Excel, piratage et déclin de l’industrie musicale, on oublie bien trop souvent qu’un pétard enfoncé dans le rectum d’une dinde, ça donne forcément un beau feu d’artifice pour les aveugles. Et mon culte, c’est du poulet? Revue des troupes en dix leçons, la rentrée des majors qu’on se le dise, sera réchauffée ou ne sera pas. 1, 2, 3, à vos déambulateurs… Rampez!

1. Le plus tragicomique: Joe Dassin »Les grands moments TV », sortie imminente dans toutes les grandes surfaces. Variantes envisageables: Michel Petrucciani « Les plus beaux sauts à l’élastique », Charlie Watts & Bill Wyman « Nos dix blagues de cul les plus drôles » ou Charly Oleg « Reprend Jimmy Smith d’une seule main ». Nan, franchement, même en forçant sur les substances hallucinogènes, les grands moments TV de Joe Dassin c’est pas possible. Dans la même catégorie, gros retour de Chantal Goya sur un nouvel album, « Le château hanté ». Coco Lapin aurait-il forniqué avec Nosferatu? Suspense…

2. Le plus injuste: oublié de son vivant par sa propre maison de disques, Jacno est à l’honneur en position horizontale. Un « nouvel » album pour Elli & Jacno (« Tout va sauter »), un autre pour les Stinky Toys (« L’album jaune ») et pour la part des anges, un tribute prévu pour novembre. Dieu merci, Jacno peut désormais fumer toutes les clopes du monde, l’ingratitude du milieu français est un grand cendrier qui jamais ne se vide. Tonneau des (da)danaïdes.

3. Le plus rentable: La grande mode de la rentrée 2010, c’est le coffret collector1. Le « Bitches Brew » de Miles rempli jusqu’à la gueule (2 Cds, 2 vinyles, un DVD, la reproduction d’une correspondance entre Davis et Teo Macero), le « Station to Station » de Bowie avec un ticket de concert reprographié pour les trop jeunes, un coffret « mono » pour Dylan, un autre chargé avec des versions de travail inédites – dire qu’un Dylan original est déjà dur à s’enfiler en l’état, putain mais qu’attendre d’un brouillon? Ma théorie sur les coffrets collector: rajouter deux portes à un coupé, c’est comme lifter une retraitée, contraire à la nature. Aussi vrai que dieu a donné des seins à Amanda Lear, falsifier des goldies s’apparente à de la manipulation génétique à 150 euros la maldonne. Don’t mess with originals.

4. Le plus vide nécro-mercantile: « Hey Robert, est-ce qu’on a encore du Johnny Cash au freezer? Y’a encore des gamins qui ont soif » « Nan Robert, désolé mon vieux. Avec le American VI j’ai liquidé le fond de la bouteille. T’as qu’à couper la dope avec du Monsieur Propre, ces trous du cul feront pas la différence! ». Conclusion, un Johnny Cash «  American Best-of », pour ceux qui auraient raté les dix dernières années de l’homme en noir mais en auraient tout de même assez su pour comprendre que Rick Rubin était un génie Pourcentage de réussite du cocktail: 5%. Pour les maniaques et les prisonniers, les deux peut-être.

5. Le « tellement siphonné que ça ne choque plus personne »: Trois rééditions pour Hendrix, dont deux sorties en CD voilà même pas quinze ans (« Blues », « BBC Sessions ») et un « Expérience Boxset ». Pari alternatif: David Guetta et une mixtape « Voodoo Child », Mathieu Chedid pour un pseudo tribute à son idole noire. Ne riez pas, je suis certain que ça marcherait.

6. Le plus prétentieux: « Johnny Halliday, Boxset singles ». A venir dans la foulée, pour sûr: Johnny Halliday live at Sausset-les-Pins » et « Johnny unplugged at Los Angeles (Hospital) ». A ce stade, ne reste plus qu’à prier pour que la prophétie des incas se vérifie, la fin du monde en 2012, courage.

7. Le plus nevermind the business: The Clash, « Sandinista 30th birthday ». A la réflexion, Joe Strummer, c’est sûr, n’avait pas tout dit sur les 36 titres de la version d’époque, nan, bien évidemment, les Directeurs Artistiques de l’époque avaient oublié de rajouter les jingles et le générique de fin. Que peut-on bien rajouter face à telle oeuvre d’origine, franchement? Le testament de Joe Strummer, les notes de frais du restaurant, une reproduction des enregistrements téléphoniques de la police anglaise?

8. Le plus psyché-narcotique: exception du tableau gériatrique, Charlotte Gainsbourg n’est pas vraiment vieille, elle n’est pas vraiment chanteuse non plus, remarquez. Annoncé pour novembre, « Charlotte Gainsbourg Live » devrait foutre une trempe à tous les autistes de France et de Navarre. Un disque également recommandé par l’association française des épileptiques: la musique adoucit les moeurs, Charlotte sucre les fraises.

9. Le plus dead or alive: alors que Phil Collins placarde de grandes étiquettes sur son tout petit nouvel album (« Going back »), Mickael Jackson semble n’être jamais vraiment parti. Son nouvel album (?!) prévu pour la fin d’année (Noël, ses sapins, ses graphiques marketing, etc) permet à Bambi de moonwalker même sur la mort. Il fut un temps où Jackson avait peur de finir comme Elvis, désormais il est lui aussi condamné à hanter les têtes de gondoles. Le roi est mort, vive le roi.

10. Le plus perdreau de l’année: pour les vieilles, le greatest tristes de Barbra Streisand. Pour les plus jeunes, un nouvel album pour Britney Spears en décembre, une chanteuse déjà cliniquement morte mais maintenue en vie par une armée de producteurs chirurgiens. Sur le même registre: un nouvel album pour Clapton, slow hand, slow body. Une mort lente, qui plus est.

Face à la « révolution » créatrice de cette rentrée au formol, je vous aurai bien donné rendez-vous place de la Bastille pour brûler ensemble ces mausolées soniques; hélas, la FNAC Musique y est fermée depuis peu. Reste un rond-point central qu’on renommera pour l’occasion « music business » à l’image de ces grabataires qui tournoient sur leur chaises en quête d’un sursis. En septembre, casses tes membres.

1http://www.lemonde.fr/culture/article/2010/09/03/le-coffret-cd-d-automne-tendance-de-la-rentree-2010_1406341_3246.html

5 commentaires

  1. bien bien, bon bon même.

    mais si j’peux m’permettre…

    ah j’peux pas? ok…

    mais bordel, bah ouais que j’me permets! qu’ais-je d’autre à foutre…

    p’tite faute : c’est pas les incas…

    salam

  2. On peut tout se permettre ici, même de corriger les fautes quand il y en a! (il y en a souvent? Ah, ok ok..). Je ne comprends pas le truc sur les incas par contre.

  3. ah j’vais pouvoir me complaire dans l’assouvissement de cette propension vicieuse, qui me régit me brûle mais me nourrit, à savoir pointer les manques d’érudition de la fange crasseuse qui m’entoure.

    un p’tit truc alors, pour retenir :

    inca, titicaca

    maya, hem… pas titicaca. rhum, mescal, ou tequila. et accessoirement, calendrier solaire qui pointerait la fin de nos, de mes! réjouissances. (bordel.)

    ça y est, je bande. (en toute retenue; je vous l’dois bien)

    salam, mahalo

  4. Allons, allons Bester, quelle mauvaise foi… la rentrée des majors ce sont aussi des nouveautés indés distribuées gratuitement par mp3 aux médias du ouèbe pour qu’ils en chroniquent un maximum en moins de 24h dans l’espoir que la Fnac en écoule le plus possible en prix vert à 15,99 euros le dernier disque de lo-fi bricolé par Baptiste, mon cousin de 9 ans.

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