Si les américains ont largement squatté les petits écrans européens cette saison avec leurs mastodontes (Lost, Dexter, Desperate Housewifes, Flashforward, Heroes…), le Royaume-Uni a résisté à la déferlante avec une petite série ambitieuse et sans bling-bling : Misfits. Attention, spoilers.

Dans une banlieue miteuse non identifiée, no man’s land borné par une rivière et des tours, cinq post-ados, vêtus d’une combinaison orange top tendance Guantanamo, glandent. Ils ont écopé d’une peine de travaux d’intérêt général. Simon, le pyromane introverti, fait bande à part. Alisha, qui n’a pas choisi entre boire ou conduire, chauffe la bande de son physique outrageusement avantageux. Curtis, petit consommateur de cocaïne, est passé à côté de sa carrière de sportif de haut niveau. Kelly, la bagarreuse virile, traîne nonchalamment ses baskets et son accent écossais. Et Nathan, le voleur de bonbons, orchestre le groupe entre insolence, cynisme et sarcasme. Après trois minutes de bavardage à base de « fuck », un orage surnaturel éclate. Le premier épisode délaisse alors le ton très « Skin » pour s’aventurer là où on ne l’attendait pas : du côté d’« Heroes ».

Kelly entend les pensées (même celles de son pitbull obsédé sexuel), Curtis rembobine le temps, Simon devient invisible, Alisha exerce un colossal pouvoir charnel qui rend fou et Nathan…n’a aucun pouvoir apparent. Avec leurs nouvelles compétences, qu’ils ne maîtrisent pas, la joyeuse troupe va devoir slalomer entre les problèmes. Leur agent de probation, devenu ultra violent, veut les dézinguer à coups de hache, un gang de culs-bénits tente de les transformer en adolescents parfaits, Curtis essaie de changer son passé mais les versions ultérieures ne le satisfont jamais…

Réalisé avec un budget qui ne suffirait pas à mettre en boîte un huis clos de Lost, Misfits relève le défi de la fauche avec panache et intelligence.

Quelques lieux de tournage (le centre d’aide sociale où ils officient et la boîte de nuit glauque dans laquelle ils traînent), une bande son tonitruante (Daft Punk, Prodigy, Kraftwerk…), un scénar’ malin (le quatrième épisode, succession de flashbacks, scotche littéralement), voilà qui suffit à faire de cette série la découverte de l’année. Les dialogues y sont brut de décoffrage, le sexe explicite, scabreux et sans complexe. En gros, c’est Heroes sans le politiquement correct. Dans Misfits, les super-héros fument, picolent, baisent (ou se branlent). Pas franchement représentatifs de la classe héroïque irréprochable (Superman, X Men, les quatre fantastiques…), les anglais ressemblent davantage à ces dieux grecs, qui bardés de pouvoirs, se bourreraient de nectar et d’ambroisie en glandant dans l’Olympe. Alors qu’outre-Atlantique, le pouvoir est synonyme d’altruisme (le syndrome du sauveur), en terre britannique, les ados demeurent des ados, plus préoccupés par leur nombril que par le destin du monde.

Contre-exemple absolu des séries à base de « Save the cheerleader, Save the world », Misfits regarde évoluer ses personnages sans les rendre symboliques ou édifiants. Une bouffée de spontanéité bien troussée en six épisodes, à consommer dans les plus brefs délais.

4 commentaires

  1. Marrant jviens juste de finir cette série.
    J’ai pas trouvé ça franchement révolutionnaire, on sent de bonnes idées mais tout est vraiment mal exploité. La réalisation est vachement  »kikoo j’ai vu 28 jour plus tard », et tout le reste ressemble a du sous-skins fantastique, c’est dire le niveau…

    Je sait plus quoi regarder comme série en ce moment, des idées?

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