Nous étions beaux, nous étions superbes, la jeunesse dans un poing, la richesse dans l'autre. Nous avions des mini Austin garées le long d'avenues droites, des complets-bermuda

Nous étions beaux, nous étions superbes, la jeunesse dans un poing, la richesse dans l’autre. Nous avions des mini Austin garées le long d’avenues droites, des complets-bermudas coupés au cordeau, des robes légères sur des corps bronzés, des manucures nacrées comme du champagne.

Ce soir-là au Baron, club élitiste plus que d’élite, pour l’unique représentation en France d’un groupe new-yorkais Matt & Kim. Bien sûr, il est aussi facile de taper sur le Baron que de se taper le cul de la duchesse, trop facile de cracher sur un public qui n’en est pas un, trop facile de râler que ce groupe mérite évidemment bien mieux. J’ai fait le déplacement et je n’ai qu’une envie: me souvenir de Matt, de Kim, de la batterie de Kim, du sourire de Kim. Rien à foutre du Baron ? On est d’accord.

Formé depuis 2004 (ou 2005 selon la police) d’une batterie (Kim) et d’un clavier (Matt), ces deux-là s’aiment, nous aiment et aiment leur musique. Une musique énergique et fraîche, d’aucuns (et aucun Bester même) diraient légère. Okay légère pourquoi pas. Mais pas délétère. Des rythmes saccadés et punchy (Yea yeah ou encore Lessons learned), un rythme dansant qui fait lorgner le punk du côté de la pop énervée (Daylight). Chapeau aux chéris qui ont tenté par leur humour (et les quelques canettes de Red Bull les ont bien fait golri’ aussi), leur vitalité joyeuse, de faire bouger les quinze clampins que nous étions.

Ce soir-là, Matt and Kim m’ont fait oublier les gueules compassées sur les banquettes cramoisies, les avenues éloignées et froides, l’histoire collée aux fesses de quelques beaux hôtel particuliers, pas très loin d’une flamme qui brûle connement et éternellement, flanquée de bouquets fanés à la mémoire de barbie princesse. Ce vieux monde imbu de lui-même et qui fait dire à Cioran que « si les Français ne se dégoûtaient pas eux-mêmes, ils mériteraient le mépris ». Ce serait alors trop facile aussi de se dire que ce petit groupe new-yorkais symbolise pleinement la vague de joie post Obama qui nous fait peut-être doucement rigoler, l’ère du doute est encore là amis. Trop facile de parler du beau temps après la pluie Giuliani, sourire ultra bright sur l’herbe verte de Central Park. Et même si c’est un peu vrai , je préfère les voir comme le versant lumineux d’un Mr Quintron & Miss Pussycat, d’une Amérique heureuse mais pas dupe. Et puis merde. Il y a certains matins, certains petits matins, je n’ai pas envie de ricaner, de rigoler doucement, de refaire le monde ou à défaut la terrasse de café, j’ai juste envie d’écouter Matt & Kim.

Photos: Gaelle Riou-Kerangal

http://www.myspace.com/mattandkim

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