Artisans électro-yéyés depuis 20 ans, les Stereo Total tiennent mieux debout que le mur de Berlin qui les abrite. Ce que leur dernier album a encore confirmé. Raison de plus de les interroger sur ce qui restera comme la plus grande réussite de l'Europe de Maastricht.

Parce qu’ils sont allés déterrer leur musique là où les autres n’allaient plus, parce qu’ils ont reconnu la modernité enfouie sous les sixties français flonflonnant de Birkin à Hardy, nous avons voulu connaître leur vision de ce qui va nous arriver musicalement. Car Stereo Total voit les choses différemment de nous autres. C’est un duo qui se passe autre chose que le sel ou l’éponge, un couple « je te prends la batterie, t’as qu’à prendre le sampler chéri ! ». Deux êtres humains qui ont plongé dans l’easy listening en refusant d’être un muzak de supermarché, et mélangé dans leur mixer Sylvie Vartan et Alex Chilton, le garage-rock et Joe Le Taxi… D’aussi haut qu’ils planent, ils devaient forcément voir loin non ?

En l’absence de Brezel Göring, c’est donc Françoise Cactus qui a répondu en leur deux noms, précisant en préambule : « Nous pourrions vous peindre l’avenir tout en noir, mais comme nous sommes des optimistes incorrigibles, nous préférons vous montrer un futur musical tout en rose –  à nos yeux – et en mineur – à nos oreilles. » Ainsi soit-il.

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Comment sera le futur du côté Look ?

Les types n’auront plus de barbes. Ils ne monteront plus sur scène torse nu, à part Iggy Pop qui – par miracle –  aura survécu à de nombreuses drogues et vivra à Miami. Ils seront maquillés et auront du vernis sur les ongles. (Il ne sera d’ailleurs plus si facile de déterminer les sexes féminin et masculin.) Ils accompagneront des nanas du tonnerre. Et les cheveux seront colorés et entourloupés.

Le futur de la musique du point de vue sociétal ?

Facebook aura été déclassé en tant que « Big Brother Is Watching You ». On se sera lassé de la virtualité et préfèrera les expériences véritables avec ses amis. On s’échangera des vinyles très lourds et très colorés enregistrés dans des studios d’une manière analogue avec des machines insensées qui dérouleront des bandes d’enregistrement larges de 18 cm.  Il n’y aura plus de sectarisme entre les différents genres de musique.

« Plus d’ordinateurs sur scène, ça ferait trop ringard ! »

Pouvez vous nous raconter comment vous imaginez l’avenir de la composition ?

Toutes les influences de toutes les musiques qui nous ont inspiré (Rock’n’Roll, Rock’a’Billy, Disco music, Chanson, Elektromusik, New Wave, Chopin, musique expérimentale underground, musique de films futuristes) seront analysées et mélangées d’une façon nouvelle. Il en sortira une musique de science-fiction remplie de souvenirs et de citations. Une musique qui élargira notre imagination et nous fera rêver. Il ne sera pas exclu de faire des accords bancals ni de chanter faux, si c’est assez gênant ou joli.

Quel avenir pour le Live ?

Les fans aimeront de nouveau les concerts vraiment live, avec leurs pannes et leur énergie. Il y aura des concerts n’importe où, dans des « lavomatiques », sur la plage… Même les musiciens de rues ou de métros seront admirés. Sur scène, on verra beaucoup de femmes dévergondées aux looks extravagants. On inventera des aspirateurs spéciaux pour retirer en un clin d’œil le sable des amplis. On utilisera de nouveaux instruments qui rappelleront le Theremin puisqu’on en jouera sans les toucher. Il suffira de bouger et de danser devant eux pour qu’en sorte la plus folle musique qui soit. Plus d’ordinateurs sur scène, ça ferait trop ringard !

L’avenir du point de vue politique ?

Les musiciens et musiciennes feront entre leurs morceaux des annonces qui reflèteront leurs idées politiques. Il en découlera des discussions et disputes avec le public. Les auteurs auront le don de transporter leur idéologie dans leurs textes, tout en s’efforçant de n’être ni didactiques ni autoritaires, mais plutôt en essayant de créer une atmosphère tout à fait spéciale qui inspirera les auditeurs. On ne prendra plus les gens pour des cons, et la télévision sera bien obligée de suivre et de rayer de ses programmes les émissions « reality » bêtes et méchantes. La musique contestataire de demain aura des sons qui dérangeront et qui feront de la musique « mainstream » un éternel ennui dont plus personne ne voudra.

Du point de vue philosophique ?

La musique sera un nouveau moyen de communication. Plutôt que de s’envoyer des SMS en sténo du style : « I m faut ça de suite xox », on s’enverra de longs morceaux énigmatiques que l’on aura fait soi-même ou découvert sur un disque vinyle.

Stereo Total //  Cactus VS Brezel //  Staatsakt (Differ-Ant)
http://stereototal.de/

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