Parce qu’ils sont allés faire pousser leur musique là où les autres n’allaient plus, parce qu’ils savent reconnaître la modernité, qu’elle soit enfouie ou volatile ; nous avons voulu connaître leur vision sur ce qu’il va advenir de la musique, de la musicalité et de ses musiciens. Profitant de leur nouveau maxi de reprises mettant dos à dos Bashung et Patrick Coutin, on a demandé à Jean Felzine (moteur de Mustang) et Johann Gentile (boite de vitesse 5 rapports) de nous expliquer qui de l’œuf ou de la poule, qui du passé ou de l’avenir…

Comment voyez vous l’avenir du point de vue du look ?

Johan Gentile : C’est la règle des 20/30 ans : ces temps-ci c’est un peu le retour des coupes 80’s, dans 10 ans ça sera les 90’s etc. C’est un peu déprimant non ? Quand est-ce qu’on invente autre chose ? Des mecs avec des robes ?

Jean Felzine : En vrai toutes les décennies ont droit à leurs 6 mois de revival, même si les 80’s surnagent, ce qui est un grand mystère pour moi. Une fois qu’on aura fait le tour de toutes les pires fringues des 80’s, on pourra peut-être essayer de trouver une nouvelle allure qui soit belle et pas seulement cool. D’autre part, la barbe va disparaître inévitablement (cf Darwin) ce qui est une très bonne nouvelle. Sinon, des vêtements virtuels ce serait bien, puisqu’on va inévitablement fusionner avec les machines….

Et du point de vue graphique ?

Jean Felzine : Il n’y a aucune raison que le format d’une pochette sur iTunes soit toujours un carré avec une photo. A tous les niveaux iTunes continue d’utiliser les codes du format précédent, alors qu’on peut imaginer des disques interactifs où l’auditeur ferait lui-même un mix de DJ à partir de plusieurs sources, comme dans ableton live [NDA logiciel séquenceur]. La 3D, ça reste quand même un gros gadget, et puis c’est vieux comme tout ; l’hologramme par contre c’est assez excitant, surtout qu’on peut interagir avec. Mais que le futur tarde à venir !

“On pourrait faire de grosses économies en ayant un guitariste robot qui ferait des solos aléatoires”.

Du point de vue de la composition ?

Johan Gentile : De toute façon on a déjà tout exploré, non ? Ca fait maintenant plusieurs années que la formule pop couplet/refrain/couplet/(pont)/refrain squatte les tops radio, y’a pas vraiment de raison que ça change.

Jean Felzine : Pas sûr ! Je ne sais pas si une chanson carrossée comme du Bacharach marcherait autant aujourd’hui, les jeunes oreilles sont moins habituées aux canevas harmoniques classiques, avec des conclusions etc. Beaucoup de chansons qui cartonnent ces temps-ci me semblent un peu bancales, assez pauvres harmoniquement, ou modales pour les plus dance ; on peut donc supposer, à moins d’une rupture, que ça va continuer vers un minimalisme absolu, ce qui peut être intéressant d’ailleurs. Sinon je rêvais depuis longtemps de trouver la « gamme de la conversation », l’ensemble de notes qu’on fait quand on parle (il y a une chanson comme ça de Bo Diddley, Mumblin’ Guitar, où il imite le son de sa gonzesse qui l’engueule), mais je crois que Chassol fait des trucs dans ce sens. Je m’étonne aussi que le jazz n’ait pas vraiment connu son punk (sa version facile à jouer quoi), ça a sauvé le rock de justesse, ça pourrait lui faire un truc nouveau.

Quel avenir pour le live ?

Johan Gentile : Muse et Jean-Michel Jarre ont fermement l’intention d’aller jouer dans l’espace. J’espère qu’ils vont réussir leur coup, qu’ils ouvrent ainsi les portes à d’autres.

Jean Felzine : Pauvres martiens… Le son ne se propage pas dans l’espace, les pious-pious dans Star Wars c’est du pipo. Mais j’espère qu’on va trouver une solution, ça serait le kif sidéral.

Johan Gentile : Pourvu qu’on ne généralise pas les concerts de stars mortes en hologramme ! Quand tu penseras t’être débarrassé de Jean-Jacques Goldman, et bah non…

Jean Felzine : Pas d’accord, on pourrait faire de grosses économies en ayant des choristes holographiques autotunées, voire un guitariste robot qui ferait des solos aléatoires. On pourrait aussi faire des concerts à plusieurs endroits en même temps, et se rajouter des doigts via la génétique comme le concertiste dans Bienvenue A Gatacca, ça aurait une sacrée gueule…

Enfin, comment voyez-vous l’avenir du matos, des instruments ?

Johan Gentile : D’ici 50 ans j’espère qu’on aura le droit aux guitares qui s’accordent toutes seules, ultra-légeres, voire que tu contrôles par la pensée ! Et vous verrez que tout le monde se moquera de ces machins là, et que les basses Warwick, les guitares Cort et les amplis Mesa Boogie seront devenus des produits vintage qui se vendront à des milliers d’euros.

Jean Felzine : « Wahou, une Fender de 2017, avant le rachat par Google ! Les mécaniques étaient tellement plus cooool… » Si seulement l’avenir enterrait le vintage. Je sais, venant de nous c’est paradoxal…

Mustang / Mustang reprend EP / Jive Epic Group
http://www.legroupemustang.com/

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