"Le loup de Wall Street" c’est trois heures de mecs qui s’en foutent plein les poches, de putes à gogo, et de toutes sortes d’élucubrations. Le mec qui prend de la pénicilline avant le mariage pour ne rien refiler à sa gonzesse ; le mec qui éclate sa Lamborghini Countach (avec ouverture papillon s’il vous plaît) parce qu’il est drogué au dernier degré ; le mec qui arrive à envoyer balader les flics tout en mettant du blé en Suisse, et plein d’autres surprises. Mais hélas, c’est long. Trop long.

Bon, d’accord, j’étais dans un cinéma où les sièges étaient encore plus désagréables qu’au théâtre. La fille que j’avais emmenée m’avait menti sur son âge, et comme elle n’était déjà pas bien haute, il a fallu que l’on se tienne le nez sous l’écran. Ça n’aide pas à passer une bonne soirée, d’autant plus que le film n’était guère romantique. Je me demandais si elle comprenait ce qu’elle regardait. Mais ça m’apprendra.

Au départ, je suis plutôt client de ce genre de débauche, et en général le public aussi, pourvu qu’il y ait une quelconque morale. La morale est ce qui permet de mettre de la distance en notre situation et celle des protagonistes, autre que l’arbitraire de la différence de lieu et de temps. Elle est notre grille de lecture et elle encadre le drame. La vie décadente est ici délicieusement décrite par Scorsese. Mais si le héros n’échouait pas à un moment, par orgueil, vanité, mégalomanie ou les trois, où serait l’enjeu ?

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Le film est dans sa construction très semblable à Casino. La différence tient au fait que, se passant environ vingt ans plus tard, il nous montre non plus comment le business exploite la vulgarité humaine, mais à quel point il devient vulgaire lui-même. Tant que ça marche, on peut tout oser. Le héros joué par Di Caprio n’a rien d’un voleur ou d’un escroc ; il est pour être ce qu’il est, et pour surfer sur la vague de la finance. A sa place, nous ferions pareil.
Scorsese a mis le paquet. Di Caprio parvient à être parfaitement aimable dans ce rôle, même s’il est un drogué compulsif, mauvais amant, et vénal au possible. Sa vie est une fête. Hélas, nous ne sommes même pas soulagés que cette fête ait une fin. Non parce que le héros est allé trop loin, mais parce que le réalisateur nous en montre trop du même tonneau. A force, il finit par casser toute attente du spectateur.

Il y avait plus de finesse et plus de style dans Casino. Surtout, Joe Pesci tenait la dragée haute à De Niro. Lui qui avait la plupart du temps joué le gars gentil, le fidèle Sancho Pansa, incarnait cette fois l’homme de main ingérable. Sharon Stone ne se laissait posséder qu’en surface. L’équilibre était précaire, et lorsque le soufflet retombait, c’était par une dégradation subtile où l’on sentait que la fortune tournait en défaveur du héros.

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Ce n’est point le cas ici, où Di Caprio est tout seul, plus beau et plus charmeur que tous les autres protagonistes. Jon Bernthal (The Walking Dead) et Jonah Hill (Supergrave) jouent bien et leurs rôles sont marrants. Mais ils ne soutiennent pas la comparaison, non plus qu’ils n’arrivent à donner le change au héros. Sa femme, la sublime Margot Robbie, n’a pas non plus de prise sur lui, et ne peut qu’attendre sa déchéance pour le trahir.
Notre financier ne souffre pas beaucoup, non plus qu’il ne déchoit socialement, comme dans Raging Bull : il finit seulement par descendre de son piédestal. L’absence de hiérarchie, de comptes à rendre et d’illégalité grave, le rend moins intéressant que Ray Liotta dans les Affranchis. La finance, ce n’est pas la mafia, et la crise de 2008 ne nous rend pas scandaleux des évènements qui se sont produits quinze ou vingt ans avant, et qui n’ont eu aucune incidence publique.

Avec une heure de moins, ce film à la gloire d’un demi-dieu de la vente serait devenu un morceau d’anthologie. Mais trois heures de reportage sur un éjaculateur précoce, c’est trop.

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