Au détour de quelques pérégrinations numériques, voilà que je tombe il y a deux jours sur un énième documentaire questionnant les failles de la théorie gouvernementale des événements

Au détour de quelques pérégrinations numériques, voilà que je tombe il y a deux jours sur un énième documentaire questionnant les failles de la théorie gouvernementale des événements du 11 septembre 2001.

Si le crédit journalistique qu’on pouvait porter à celui-ci était supérieur à d’autres, parce que produit par la BBC, le constat final était pourtant aussi navrant qu’à la sortie de n’importe quel autre. Le pauvre con de spectateur que j’étais restait accablé sous le poids de ses interrogations, incapable de se départir de la sensation merdique de ne pas en savoir plus que soixante minutes auparavant. Dans le fond, la quête essentielle n’était pas tant de savoir si nos gouvernements se foutaient de notre gueule que de se demander si on ne méritait tout simplement pas d’être pris pour des cons.

Que ce soit dit un fois pour toute, il est improductif de revenir sur cette histoire de conspiration septembriste, autant en raison de l’absence de témoin capital pour corroborer la chose que de l’interdiction formelle mais officieuse dans ce pays de questionner la chose sans risquer de foutre sa crédibilité journalistique sur l’échafaud. De manière plus pragmatique, la logique au sortir d’un documentaire sur le 11 septembre, la production alimentaire industrielle en occident ou le réchauffement climatique à l’échelle planétaire est toujours la même. On ouvre le bal de la pensée par un réflexe d’indignation. Puis rapidement on s’interroge sur sa propre place au sein de cette matrice boueuse qu’est le monde. On tente de comprendre dans quelle mesure on pourrait apporter sa pièce au changement, à la réforme – pitié ne parlons pas de révolution. Les minutes s’égrènent lentement. On réalise alors que la réforme est un processus lent et indigeste, bien trop difficile à appréhender pour les petits êtres isolés que nous sommes. On en revient alors au point de départ, on s’indigne encore quelques secondes, allongé comme un tas de viande en décomposition sur son lit. Et finalement on zappe, comme une vulgaire télécommande universelle, remplaçable jusqu’à la fin des temps, pour réintégrer le confortable manteau jemenfoutiste qui sied tellement à nos petites vies de merde. Objectivement, en toute complaisance. Bien entendu, j’entends déjà la masse qui subrepticement s’indigne elle, de la brutalité d’un propos justement mal à propos dans un monde où un « nuance » vaut mieux que deux « tu trancheras sans état d’âme ».

Quid, vous demandez-vous, de tous ces soldats prêcheurs de la bonne parole associative qui jour après jour se mettent en pièce et se battent pour ces causes qu’ils épousent, corps et âmes, nous abreuvant de tout un tas de trucs, objectivement, sensés? “Sauvons la planète en pissant dans la douche tous les matins pour éviter de tirer ne serait-ce qu’une chasse d’eau dans la journée”, nous disent les uns. “Boycottons telle ou telle marque qui salope les sols en Afrique et tapissons de merde les murs du siège social de telle autre entreprise pour bien lui faire comprendre qu’on ne peut pas impunément maltraiter les océans de la sorte”, nous disent les autres. “Fomentez l’insurrection méthodiquement nous dit tel autre leader de l’ombre pour détruire l’Etat. Et filez moi votre thune” conclut sérieusement tel autre gourou, “je saurai vous sauver au moment opportun”. Le monde est ainsi fait. Chacun voudrait que l’autre suive sa voie. Certaines sont évidemment vertueuses là où les autres juste bonnes à foutre en l’air avec le pq de la chasse d’eau du matin parce qu’on a oublié de pisser dans la douche. Mais malheureusement pour les premières, la primauté de l’individualisme sur la conscience collective voue toute tentative d’escarmouche à l’échec.

En réfléchissant à ce tissu d’idées subjectives et péremptoires, je me suis rappelé ce texte de Hunter Thompson s’insurgeant contre les Etats-Unis, ce pays « si fondamentalement pourri qu’un sale bigot comme John Wayne y est un grand héros national. »

Hunter dépeignait alors le cowboy hollywoodien tel un requin-marteau le qualifiant de « bestiole si stupide et si vicieuse que les scientifiques ont abandonné tout espoir d’y comprendre quelque chose, et le décrivent comme un «archaïsme» inexplicable ». Les Etats-Unis étant les Etats-Unis, et Hunter étant Hunter, égratigner la France selon le même procédé serait ridicule. Si nous n’avons sans doute pas notre John Wayne, il existe pourtant un indice populaire qui en dit long sur l’état déliquescent des mentalités, le classement des personnalités préférées des français. En jetant un coup d’œil aux individus qui trustent les dix premières positions, on y trouve, pêle-mêle, Michel Sardou, Mimi Mathy, Charles Aznavour, Yannick Noah, PPDA, Nicolas Hulot, Gad Elmaleh, Zinedine Zidane, Dany Boon ou encore Jamel Debbouze. Soit grosso-modo, un échantillon représentatif de tout ce que le Français lambda est capable d’exprimer en terme de compassion, de velléité et de misérabilisme.

A y regarder de plus près, tout y passe, le noir, l’arabe, le ch’ti, la naine, le vieux, le vieux con, le footeux, le journaliste, le sarkozyste drôle, et the last but not the least, l’écolo de service.

La synthèse du pays rêvé sommes toutes. Oui, ça pourrait l’être si seulement, une fois tous ces beaux principes mis en application, l’ensemble ne me filait pas juste envie de rendre. Cet idéal de diversité sociale plébiscité dans ce classement, faut quand même rappeler qu’il a un jour engendré un Le Pen au deuxième tour de l’élection suprême de ce pays. La représentation du journalisme à la française, putain elle est belle quand on se rappelle que le journaleux en question s’est quand même fendu d’un des plus beaux bidonnages journalistiques de l’histoire française en la matière. Les chanteurs préférés des français – j’exclue ici Noah –  sont globalement deux mecs rétrogrades, chacun dans un domaine différent, bien qu’on ne puisse nier le talent d’Aznavour. Gad Elmaleh? Un superbe spécimen de cette droite décomplexée qui assume totalement l’individualisme exacerbé propre au règne du fric. Nicolas Hulot? Une cuillère de miel chaud dans une gorge souillée par la clope et la tise, juste la bonne conscience du blaireau incapable de faire quoi que ce soit pour l’intérêt général mais parfaitement clairvoyant sur le fait qu’il contribue à foutre en l’air la planète avec son Porsche Cayenne à cent plaques. On pourrait poursuivre ce vain réquisitoire pendant très longtemps, mais à quoi bon?

Les rêves de conscience générale ne sont que des putains de faire-valoirs politico-sociaux pour fédérer des individus accablés par le poids de la solitude, au mieux un argument commercial pour vendre des manifestes révolutionnaires, qui ironie de l’histoire prône l’éradication du capitalisme. Dans les faits, pourtant ces rêves se noient dans les abysses de l’intérêt individuel, certes mus par la volonté naïve de rendre le monde meilleur mais malheureusement régulièrement oubliés sur les chemins tourmentés de l’accomplissement de soi, leitmotiv contemporain par excellence. Le monde moderne est ainsi fait qu’on en revient toujours à se morfondre dans notre individualisme choyé mais pas totalement assumé, à discuter salaires en K€ annuel au restaurant avec nos amis en avalant jour après jour des litres d’alcool hors de prix, et pire que tout à acheter des yaourts bio chez Monoprix parce qu’il paraît que c’est bon pour notre petite santé. Ces actes anodins n’apaisent pas nos consciences mais peut-être sommes-nous simplement condamner à vivre dans la résignation, en dépit de nos vaines gesticulations. Et puis dans le fond, ne pas prendre le risque de se poser trop de questions – de peur de retrouver en face de réponses qui nous dépassent – ne nous empêchera jamais de lâcher la première pisse du matin dans les douches de nos logements dodus, exactement comme on nous l’a suggéré. Pour le bien futur de nos enfants.

Planter des avions dans des tours au nom de quelques préceptes religieux ou pisser dans les douches sous couvert de bonne conscience, n’y changera rien. Nous sommes une putain de génération de flippés.

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