John Carpenter ne me fait plus peur. Triste constat, renforcé par un dernier film aussi prévisible que simpliste. Dans "The Ward", l’auteur qui inventa une nouvelle manière d’effrayer tourne en rond, compte ses pas plus ou moins nonchalants et termine son tournage par un royal doigt d’honneur à tous ceux qui attendaient son retour.

L’histoire narre les pérégrinations mi-psychologiques, mi-gore, d’une jeune donzelle affublée d’une certaine folie qui ferait pâlir Harry Potter. Elle se prénomme Kristen, surgit dans un asile qui ressemble à s’y méprendre à l’architecture inquiétante de The Kingdom (Lars Von Trier), sympathise avec ses nouvelles amies patientes et tente d’échapper aux griffes d’une tueuse revenue de l’enfer. Vaste programme, mais la mise en scène est aussi vide que les couloirs obscurs de l’asile, Carpenter délaissant ce scénario tordu comme si chacun des ses plans exprimait son désir de quitter le tournage.

The Ward n’est pas un film d’horreur, juste un documentaire sur la déchéance de celui qui, au beau milieu des seventies, ralluma la flamme de l’effroi. Citons pêle-mêle The Fog, Christine, Halloween, The Thing, Assault, Prince des ténèbres, pour cerner notre déception. Que s’est-il donc passé pour que Carpenter frise le ridicule en s’embourbant dans un maelström de facilité visuelle ? The Ward aurait pu être signé par n’importe quel tâcheron de ces dix dernières années. Période indécise où l’on vit surgir des tonnes de remakes et autres blocs de pellicule qui poussèrent le vice jusqu’à transformer l’absence de talent en 3D. Force est de constater que le genre s’essouffle, et qu’il faut compter maintenant sur les hors-champs cathartiques des réalisateurs européens, d’Amérique du Sud, d’Asie, et de quelques francs-tireurs provenant de la grande Amérique.

L’horreur a changé de registre et se taille la part du lion dans l’enregistrement du réel.

Caméra à l’épaule, équipe de tournage directement intégrée (voire incrustée) dans la fabrication du film, ne reste plus au spectateur qu’à croire qu’il peut participer au déroulement du scénario. De Blair Witch project à Paranormal Activity, c’est toute une flopée de documenteurs qui ont pris d’assaut les salles obscures. Au final, tout cela reste secondaire car le procédé perd de sa consistance au fur et à mesure que la réflexion se crée. Si ces films fonctionnent (au sens mercatique du terme), c’est qu’ils sont accompagnés d’une puissante opération promotionnelle dont les tenants et aboutissants se retrouvent sur Internet. Entre bande-annonce et réseaux sociaux, le film d’horreur n’est plus surprenant, il est consommable. Attention, des exceptions louables peuvent se dessiner, et un film tel que REC sait disséquer avec beaucoup d’audace visuelle et d’intelligence la déliquescence de notre société où l’image est relayée de manière pornographique. L’agression des uns illumine le quotidien des autres. Et au beau milieu de tout cela, Carpenter continue de questionner la claustrophobie, les étapes qui mènent à la folie, même si dans The Ward il finit par devenir anachronique.

N’oublions pas de préciser que cet opus fut directement édité en DVD sans passer par les salles obscures, que Carpenter – à l’exception de deux épisodes pour la série Master of Horrors – n’a plus tourné depuis près d’une décennie (Ghost of Mars, 2001), qu’il a été évincé du circuit commercial hollywoodien, bref qu’il s’est fait mettre à l’amende par des bureaucrates incapable de voir dans le cinéma autre chose qu’une machine à sous. Carpenter avait donc pris la décision d’un congé sabbatique, qu’il interrompt ici pour ce triste résultat.

3 commentaires

  1. Merde, si tu as raison et que John Carpenter a réellement foiré son dernier film, que j’attends depuis 10 ans, on est mal, très très mal ! Vous vous en foutez ? Vous avez raison ! Mais non, je plaisante, vous avez tort !

  2. Zut, si tu as raison et que John Carpenter a réellement foiré son dernier film, que j’attends depuis 10 ans, on est mal, très très mal ! Vous vous en foutez ? Vous avez raison ! Mais non, je plaisante, vous avez tort !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.