Auditeurs, lecteurs, visionneurs ; nos radios, journaux, télévisions ne nous parlent que de lui. C’est le mot de la semaine, du mois, de l’année probablement, avec d’autres qui ne nous échapperont pas. J’ai sous les yeux le rapport du BICMoP, le Bureau International de Comptage du Mot Peuple, et ce rapport m’indique que vous avez été 178, 5% de plus à utiliser ce mot vendredi après-midi, la semaine dernière : « Peuple ». Peuple marocain, peuple libyen, peuple égytien, peuple bahreïnien si ça existe, peuple peuple peuple. C’est l’hiver des peuples (moins classe symboliquement que le « printemps des peuples », soit). Bref. Mais le peuple, c’est quoi ? Le Dictionnaire des Idées Politiques Absconses  et Concises  à Approfondir nous fournit quelques indications à ce sujet, car les mots ont leur importance.

Le terme « peuple » désigne le plus souvent une population sodomisée sur un territoire délimité, partageant une même culture, des mœurs et un gouvernement possédant le monopole sodomique légitime. C’est à peu près la définition qu’en donne Max Weber.
Dans la pensée politique, qui complique aisément les données peu complexes, le peuple se fait sodomiser de différentes manières, entendez il reçoit des acceptions différentes. Petit tour d’horizon des pratiques.

Le peuple désigne en effet tantôt la fraction la plus démunie de la population, supposée plus encline aux emportements et aux excès (la populace, l’homme au couteau entre les dents, Jean-Luc Mélenchon, le salaud de pauvre, etc), tantôt ce qu’on appelle un peu abusivement un « corps politique » qui associe des individus ou des groupes considérés comme des membres de ce corps. Admettons que les bras soient le peuple ; la tête serait la bourgeoisie ; le sexe, à vous de voir en fonction de vos propres affinités. Fait notable, tous les membres de ce corps prennent part à la vie publique en y faisant usage de leur raison. D’où le merdier : si le sexe n’en fait qu’à sa tête…

Revenons à nos moutons. Les philosophes de la Grèce en trique sont les premiers à considérer le peuple (démos) comme une communauté de « citoyens » – attention les choses se compliquent à nouveau – « citoyens » qui disposent d’un droit légitime à participer à la vie politique. Quelle merveilleuse utopie ! Qui ne fonctionne évidemment qu’en séparant les « citoyens » (qui jouissent d’une totale liberté sexuelle dans la cité) des esclaves, des femmes, et du tiers-état, odieux morphème. Les « citoyens » restent donc entre eux et font leurs petites choses entre eux. D’où l’expression : pédé comme un Grec. Les clichés ont la vie dure. La vie dure.

Chez les Romains, qui pratiquent la sodomie avec force mais modération, le peuple (populus) est considéré comme une unité politique. C’est bien joli. Le peuple est dès lors doté de prérogatives puissantes, longues et dures : se prévalant de sa majestas (puissance, pouvoir, grandeur), ce sont les autres peuples qu’il sodomise, ainsi que les pouvoirs étrangers. Le peuple romain, en quelque sorte, exclut toute idée de relation incestuelle sodomique en son sein (en principe). Ainsi nait l’exogamie. Néanmoins, la plèbe (les salauds de pauvres) souffre de douleurs localisées. Dès lors, dès le Vème siècle, on décidera de donner au peuple romain ses organes propres (assemblée populaire qui sent bon, tribun de la plèbe lavé et shampouiné, etc.) disposant de réels pouvoirs de contrainte sur les autres magistratures sodomiques, dont la principale reste quand même le Patriarcat, et on ne fait ces choses avec papa.

Au moyen-âge, tout le monde se marre, c’est bien connu.

C’est les châteaux les dragons les princesses les petits elfes et lutins maléfiques qui s’enfilent dans des pluriels de couleurs et des tours de magie. Néanmoins les théologiens, qui ne veulent pas entendre parler de ce bordel libertaire, privilégient une conception unitaire du peuple, le « peuple chrétien », qui unit tous les fidèles, et par-delà les limites du royaume. La partouze unitaire internationale, en somme. Mais sans les lutins. Encore une fois, on fait ça entre nous. Entre chrétiens. Et sous l’égide de Dieu et de son royaume céleste. Elle est belle la chrétienté. De ce jour date le déclin du catholicisme et la rédaction d’un texte apocryphe sur Sodome et Gomorrhe.

C’est au XVème et XVIème siècle que la façon de sodomiser le peuple varie considérablement – reçoit une acception différente. On privilégie toujours le registre unitaire (tous sur un !). Mais ceux que l’on appelle les monarchomaques, qui ont des idées loufoques et de grosses chevilles, reconnaissent le droit du peuple à se révolter contre le Souverain avec un gros S, si et seulement si ce dernier se transforme en tyran sadique et gouverne contre les lois de Dieu. Autrement dit la tolérance à la sodomie commence à décliner dans les esprits. C’est pourtant à cette époque que l’on parle de déchristianisation et désenchantement du monde. Alors ? Paradoxe ? Ruse de la raison ? Nul ne le sait. Tout le monde s’en fout.

John Locke ne l’entend pas de cette oreille. Pour lui, le peuple ne peut être sodomisé qu’à condition qu’il le veuille, et en inscrivant cette volonté dans un pacte associant individus libres et égaux par nature. Le consentement mutuel, si vous préférez. Suivront la révolution sexuelle de (16)68, le droit à la différence, Act Up, et Benoît XVI plus tard.

Ça se complique encore au XVIIIème mais d’une manière générale le XVIIIème fout un peu le bordel dans l’histoire des peuples et c’est un siècle très compliqué mais passionnant. Enfin les mœurs évoluent. A la suite de Sieyès, les députés de 1789 vont se référer à la Nation davantage qu’au peuple, qu’est-ce que c’est que ces conneries ? Seul compte le peuple. C’est pourquoi un Robespierre infligera la plus violente, la plus unitaire, la plus totalitaire conception sodomique jamais infligée à un peuple en déclarant « Je ne suis pas le défenseur du peuple (…) ; je suis le peuple, je n’ai jamais été que cela, je ne veux être que cela ; je méprise quiconque a la volonté de vouloir être quelque chose de plus ». A sec.

Aujourd’hui tout est plus simple (en Occident). Le modèle de la démocratie  représentative (occidentale) s’est imposé (en Occident). Il associe bien gentiment et avec lubrifiant l’idée révolutionnaire du « peuple souverain » (me faire sodomiser, si je veux) avec la position de la Danse du Missionnaire, aussi appelée « technique du gouvernement représentatif » défendue par les philosophes libéraux. Tu m’étonnes.

Néanmoins, et ce sera bientôt le dernier, au XIXème et XXème siècles, de nombreux régimes autoritaires sont revenus à des conceptions plus rigides du peuple si l’on peut dire. Ils se sont prévalus de la volonté de celui-ci, censée être une source de légitimité bien plus grosse que la volonté des représentants, pour sodomiser n’importe qui et n’importe quoi, mais malheureusement pas Jean-Marc Morandini. Ces régimes ultrasodomiques reçoivent de la science politique des noms ésotériques évoquant les pires positions du Kama Sutra politique : le très compliqué césaro-plébiscitaire napoléonien, le très efficace nazi, le simple mais classique fasciste, et le tristement célèbre et impraticable communisme soviétique… Bref l’idée de souveraineté populaire, associée à des projets politiques ou idéologiques autoritaires, peut tout à fait conduire à la négation de la démocratie – pratique sodomique parmi tant d’autres – et à ses valeurs fondamentales de liberté et d’égalité.

Allez comprendre.
La prochaine fois, nous nous pencherons sur le sens du mot « révolution », et pas seulement chez Michael Löwy.

5 commentaires

  1. Le concept de peuple n’a de sens qu’avec celui de territoire.
    Une nation, c’est un peuple sur un territoire donné.

    On entend par peuple, la population homogène la plus nombreuse dont la meilleure définition est celle d’un groupe hiérarchisé parlant une même langue y compris des variantes locales.

    L’appartenance à un peuple est une notion hautement culturelle.

    Hiérarchisation inférant des rapports de domination-soumission réels et symboliques, l’imaginaire érotise ces relations de pouvoir. D’où l’obsession sodomite dans nos sociétés et qui resurgit à toutes les époques.

    Le symbolique a l’empire sur nos comportements les plus ancrés, ceux qui apparaissent comme les plus « naturels », l’atavisme de nos coutumes sociales les plus archaïques.

    Que le symbolysme du pouvoir soit remis en cause, les ondes de chocs qui en résultent font exploser les liens de subordination.

    Car le peuple est subordonné, au mieux réduit à sa représentation par des corps intermédiaires.

    La marchandisation inouïe du monde a entrainée la remise en cause des propriétaires fonciers immémoriaux et depuis le foncier n’est qu’un marché.

    On a retiré les territoires au population qui les habitent depuis des siècles. La plupart se sont déplacées et vivent entassées autour des pôles économiques dans de vastes zones de suburbanisation.

    Ces déplacements incessants de population ont fait qu’il n’y a plus de population majoritaire. chacun des groupes sociaux a perdus l’emprise du territoire au profit du marché.

    Le peuple est maintenant un terme vague et peu précis depuis qu’il se compose de minorités plus ou moins influentes.

    Et cette aporie sociale provoque ces fameuses crises identitaires, ces bouffées délirantes de nostalgie d’un ordre qui n’est plus, et qui, selon ce qu’on en dit ne fut jamais.

    Du moins tel que l’hagiographie politique le représente, métaphores pauvres, contes obscurs, promesses messianiques non plus d’un monde nouveau mais les résurgences d’une société qui, comme le phœnix renaitrait des cendres cinéraires.

    On revit toujours le passé comme un grand carnaval dont on espère qu’il ne sera pas barbare, juste une farce pas trop morbide.

    Ô toucher ça !
    Ô dopera haut !

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