Au départ, c’est une chanson de Metronomy. A la fin, sous l’impulsion de trois gamins passionnés par l’envie de faire là où il n’y a rien, ça devient un festival qui fêtera cette année sa deuxième édition avec des groupes comme Brace ! Brace !, Rendez-Vous, Halo Maud ou encore DRAME. Soit un contrepoint parfait pour danser sous le pont d’Avignon, loin des troupes de théâtre et des vieux souvenirs qu’on gardait de la ville morte.

Commençons par une parenthèse personnelle ; vous allez voir, c’est assez drôle.

1996. J’ai 16 ans. Je vis dans un HLM d’un petit bled du Vaucluse [Vallis Clausa en Latin, soit « vallée close » comme ça vous aurez au moins appris un truc]. La fenêtre de la salle à manger, située au troisième étage, donne sur le Mont Ventoux, le point le plus culminant de cette région de merde. Seize ans, pleine acné, ancien gros, j’écoute Coolio. Je regarde le Mont Ventoux comme une espèce d’échappatoire ; Avignon est un centre-ville de la taille d’une pièce de dix centimes ; tout le monde sort en « boite » et pour oublier le fait qu’on vit dans un no man’s land culturel, il y a un bar-billard nommé le Cadillac, des espèces de discothèques périurbaines nommées Le Bokao’s, le Privé ou la Station. Ca et un festival de théâtre en juillet. Et puis c’est tout. Je veux me casser putain, je veux me casser.

Dans mon HLM, mes voisins du dessous ne sont ni branchés sur le trip hop, ni sur Radiohead. Leurs deux filles, à peine plus grandes que moi, non plus. L’une d’entre elles, pourtant, ne sait pas encore qu’elle donnera bientôt naissance à un certain Gael Bouquet.

Ce même Gael Bouquet, vingt ans plus tard, je lui parle au téléphone. Nous sommes alors en 2017, et nous comprenons que si deux décennies nous séparent, nous partageons la même culture. J’ai préféré tout oublier de cette région (majoritairement passée FN depuis quinze ans), lui a préféré mettre les gants avec une bande de potes, jusqu’à monter le Love Letters festival, une initiative réalisée avec trois bouts de ficelle et quinze bénévoles et qui, en plus de rempiler cette année avec une deuxième édition au poil, aurait parfaitement pu être une date Gonzaï délocalisée dans le sud est de la France (pour ça on a déjà donné et ça s’appelait le Pyramid Festival). Ca fait donc 2 – 0 pour cette bande d’étudiants de la faculté Sainte Marthe d’Avignon. Ce qui valait bien une rencontre avec ces fous furieux nés la même année que celle où je contemplai encore le Mont Ventoux à la recherche d’une porte de sortie.

L’image contient peut-être : 4 personnes, personnes souriantes, personnes assises et intérieur
L’équipe du Love Letters, de gauche à droite : Clara Feroukh, Jules Rouff, Gaël Bouquet et Marie Pradayrol.

 

A quel moment vous êtes-vous dit que vous alliez secouer Avignon avec un vrai festival ?

Jules : Quand on est arrivé à Avignon, on a commencé par rentrer dans le tissu associatif, Radio Campus notamment. Je crois que Marie et moi on avait encore un peu cet espoir de faire du journalisme à la fin. La deuxième année, on s’est mis dans le C.A. [Comité d’Administration on suppose, Ndr] et on a lancé une soirée mensuelle, à chaque fois un peu partout dans Avignon ; toujours intra-muros. A la fin de la saison, on s’est dit que la suite logique, c’était un festival.

Gael : Avec un élément déclencheur qui fut un concert historique du Villejuif Underground au Pub Z. C’était blindé, et complètement inattendu.

L’image contient peut-être : plein air

Et cela vous rassure sur le fait qu’il existe un public pour ce type de concerts.

Gael : Forcément, oui. On en a conclu qu’il y avait une attente. C’est là qu’on a commencé à organiser des concerts dans des lieux complètement inappropriés, jusqu’à ce qu’on rencontre la Collection Lambert l’année dernière.

Marie : La Collection Lambert, c’est un fond d’art contemporain qui réunit une collection familiale [montée par Yvon Lambert depuis les années 60, Ndr] dans un bâtiment, en plein centre ville, avec deux cours, des galeries…

Du coup il s’est passé quoi ?

Gael : on leur a envoyé un mail.

Jules : mais avant ça avec Gael, on avait parlé de l’idée de monter un festival underground à la fac d’Avignon. Ca n’a pas marché, et c’est là qu’on s’est tourné vers la Collection Lambert.

Gael : le fameux mail est parti un dimanche soir à 20h00, à 20h20 on avait une réponse : « rencontrons-nous ». Ca a été immédiat.

Jules : Le mec a adoré l’idée, ca a été une véritable aubaine pour nous.

« On a fait complet les deux soirs et on a fait un bénéfice de 40 centimes ! »

C’est quoi la jauge du festival ?

Tous ensemble : 550 personnes par soirée. Sur trois soirs.

Vous jouez votre culotte sur cette deuxième édition ?

Gael : l’année dernière on a fait complet les deux soirs et on a fait un bénéfice de 40 centimes ! C’est ça notre balance économique.

Jules : mais on n’a pas mis d’argent de notre poche si c’est ça ta question. Subventions, fonds de l’Université… on a tout demandé. Et puis on a obtenu deux mécénats dont un de Agnès b.

« On nous a dit : ”le rock, ça marche pas à Avignon, ça sera jamais rentable” »

C’était quoi l’idée de départ de Love Letters ? Organiser un truc à Avignon parce qu’il ne s’y passait rien ? Ou juste le plaisir de faire un truc par vous-même ?

Jules : un peu des deux. Il s’est toujours passé des choses extra-muros, mais intra-muros, hormis les vieux trucs de blues, y’avait pas grand chose.

Gael : et dès qu’on voulait voir un truc, il fallait prendre la caisse et aller au Rockstore à Montpellier, à Paloma à Nîmes, au Cabaret Aléatoire à Marseille… et comme on n’avait pas le permis…

Jules : moi je suis arrivé à Avignon y’a 4 ans, et dès le départ j’ai eu l’impression que la ville était un peu dans le coma vis à vis des jeunes.

Gael : Culturellement, il y l’Opéra ou le Festival, mais c’est dingue de se dire qu’il n’y a même pas une salle de concerts. Les Passagers du Zinc jouaient à peu près ce rôle mais ils ont déménagés à Chateaurenard [dans les Bouches-du-Rhône]. Et puis quand on leur avait proposé de faire jouer des groupes comme Agar Agar ou Rendez Vous, les mecs nous avaient mis un stop direct : « le rock, ça marche pas à Avignon, ça sera jamais rentable ».

Maintenant que vous avez pris votre revanche ; pensez-vous déjà à quelque chose de plus gros après cette deuxième édition ?

Gael : ce qui est certain c’est que le Love Letters festival DOIT rester dans Avignon. C’est presqu’une raison politique. Et le fait de tenir à cette jauge limitée et à ce prix de billet pas cher nous « condamne » à ne pas trop penser en terme d’expansion. Ce qui est très cool comme ça ; on n’a pas pour ambition de programmer The Cure. Par contre il a déjà été envisagé de lancer une programmation à l’année dans la ville.

Jules : Si tu regardes Avignon de l’extérieur, tu peux te dire que c’est une ville morte, que la mairie n’est pas chaude pour les initiatives pour les jeunes, mais en fait, c’est faux : il suffit d’aller chercher les élus. Il y a, en clair, une place à prendre.

Quant à la programmation, ça s’est fait comment ?

Gael : sur un canapé. On a passé pas mal de temps à mater les sessions de KEXP sur Youtube. Et je dois dire que nous sommes de gros nazis sur certains labels qui nous obsèdent, pas mal des groupes programmés, on ne les a jamais vu en live je dois dire. Le contre exemple parfait, c’est Bon Voyage Organisation programmé en 2018 et découvert à la Machine à Paris, une énorme claque. Et une confirmation le jour du Love Letters, sur la soirée avec Ichon et Forever Pavot.

Aucune description de photo disponible.

En 2019, quel est l’artiste que vous êtes le plus fier d’avoir eu ?

Jules : Je dirais Cherry Glazerr, typiquement une découverte KEXP sur le canapé ; c’est une signature Burger Records et le prochain album sort en février.

Gael : Et je dirais Rendez Vous, qui est un peu un symbole et une revanche. On a voulu les programmer l’an dernier mais le timing ne collait pas ; et le groupe était passé voilà 4 ou 5 ans à Avignon grâce à Jéri-Corp, une asso héroïque d’Avignon et qui hélas n’existe plus. Ils ont fait venir des groupes comme Noir Boy George, Jardin ou Bitchin Bajas… C’est grâce à eux que j’ai découvert Rendez Vous.

Ce qui ne vous empêche pas de programmer des artistes très différents comme Prince Waly.

Gael : un peu comme avec Ichon l’an dernier. On adore l’idée qu’il y ait une filiation quasi généalogique entre les groupes ; c’était le cas l’an dernier entre BVO, Pavot et Ichon.

Marie : Dans cette idée de filiation, moi je n’ai pas grandi dans cette culture indie, mais ce qui ressort des ces programmations c’est qu’à Avignon, on est toujours dans une logique de découvertes ; et ce qui est agréable c’est de voir notre public resté pour les concerts pour lesquels il n’était pas venu au départ.

Le nom du festival, ça vient d’où ?

Marie : c’est un morceau de Metronomy.

Gael : c’est notre morceau, celui qui a bercé nos réveils quand on vivait en coloc’ et il représente parfaitement cette idée de pop absolue.

Festival Love Letters, du 18 au 20 avril à Avignon.
Plus d’infos ici et pour réserver (8 € par soirée, 22 € pour le pass 3 jours), c’est par là.

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2 commentaires

  1. la casa espana & une galerie pres d’Un utopia là y’a eu des trucs avec des ROCKERS, on enlevait les groupes aux ‘tourneurs’ y crechaient dans des box taxis….. & la diva de l’epoque @ la mairie on l’enculait! ainsi que le Zzzzzzz qui n’a jamais rien compris, sinon a entuber la JEUNESSE

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