HPG, hardeur, stronger, metteur en scène, a toujours laissé une caméra fixe sur ses tournages pour capter une sorte de making-of. Il a donné ces heures de rushs au plasticien Raphaël Siboni pour qu’il en tire un documentaire. Le plasticien a écarté tout les rushs vidéo pour ne garder que la HD. Il a monté par blocs, chaque bloc correspondant à une séquence d’un film ou à une scène de gonzo. Siboni n’utilise aucune voix off. Il n’est pas non plus allé nous faire des interviews par derrière. Il nous montre les coulisses du porno. Du cul, du cul, juste du cul, pas d’histoire. Point.

Ces deniers temps, on a eu droit à une avalanche de produits moyens sur la pornographie, dont Hard, la très mauvaise série de Canal +. Une autre est en préparation pour Orange Cinéma Séries avec la sœur Paradis, Alyson, en intello pornographe. Au milieu de toute cette merde se voulant plus intelligente que la pornographie, on a eu The other Hollywood, un livre sincère et fourni sur la naissance du porno aux States, racontée par ses protagonistes : acteurs, réalisateurs, mafieux, agents infiltrés… L’auteur n’est autre que Legs McNeil, qui nous avait pondu Please kill me sur la naissance du punk. Et puis mercredi, est sorti en salle Il n’y a pas de rapport sexuel, titre citant Lacan : « Il n’y a pas de rapport sexuel ; il n’y a que des actes sexuels. » Et ce dès le premier plan du film. En effet, une hardeuse se fait laminer par derrière en plan serré. Sauf que tout ça c’est du bluff ; il n’y a pas de pénétration. On est dans une scène de soft. On s’est fait avoir.

Le film nous permet de découvrir toutes les ruses d’HPG pour qu’il n’y ait pas de bites à l’écran, afin qu’il puisse les vendre en tant que soft. On voit HPG qui filme en gros plan le visage d’une hardeuse censée se faire baiser, et hors-champs un acteur qui tape dans ses mains et secoue l’actrice pour faire croire à une pénétration. Ou encore HPG, qui doit cumshoter pour un plan serré, qui fait signe au cameraman qu’il n’a pas dû jouir assez fort pour que cela soit visible ; alors il se crache dans la main et le jette ni vu ni connu sur les seins de la gentille demoiselle. Je n’aurais pas remarquer ça, moi, pauvre con en érection, surfant sur AbsoluPorn à la recherche du tag parfait.

Siboni ne théorise pas son film, il ne fait que montrer, qu’enfiler les séquences les unes derrière les autres. Il ne se veut pas plus intelligent que son sujet. On peut voir ce qu’est réellement le porno, ou du moins le porno d’HPG. Et l’on s’aperçoit d’une chose, que l’on savait déjà : ce n’est pas l’art de raconter une histoire, ce n’est pas l’art du scénario. Scène comique où HPG essaye de trouver une histoire en live sur le plateau, tout en l’expliquant aux comédiens. Confusion. Les acteurs ne savent pas jouer la comédie, du moins ce type de comédie. HPG félicite une actrice, « toi t’as été parfaite », sauf que c’était la seule qui n’avait pas de réplique. Puis, dès que ça baise, tout le monde est enfin à l’aise. Toujours le cul et la bite à l’air, HPG dirige plus clairement cette opération : « Attrape ta chatte et jouis. » Simple et efficace.

HPG définit l’acteur X comme un ouvrier, un ouvrier du cul en somme. « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! Et tenez-vous par la bite et le con ! » Dans toutes les séquences on retrouve un stakhanoviste du cul, le fameux William. C’est le meilleur ouvrier d’HPG, il travaille sur tous les chantiers : de la grosse, du gay, du soft, du gang bang… Il rechigne un peu quand c’est du soft. « Si je la baise ce sera plus beau », lance-t-il. Son outil est bien taillé, il l’utilise à la perfection, faisant découvrir à une grosse qu’elle est femme fontaine ou faisant pleurer de joie une jeune cagole qui, tremblante, ne sait pas trop ce qui se passe dans son petit corps du Sud. William la fait naviguer dans des terres inconnues. Il forge en profondeur.

Bertrand Bonello nous disait dans l’Apollonide que sa maison close avait une odeur de sperme et de champagne. Ici, ça sent le foutre et la vodka.

Siboni traite son sujet sans romantisme. Il ne veut pas rendre la pornographie plus belle. Les tentatives de beauté dans le porno sont anti-masturbatoires et anti-bandantes au possible (cf. le Porn Art). On veut du porno, et le porno c’est crade. Ça sent le cul et la Mosel Beer. Par contre, au détour d’une scène, certains acteurs se rapprochent et se désirent vraiment. Ils se touchent, se lèchent, se caressent avec amour. On sort du porno, la caméra du réalisateur ne tourne pas mais celle du making of oui. Alors on assiste à du sexe sans comédie et sans trucage.

Le porno fait toujours rêver et attire beaucoup d’aspirants hardeurs. Siboni nous présente un jeune Black de 19 ans ayant pour pseudo PUCEAU. Qui rêve de faire du porno pour, dixit, « baiser les filles de son lycée ». Sauf qu’HPG lui fera tourner deux scènes gays où il sera tour à tour actif puis passif. PUCEAU a le charisme d’une huitre. Dans son cul une bite, et dans ses yeux le néant. On peut le dire : il se fait enculer sur toute la ligne. C’est une scène assez triste, on ne sait pas trop si HPG lui fait ça pour le décourager ou pour le tester, pour voir s’il est capable de tout pour réussir. Car oui, comme le souligne l’homme au crâne rasé, « tout le monde voudrait gagner 8000 euros et baiser les plus belles filles du monde. » Apparemment ce ne sera pas le cas pour PUCEAU, ou pas encore. Même après s’être fait enculer, il n’est pas sûr de percer dans le petit milieu.

Siboni nous livre un portrait sans concession d’HPG et de ses méthodes de travail. La caméra est toujours à la bonne distance. C’est à la fois drôle, fin, sinistre et splendide, comme ce plan non cadré où l’on croit retourner au stade oral et qu’un mamelon occupe tout l’écran. On veut sa tétée. C’est l’un des rares moments où la caméra est portée et où l’on se fond littéralement dans le corps de l’acteur. Le film se clôt dans un sous-sol dédié au plaisir du fist fucking. HPG est à bout, fatigué et défoncé. La fine équipe finit par s’endormir. Les corps épuisés se rechargent sur des lits en cuir. Il n’y aura plus de rapport sexuel. FIN.


Il n’y a pas de rapport sexuel Bande Annonce… par Filmsactu

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