Avec un tel nom sur la jaquette, la logique aurait voulu qu'ils s'abreuvent de Jack Daniels au petit déjeuner, arborant des barbes de six jours pour chercher à l'ouest une autre rais

Avec un tel nom sur la jaquette, la logique aurait voulu qu’ils s’abreuvent de Jack Daniels au petit déjeuner, arborant des barbes de six jours pour chercher à l’ouest une autre raison de vivre. Avec un premier album folk pour les barbes à papas, plusieurs tournées sans encombre et les chemises repassées Celio Sport, pas facile, pourtant, d’imaginer le western de Hey Hey My My autrement qu’en carton-pâte.

« L’époque était au retour du folk, de son (faux) dépouillement et de ses (vraies) prouesses mélodiques : en 2007, Julien Gaulier et Julien Garnier publient sous le nom de Hey Hey My My un premier album gorgé de « sing-along » aux accroches délicieusement acoustiques et le succès est au rendez-vous. Question de timing, certes. » C’est marqué au fer rouge sur la biographie du nouvel album, A sudden change of mood, le trio a cassé son banjo et barré à tribord, direction l’électricité. Ailleurs, les deux Julien (les leaders du groupe, NDR) se seraient appelés John, se seraient fait tatouer Rust Never Sleeps sur l’avant-bras avec un portrait de madone à rouflaquettes au dessus du lit. C’est rapidement oublié qu’en France on séduit plus facilement la gamine à prothèse dentaire que les fans de Neil Young, qu’après le folk du premier album, Hey Hey My My s’est mis les doigts dans le 220W et qu’on ne peut s’empêcher de sourire, jaune désert, sur la distance flagrante entre l’intention et le résultat.

Seuls au sous-sol, reclus dans un studio d’enregistrement bien rangés, Michel (le batteur discret qui ne couche pas avec les filles en tournée) et Julien (le guitariste/chanteur qui préfère porter des pulls en coton), nous revenons ensemble sur la genèse du second disque mi-folk, mi-rock, mixé par Tony Hoffer (Supergrass, Air, The Kooks, Beck…) et produit par Frédéric Soulard (Poni Hoax, Limousine, Viva & the Diva). La bio annonce « toutes les couleurs de l’arc-en-ciel musical », mais le disque a été produit au Studio Pipo. Pastiche, malentendu, arnaque commerciale… who knows? Signés sur un label sobre et gentil, comme dans les pires films américains sous-titrés, c’est souvent la traduction qui déconne.

Salut les mecs. A lire votre bio (« Cette étrange schizophrénie musicale ne pouvait décemment pas durer. Rejoint par Michel Aubinais à la batterie, le groupe monte défendre ses douces chansons folk sur scène mais laisse peu à peu laisse l’électricité les pervertir de l’intérieur »), on a l’impression que vous avez rebrancher les guitares, après le carton folk sur le premier album. Etonnant, non?

Pas tant que ça. L’électricité, on l’a jamais vraiment quitté. Déjà en concert, avec Hey Hey My My, on était beaucoup plus rock que sur disque. Le premier album, c’était une collection de chansons qu’on écrivait depuis dix ans, parallèlement on avait eu un groupe de rock qui s’appelle British Hawaii…bon.

Retour aux sources, donc.

Ouais. Sur le premier album, on avait fait ce qu’on voulait en acoustique, ça s’appelait de la folk alors que ça veut plus rien dire, maintenant que même Charlie Winston fait de la folk. On s’était fait mettre ce tag « folk » sur le dos, ça nous a pas dérangé au début, mais sur A sudden change of mood, on voulait montrer qu’on savait faire autre chose. Mais ça s’est pas fait genre « attention maintenant on va faire un album de rock! ». C’est après les démos et l’arrivée de Michel à la batterie que les couleurs musicales ont changé.

A aucun moment vous n’avez eu cette lueur d’esprit de vous dire: « En fait le folk, c’est chiant ». Prendre un virage rock, n’était-ce pas pour sortir d’une impasse?

Julien: On ne voulait pas refaire la même chose, c’est tout. Sous le terme folk, il y a beaucoup de choses, d’étiquettes, mais nous on est un groupe de pop… En gros on fait de la pop et nos chansons elles sont pop. Sur le premier album (Julien ne cite jamais son nom, étrange, NDR), on les a composé avec des guitare-voix, sur A sudden change of mood, ce sont simplement des guitares électriques.

De Soko à Coming Soon en passant par vous, vous avez tous exploité le filon. Maintenant on peut se le dire… le folk, c’était une mode, non?

Julien: Ouais… y’a eu un phénomène de mode, oui. Mais avec Hey Hey My My les chansons avaient déjà deux ans, lorsqu’elles sont sorties. Idem pour les photos où l’on pose à cheval, tout ces clins d’oeil aux sixties, à McCartney, aux Wings; et puis après sont arrivés tout ces groupes – qui sont pas mal d’ailleurs. Du coup on s’est retrouvé associé à cette vague – dont certains ont eu la nausée – qui arrive maintenant au point culminant, le plus nauséabond – enfin pas nauséabond, parce que c’est pas pourri – avec des trucs genre Charlie Winston, Yodelice.

Et Too Soft.

Julien:  Ah ouais… un groupe qui pompe Cocoon. Disons que les majors essaient eux aussi d’avoir leur projet folk.

A sudden change of mood, c’est pour résumer votre envie de retourner la veste, non?

Julien: Oui, c’est bien ça. Faut savoir qu’on est extrêmement premier degré, il n’y a rien à comprendre de plus que ce qu’on met en avant. L’idée du néon en flamme sur la jaquette et du titre, c’est vraiment ça, c’est simple. Si tu mets les deux disques cote à cote, tu vois bien le changement.

Sur Not fun, vous chantez qu’il n’y plus de plaisir à sortir, que la fête est finie. Vous êtes déjà lassés?

Julien: Moi j’avais écrit les paroles comme ça, sur la fête, sur le fait de vieillir un peu et ne de plus avoir la même excitation à se bourrer la gueule en soirée.

Putain, pardon, mais c’est seulement votre deuxième disque, les mecs, vous devriez sabrer le champagne!

Julien: Nan mais on parle dans notre disque de ce qui se passe tous les jours, donc là en l’occurrence c’est pas sur l’album en lui-même (?). Quoique… Il fallait qu’on compose de nouvelles chansons et on n’avait pas toujours des idées, quoi. Les chansons du premier disque, elles viennent facilement, tout le monde cherche à s’exprimer, c’est cool. Et le deuxième album, il faut faire quelque chose, puisque ça nous est demandé, que ça devient presque quelque chose de professionnel.

Donc tu es en train de dire que vous avez composé dans la précipitation?

Julien: Euh… nan mais… disons qu’on a attendu d’avoir les bonnes chansons. Pour revenir à Not Fun, il y a plusieurs interprétations possibles; ma copine m’a même demandé si je comptais la larguer.

Ca se passe comment la vie en tournée? Comment avez-vous vécu ce « job » de musiciens sur la route?

(Silence) Michel: C’est pas que t’en as marre, mais tu rentres dans des automatismes, tu mélanges tous les souvenirs…

Julien: Entre un concert à Cholet et un autre à Marseille…

Michel: Les gens sont super gentils avec toi, c’est cool. On l’a vécu comme du pur plaisir, on était entre potes d’un même groupe, pas le trip avec un chanteur et ses zicos. A la limite, ça faisait surtout chier nos meufs. Ca a d’ailleurs mis un terme à la relation que j’avais à l’époque. Là j’ai qu’une envie, repartir en tournée. J’espère juste que ça bousillera pas ma nouvelle relation (Rires)

Julien: C’est assez familial une tournée. On n’est pas Justice, du moins c’est pas la caricature qu’ils essaient de montrer d’eux-mêmes dans leur documentaire.

Un premier disque folk, un second plus rock, plus pop… A quoi ressemble votre public?

Julien: Il est hyper diversifié. Ca peut être le lecteur trentenaire des Inrocks, des ados d’un lycée qui sont tombés sur notre musique par hasard, des familles – comme à la bibliothèque de St Germain en Lay -, le Paleo Festival avec 5000 personnes… Franchement, on a bouffé à tous les rateliers, enfin, on a eu plein de trucs, d’expériences diverses sur les fans. On n’a pas un public très précis. On a même fait des dédicaces sur des skateboards et des trousses. Attention, ce que je vais dire est très caricature, mais une tournée, c’est avant tout des rencontres. (Sourire)
Vu que sur scène, on se fringue comme dans la vraie vie, c’est nous, notre musique et basta. Je me souviens d’un festival en Nouvelle-Calédonie, une réunionnaise nous demande « c’est quoi votre scénographie? », on était surpris. Nous, on branche, on joue, point. Comme Pixies, Pavement. Mais à force de vouloir se détacher de sa musique, je me dis qu’on a aussi fait des erreurs, on était sur une corde assez raide, à faire trop de vannes entre les morceaux, à jouer les morceaux « rockifiés » du premier album, enchaînés avec les nouveaux morceaux. C’était assez chaotique.

Prendre de la distance avec sa musique, tu dis que c’est une erreur. Pourquoi?

Ce n’est pas forcément prendre de la distance, mais si tu prends les groupes qui ont bien marché, les Cocoon ou Moriarty, ils ont su lier leurs discours à une image, avec un marketing d’album ou de photos.

Pourtant vous aussi vous avez un « look ». Vous portez du T-Shirt coton, de la chemise à carreaux….

Julien: Ouais, on a fait un peu ça, sous forme de déconnade… Mais sur scène ça nous intéressait pas de nous mettre en avant. Je ne dirais pas qu’il y a un malentendu, mais en tout cas, je pense qu’on a plusieurs facettes et le deuxième album est l’occasion de recadrer un peu, davantage assumer notre positions de trentenaires qui font du rock, sans le coté « mec qui fait du cheval dans la forêt ».

Si deviez recommencer un premier album, commenceriez-vous par celui là?

Oh… non. le premier album, il était nécessaire. Avec A sudden change of mood, on avait la volonté d’avancer, c’est pour ça que les chansons sont plus énervées, qu’on a un tueur au mix.

D’où est venue Jazzol, la seule chanson que j’aime sur votre disque?

Michel: Au départ c’était un morceau binaire, une chanson guitare-voix classique, on a rajouté un synthé, changé la rythmique, on a cassé le format.

Julien: On nous a même dit que ça faisait penser à un morceau de Genesis…

Question piège: Avez-vous conscience qu’il y a un énorme clin d’oeil à Led Zeppelin sur votre album?

Julien: Attends, je réfléchis… Il y a un passage, sur deux mesures, qui sont un hommage à Good Times Bad Times , sur Oh Lord.

Ouf. Je suis rassuré. J’avais peur que vous ayez pompé le truc de manière inavouée. Les journalistes avant moi vous ont-ils parlé de ces deux mesures LedZeppeliniennes?

Non non. Mais on commence juste la promo là.

Ca vous arrive de douter qu’un journaliste ait écouté le disque en entier?

Il m’arrive de douter qu’un journaliste ait écouté le disque tout court… Sur la première tournée, certains journalistes ne connaissaient même pas le nom du groupe. Et certains blogs font du copier-coller de biographie, donc…

Revenons sur un mot que tu as eu tout à l’heure, le « malentendu », littéralement, le « mal entendu ». Vous avez pas l’impression d’avoir brouillé les cartes en prenant un nom aussi connoté pour votre groupe?

Surtout qu’on est plus Beatles que Neil Young, au bout du compte. Mais on a aussi choisi Hey Hey My My pour les paroles de la chanson, parce que même en écoutant bien, on ne sait pas si Neil Young est sincère ou s’il se fout de la gueule du rock’n’roll. Est-ce de la musique, une image, un business, une religion? Ce qui aussi était intéressant dans cette chanson, c’est le fait qu’il la joue en électrique, en acoustique. Quand on a sorti le premier album, on a joué sur les codes folkeux, mais on savait qu’on pourrait les jouer d’une autre façon.

J’insiste sur le folk, puisque tu y reviens: Vous n’avez pas joué avec le feu, avec cette stratégie? N’était-ce pas un pacte avec le diable?

Toi, tu as une vision de journaliste, tu parles de « malentendu », c’est excellent, parce que c’est exactement ça. Mais les jeunes auditeurs ne voient pas les choses de la même manière, ils n’ont pas les mêmes références, certains nous disent même « Ah ouais, Hey Hey My My, comme Pony Pony Run Run! ». Genre, c’est insupportable quoi, ils associent les groupes à cause de la répétition. A l’époque, quand on a pris ce nom là, on avait déjà 28 ans, on avait eu le temps de réfléchir, digérer les influences. Mais à force de jouer avec notre image, on se perd, c’est le jeu. « Quelles sont vos influences?, « Pourquoi Hey Hey My My? », tu es obligé de répondre à ces questions, et après tu es mis dans une case. Mais on n’a rien inventé non plus, avec le nom du groupe. Prends les Rolling Stones, c’est pas un nom d’emprunt ça, c’est pas un terme américain utilisé par les premiers bluesmen?

Comment voyez-vous le groupe sur la longévité? Concrètement, en arrivant ici, je me suis dit que vous étiez des opportunistes, que vous aviez pris la case folk au moment où c’était à la mode, que maintenant vous passiez au rock, etc etc. C’est quoi la prochaine étape?

Mais c’est fou ça! Tout le monde nous dit ça, c’est dégueulasse! Ce qui est absolument génial, c’est que si on avait chier sur nos guitares, on nous aurait comparé à un groupe d’art contemporain, mais c’est fini tout ça… C’est Nicolas Ker de Poni Hoax, un ami, qui dit ça: « Après la Renaissance, on a toute une période où les peintres n’ont fait que copier ce qu’avait fait De Vinci et les autres ». Probablement que c’est idem pour le rock, on vit la même chose aujourd’hui, depuis les années 90. Cette histoire d’opportunisme, ça n’a pas de sens, j’aurais fait la Nouvelle Star si j’avais voulu réussir, je me serais pas fait chier avec un groupe dont je ne suis même pas sûr qu’il me fera vivre l’année prochaine.

Vous avez vendu combien du premier album?

Environ 10.000.

Dernière question: Vous êtes tous casés, vous avez tous la trentaine, bientôt intermittents du spectacle, vous vous fringuez comme tout le monde… Finalement, en dépit du nom de votre groupe, vous êtes des gens « normaux », non?

Tu viens de résumer toute l’histoire.

C’est quoi la plus grande hypocrisie, selon vous? Se peinturlurer sur scène, porter des costumes, ou apparaître tel qu’on est au quotidien?

La plus grande hypocrisie, c’est le bréviaire du rock, tout ce que défend Philippe Manoeuvre. Désormais, un groupe de rock doit porter un blouson en cuir et des bottes montantes. Quelle connerie! Quand il n’y a plus de musique, tu te met à revendiquer les fringues, l’apparence. Regarde les Plasticines, c’est « génial », ça n’a plus aucun sens. Et c’est ce que j’adore dans le rock des années 90, ce moment où les Pixies et les autres sont arrivés après les Guns et Motley Crue, sans artifice, sans maquillage.

Dans dix ans, imaginons que vous jouiez encore. Pas de bol, tu deviens chauve; prendras-tu une perruque?

Non, je joue chauve.

A choisir entre être un groupe « rock » ou « français », vous prenez quoi?

Un groupe rock. Français, ça veut rien dire.

Hey Hey My My // A sudden change of mood // Sober and Gentle
http://www.myspace.com/heyheymymyband

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