C'était le 9 décembre et j'étais dans un avion qui ne bougeait pas. Le brouillard, l'air du temps... un bref instant de stress ? J'ai fini par attraper la bio de Fleetwood Mac récemment parue chez Le Mot et le Reste. Et là j'ai vraiment décollé.

61XCTzo2iKLJe ne connais pas Sylvain Cabot, l’auteur de ce livre, mais il me semble plus bonzaï que gonzo; ce qui est déjà super. Obsessionnel dans ce souci de compiler la discographie des milles types qui ont joué avec Fleetwood Mac, inquiétant et même impudique dans sa façon de tranquillement céder aux sirènes du hard-rock voire du rock FM. Fascination un peu honteuse qui le pousse sans doute à écrire ce livre factuel et tellement précis conçu pour entrer directement dans la bibliothèque des critiques rock. Du coup, bêtement, j’ai eu envie de briser son sommaire et d’inverser sa ligne chronologique totalement désuète et cette présentation des musiciens par fiche qui fait carrément peur. Oui, tout seul dans mon avion immobile, je m’imaginais démarrer le livre par l’annonce en 2013 de la ré-édition par Rhino records de ce qui serait un chef d’œuvre de British Blues, “Then play on”  (1969). Le disque libre et fou, fondateur du style Fleetwood Mac. Style qui, en gros consiste à laisser les commandes aux génies de passage (ici Peter Green et Danny Kirwan) tandis que les deux fondateurs, Mick Fleetwood, batteur de son état et le bassiste John McVie attendent les consignes … parce que c’est vraiment le cœur de l’histoire : deux losers qui finissent par vendre soixante millions d’albums quarante ans durant en passant leur vie artistique à buller et à se raconter des blagues salaces.

Finalement qu’ont donc apporté les deux fondateurs du FM à l’histoire de la musique, à part provoquer la création du groupe Abba ?

Quelque part Fleetwood Mac est presque un cas d’école du génie de la créativité, au sens de sa persistance; toute une puissance de la stupidité que raconte en creux ce livre qui à vrai dire peut provoquer un effet de fascination en raison de son faux détachement, son ivresse lointaine. Finalement qu’ont donc apporté les deux fondateurs du FM à l’histoire de la musique, à part provoquer la création du groupe Abba ? Des visages étonnés, des lèvres qui cherchent les mots pour expliquer l’inexplicable et puis ce que l’on va appeler un mutisme inspiré qui va permettre à deux filles, inspirées elles aussi, de chanter et de composer en plein machisme rock ? Cabot c’est là que tu deviens passionnant, en faisant découvrir aux pauvres hères que nous sommes la musique tout en finesse de Christine McVie (l’épouse donc) alias Christine Perfect et sa voix de demie travelo; chienne perdue sans collier chantant un blues semi-urbain entre ruminement et transport en commun,  No roads is the right road,  I’m on my way  ou  I’m too far gone  …. Je crois que ma préférée, c’est certainement Crazy about you avec les Chicken Shacks son premier groupe.

Mais bref, cette inspiration riot grrrl mise à part, what else ? Deux branleurs alcoolos toujours debout et des génies en position horizontale. Un Danny Kirwan sans doute mort aujourd’hui dans un centre pour SDF londonien et un Peter Green devenu officiellement schizophrène, et brièvement fossoyeur. Pas mieux pour Lindsey Buckingham qui lui aussi portera les glandos au plus haut dans une version rock FM sophistiquée en renonçant du coup à un inspiration qui l’aurait davantage porté vers la new wave du Talking Heads.  Buckhingham virtuose malade, hanté par le succès coupable et inventant au passage le premier faux disque du rock’n roll, “Rumours”, qui ne contient que deux chansons enregistrées et jouées ensemble, les autres étant totalement overdub.

Le délire c’est qu’un groupe aussi débile puisse être aussi puissant et toucher à quelque chose que l’on comprenne si peu.

Fleetwood Mac dans le chemin de croix de Buckhingham, c’est la société du spectacle de la pop music qui se répand comme une MST dans le jeunesse d’avant la grande dépression (1989 ?1993 ?)… Et d’ailleurs lorsque Cabot se laisse aller, il en vient rapidement à caresser la discographie des Eagles dans le sens du poil tant ceux-ci sont proches du Mac (New kids in town ça vous dit quelque chose ? C’était imparable en slow chez les 12-14 ans de la fin des seventies). Et pour la petite histoire, on apprend ici que Stevie Nick l’autre passionaria du groupe (la fille au chapeau, celle qui chante Dreams)  entretenait une « liaison » show off avec le leader des aigles. Ohoho… Mais le délire et c’est sans doute par là que j’aurais commencé, si j’avais eu la chance d’être Sylvain Cabot, c’est qu’en 2003, le disque Say you will” est devenu disque d’or et a atteint la sixième place dans les charts anglais. Le délire c’est que Fleet Foxes, Bon Iver, Mumford and sons et même Tame Impala ne cachent pas leur admiration pour Fleetwood Mac et ne rechignent pas à faire une petite reprise de temps en temps.
Le délire, c’est que cette vieille peau de Stevie Nick a récemment fait une apparition remarquée dans la saison 3 d’American horror story et tourne actuellement avec le Fleetwood Mac. Le délire, tu vois Sylvain, ce n’est pas tellement qu’on parle d’un nouvel album pour 2015, non non, le délire c’est qu’un groupe aussi débile puisse être aussi puissant et toucher à quelque chose que l’on comprenne si peu ; la grammaire de l’inspiration, le cul bordé de nouille ou les parties intime de l’esprit freak Je ne sais pas mais en tout cas je te remercie pour ton beau livre. J’aimerais qu’on puisse le trouver près du lit de toutes les chambres d’hôtels de France. Et même en Outre-mer si c’est possible, même en Outre-mer.

 Sylvain Cabot // Fleetwood Mac // Editions Le Mot et le Reste

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