Le Français a mis l'Allemand dans sa rancœur après 1870, dans sa tristesse Andalouse en 1982 ou dans sa maison en 1940. Maintenant que Berlin est dans tous les fantasmes et que pl

Le Français a mis l’Allemand dans sa rancœur après 1870, dans sa tristesse Andalouse en 1982 ou dans sa maison en 1940. Maintenant que Berlin est dans tous les fantasmes et que plusieurs ambassadeurs de la ville ont été mis en boite au Nouveau Casino, je prends la route vers l’Est. Et l’autoradio diffuse des bribes de conversation avec Françoise Cactus et Brezel Göring, de Stereo Total, invités pour l’édition 2009 du festival Musique Allemand… forcément collaboratif.

« Si c’est plus créatif, c’est parce que c’est moins cher. Berlin est différent de l’Allemagne  car, de par son passé de ville gérée par quatre gouvernements, il y a des lois qui n’y existent pas, comme l’interdiction de jouer au delà d’une certaine heure, etc. »

Putain, le bouchon au péage. Trente minutes d’attente immobile en compagnie de Rebecca and the Pupkulies. The Pupkulies, soit un teuton frisé qui roule des mécaniques rénales derrière son laptop d’où sortent même les notes de guitare acoustique. Rebecca, soit une voix déjà entendue des dizaines d’autres fois, qui sort d’un corps magnifiquement mis en valeur par un pull acrylique indescriptible d’érotisme. Ou comment détourner l’attention d’un concert mou comme un pneu crevé, chiant comme un flash-accident. L’Autoroute FM de l’électro-pop nuitée. Alors, comme dans tout embouteillage, il faut trouver une distraction, histoire d’éviter la narcolepsie, ou l’épilepsie. Et me voilà, à tenter de cerner l’intérêt d’un concert écouté via le prisme du grincement produit par la discussion des deux gourdasses juste devant moi. Distractions nocturnes, sacs à main, godemichets…tous les sujets sont bons pour tuer le temps. En attendant.

C’en est trop. Je vide mon verre, défonce la barrière et m’élance sur l’autoroute, pied au plancher, maintenant rejoint par Masha Qrella. Bison Futé annonçait un vide sidéral, résonnant les boucles de guitare sages comme des mirages, de synthé d’appoint zéro, de pop sans identité nationale. Mais le calvaire annoncé se mue en fuite rassurante et mon bolide cérébral gronde sur un macadam qui fleure bon la cohésion communicative, la cohérence significative. Certes, point de sortie de route, ni même de flirt avec la bande d’arrêt d’urgence, mais un sacré calvaire laconique évité d’une bouffée d’air (de repos). Et la frontière franco-allemande finalement ralliée sans peine aucune. Avec pour comité d’accueil les deux douaniers de Stereo Total. Qui pratiquent la fouille au corps avec des gants jaunes à pois rouges.

« C’est voulu, ce côté naïf. On veut faire de la musique qui ressemble une Bande dessinée, à l’image des premiers albums qui sonnent comme un film des Marx brothers »

Après un mot pour Jacno« un type bien, on avait commencé un morceau avec lui, on ne pourra jamais le terminer. On avait passé un mois chez lui à Paris et il connaissait un tas de magasins et de restaurants improbables. Il composait d’une manière qui lui semblait logique mais paraissait étrange pour les autres, il tentait de sonner rétro, mais c’était un novateur malgré lui » – le voyage peut reprendre, en contrées inconnues. Par la vitre, j’observe des champs d’électro-neuneu explosés à l’hydrogène, une rangée de tyroliens reprendre les Stones façons robot-dance désabusée, des bas-résilles partouzer en toutes langues. Variété incomprise, rockab’ dynamité et guitares en forme de cœur réunies dans un mariage polygame, pour le meilleur, le pire, mais surtout pour l’absurde. La route prend une drôle de tournure, et les deux véhicules féminins qui m’ouvrent la route ne roulent plus très droit, rebondissent sur les cahots et finissent par se rentrer dedans et se lécher les essuie-glaces.

A l’entrée de la ville, les Panzers de Mediengruppe Telekommander montent la garde. Ultra-violents, ils frappent là où personne n’avait encore osé poser le doigt au cours du périple. Défoncent mes portières à coup de saturations, me foutent une droite au nom des Beastie Boys, font grincer leur synthé dans mes oreilles et vident mes poches de toutes les frustrations accumulées depuis le début de la nuit. Un dernier coup de botte au cul et ils m’abandonnent gisant de satisfaction. « On a gagné la guerre, connard. »

Tremblant, boitant, je me sers d’une pioche qui traine pour soutenir mon avancée piétonne laborieuse dans Berlin. L’objet du voyage. Des types s’acharnent sur les dernières briques encore gisantes au rythme des sons qui sortent de leur casque.

« _Je me souviens, j’écoutais la radio. Des trucs dub, reggae passaient. Ils ont interrompu la musique, un auditeur a annoncé que le mur était tombé et la musique a repris…                                                                                                                                                                                                                                                                               _Moi, j’étais sortie avec des copains, puis on a croisé un mec qui répétait à tout le monde que le mur était tombé. J’ai cru qu’il était cramé. »

Jacno, le mur, la techno. Les mondes sont faits pour s’écrouler et servir de contre-modèles aux suivants. L’échec inéluctable du renouveau global amène le vide et l’ennui. Berlin tape fort, pour mieux enchaîner son public. Tourner un bouton, lever les bras et chercher l’issue de secours au fond de son verre. Les quatre batteurs de Schulz Und Soehne peuvent montrer la voie par secousses contrôlées, leur tambouille informe formate autant que le discours du parti. Si l’Eldorado attire, c’est par sa noirceur, sa froideur. Fuir une bretelle d’autoroute par l’échangeur et atterrir sur une autre.

« A Berlin, il y a plus de Français que de Polonais. On pourrait aller à London, ou en Espagne. L’Amérique du Sud mais c’est trop risqué. L’Amérique du Nord sinon, mais pas à L.A., c’est trop grand. Oh puis non, on reste à Berlin. Et on va au Solarium. »

La prochaine fois, j’y réfléchirai à deux fois. Ca m’évitera de rentrer en Traban.

http://www.music-allemand.com/

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